Depuis la loi du 9 décembre 1905 qui a mis fin au Concordat de 1802, la France est un état laïc, ce qui signifie en clair la séparation des pouvoirs politique et religieux.

Dans un passé récent, un débat s'est ouvert, très vite refermé d'ailleurs, au sujet d'une position prise par Nicolas Sarkozy qui avait évoqué l'hypothèse d'une révision de cette loi pour permettre le financement de mosquées. Qu'en penser ?

Le principe

Le mot "laïc" vient du latin laicus, qui vient lui-même du grec laikos qui signifie qui appartient au peuple. La loi de 1905 sanctionne ainsi essentiellement l'absence d'impact de l'église sur la politique en France.
La conception française est, dans son principe, la plus radicale des conceptions de la laïcité dans le monde (comparativement), quoiqu'elle ne soit pas totale. La justification de ce principe est que, pour que l'état respecte toutes les croyances de manière égale, il ne doit en reconnaître officiellement aucune. Selon ce principe, la croyance religieuse relève de l'intimité de l'individu.
On comprend donc que la laïcité n'est pas l'opposition aux religions, et encore moins à l'une d'entre elles en particulier, mais le refus d'interaction entre elles et l'état républicain, dans le but de protéger la liberté d'expression et d'opinion. Le principe de laïcité n'est donc pas dirigé contre les religions. Il institue par contre que l'état ne peut intervenir dans les affaires religieuses, pas plus que les autorités religieuses ne peuvent se mêler des affaires "civiles".

L'application concrète du principe

  • Il faut noter tout d'abord que le principe de laïcité ne s'est appliqué, historiquement, qu'en France métropolitaine et pas dans les colonies, à majorité musulmane. Dans ses colonies, la France a repris les accords que l'Empire Ottoman (à qui la France avait conquis ces colonies) avait conclus avec les différentes structures religieuses, ces accords leur reconnaissant un statut public. D'où, d'ailleurs, des problèmes d'intégration en France à partir des années 1960, lorsque les immigrés de ces colonies, qui pouvaient jusqu'alors publiquement exercer leur religion, sont arrivés en France.
  • La première et plus importante traduction concrète de ce principe en France concerne l'état civil : auparavant tenu par le curé de la paroisse qui enregistrait la naissance, le baptême, le mariage et la mort des personnes, depuis 1792, il est désormais tenu par l'officier d'état civil dans la commune (le maire) et tous les actes doivent être enregistrés devant lui (à l'exception du baptême qui n'est pas un acte enregistré).
  • Les cérémonies religieuses (mariage religieux, baptême, enterrement...) n'ont plus de valeur légale et ne peuvent être effectuées qu'après l'enregistrement à l'état civil (sauf pour le baptême). Celles-ci n'ont qu'un caractère optionnel. Par exemple, un mariage religieux ne pourra être effectué (si les participants le souhaitent) que postérieurement à un mariage civil.
  • Il ne peut y avoir de critère religieux dans toute action faite par l'État, quelle qu'elle soit.
  • Il est permis à chacun de pratiquer la religion de son choix (ou de n'en pratiquer aucune), tant que cette pratique ne va pas à l'encontre des droits d'autrui.
    Mais cette liberté est limitée dans certains cas. C'est le cas notamment des fonctionnaires en service qui n'ont pas le droit de porter de signe religieux. De même, les signes religieux ostentatoires (dont l'intention est politique) sont interdits dans les écoles publiques.
  • Les programmes scolaires de l'école publique ne peuvent pas contenir de cours d'éducation religieuse. Les références aux grandes religions ne peuvent y figurer que pour leurs aspects historique ou philosophique, et surtout pas cultuel.
  • La puissance publique ne peut intervenir dans le financement des cultes. C'est ainsi que l'entretien extérieur des lieux de culte est à la charge de la collectivité publique qui est le plus souvent propriétaire de l'édifice, alors que cette même collectivité publique ne peut financer, directement ou indirectement, et même partiellement, l'entretien et les aménagements intérieurs, destinés à l'exercice du culte.

Un problème nouveau se pose de nos jours

En 1905 et jusque récemment, le problème de la laïcité ne se posait, en pratique, que vis à vis de deux religions, à savoir le christianisme d'obédiance romaine (les Catholiques) et le judaïsme (les Juifs), la deuxième étant très largement minoritaire par rapport à la première.
En raison surtout de l'arrivée dans les années 1960 des immigrés des ex-colonies, mais aussi de l'immigration qui continue d'amener essentiellement des musulmans sur notre sol, l'islam est devenu la seconde religion de France (4,5 millions de fidèles musulmans), encore loin derrière les Chrétiens catholiques (environ 40 millions de personnes), mais devant les Juifs (environ 800 000). Viennent ensuite les Chrétiens protestants (700 000) et les Bouddhistes (600 000).

Pourquoi l'islam est-il devenu un problème ? Les Juifs, les Catholiques et les Protestants sont des communautés présentes en France depuis de nombreux siècles, et ont par conséquent à leur disposition des synagogues, des églises et des temples en nombre suffisant. Les Bouddhistes sont ici depuis moins longtemps, mais l'exercice de leur culte ne nécessite pas d'infrastructures particulières. Il n'en va pas de même des Musulmans, qui ont besoin de mosquées pour y pratiquer et y enseigner.
Compte tenu de leur nombre important sur notre sol, leur besoin en mosquées devient de plus en plus important lui aussi. Parallèlement, les moyens financiers de leur communauté sont en moyenne assez faibles, et ils ne peuvent pas plus que les Chrétiens ou les autres, bénéficier de fonds publiques en raison de leur religion, ce qui interdit tout financement par l'état ou les collectivités locales. La conséquence en est qu'ils pratiquent le plus souvent leur culte, soit dans des lieux dont la destination initiale n'était pas du tout prévue pour cela (quelquefois dans des garages ou des remises plus ou moins insalubres), locaux qui leur sont "prêtés", possiblement moyennant certaines contreparties que je qualifierais de douteuses, et qui sont en tout cas incontrôlables, soit encore certaines fois sur la voie publique, ce qui est quand même un comble pour un état laïc !
Le faible nombre de mosquées qui sont construites le sont le plus souvent avec des fonds qui viennent de l'étranger, notamment et surtout des pays où l'islam est religion d'état. Or, ces pays abritent en général des obédiences islamiques que l'on dit "fondamentalistes", et que l'on sait très proches du terrorisme international...
Et voilà bien le coeur du problème : en ne finançant pas nous-mêmes, en vertu de cette loi de 1905, les mosquées qui sont nécessaires à 4,5 millions de nos concitoyens, nous ouvrons indirectement une porte toute grande au fondamentalisme religieux, et des bases opérationnelles au terrorisme international.

Quelles solutions ?

  • Je suis pour ma part totalement en phase avec le principe de laïcité tel qu'il figure dans la loi de 1905 : l'état républicain n'a pas à se mêler des croyances et des cultes, et ceux-ci n'ont pas à se mêler des affaires politiques du pays. C'est clair !
  • Chacun a le droit de pratiquer la religion de son choix, dès lors que la pratique de son culte, ainsi que les comportements sociaux qu'il induit, ne sont pas contraires aux lois et règlements ni aux principes de la République.
  • Les signes visibles de l'appartenance à une religion quelconque ne doivent être tolérés ni à l'école ni dans les lieux publics dès qu'ils sont susceptibles (et c'est presque toujours le cas) de présenter un caractère ostentatoire, prosélytiste ou racoleur. Je ne vois pas bien, de ce fait, pourquoi la croix qui pend au collier des Chrétiennes serait plus autorisée que le foulard sur la tête des Musulmanes...
  • Les finances publiques n'ont pas vocation à intervenir dans le fonctionnement des religions présentes sur le territoire. L'impôt n'est pas destiné à financer les communautés religieuses, directement ou indirectement, et il est tout à fait normal qu'elles se financent elles-mêmes.
  • Les difficultés que les communautés religieuses, quelles qu'elles soient, sont susceptibles de rencontrer dans l'exercice de leur culte n'ont pas à être résolues par la puissance publique, ni financièrement ni en terme de moyens humains.
  • MAIS

    - L'état a en charge la paix intérieure et la sécurité des citoyens
    - L'état a en charge les relations internationales et la paix extérieure
    - L'état a en charge la santé publique
    - L'état est déjà propriétaire de la plupart des églises, et prend à sa charge l'entretien de ces bâtiments
    - Le principe de laïcité met tacitement sur un pied d'égalité les différentes religions pratiquées en France
  • En conséquence

    - Je suis pour ma part assez partisan d'un financement public de la construction de mosquées en nombre raisonnable, mais de leur construction seulement (et de l'entretien du bâtiment) et pas du tout, ni de leurs aménagements ni de leur fonctionnement.
    - Je suis partisan par contre d'un droit de regard des autorités sur le fonctionnement, non seulement des mosquées mais aussi des autres communautés religieuses. Je ne vois pas bien pourquoi on devrait considérer par principe que l'islam serait la seule des religions à représenter un danger potentiel pour l'ordre public et la sécurité du pays...

Voilà les grandes lignes de ce que je pense au sujet de la laïcité. Si d'autres réflexions me viennent, par exemple à la lumière d'évènements de l'actualité, j'y ajouterai d'autres lignes.

En tout état de cause, j'attends vos réaction, auxquelles je répondrai avec plaisir.