lundi 5 mai 2008
Sous les pavés la plage...
J'avais résolu de ne rien écrire au sujet des "évènements" de Mai 1968, comme il est convenu de les nommer, au motif que tout le monde, mais vraiment tout le monde, des journalistes aux "blogueurs" en passant par "l'homme de la rue" et les piliers de bar du café du commerce, ne cesse d'ajouter son grain de sel depuis quelques mois déjà à une pseudo discussion qui en perd jusqu'à son sens.
Mais justement, j'entends et je lis tellement d'âneries sur la question que je ne peux plus me résoudre à me taire.
J'ai fait partie du petit groupe d'étudiants de la faculté d'Assas (j'y étais alors auditeur libre) qui a décidé de rejoindre avant les autres le Mouvement du 22-Mars de Dany Cohn Bendit et d'Alain Geismar, qui était né un an plus tôt, lorsque des étudiants de Nanterre avaient décidé d'investir le bâtiment de la cité universitaire réservé aux étudiantes, ce qui avait provoqué leur expulsion musclée par les forces de l'ordre alors que depuis le moyen âge, les forces de police n'avaient pas le droit d'entrer à l'université.
Quant à nous, notre démarche était destinée à muscler nos moyens d'action dans la lutte que nous menions contre le principe des cours magistraux, que nous dénoncions comme beaucoup le faisaient alors.
Et nous avons été nous-mêmes surpris de l'écho que nous avons aussitôt obtenu dans la plupart des facultés, parisiennes d'abord, puis rapidement de Province.
Mais j'ai également été de ceux qui ont considéré dès le 13 mai, quand nous avons vu se joindre à notre cortège plusieurs syndicats ouvriers que nous n'avions nullement invités, CGT en tête, que nous étions récupérés et que notre cause allait "passer à la trappe". Et j'ai "quitté le navire", refusant par avance avec d'autres d'être instrumentalisé au bénéfice d'intérêts qui n'étaient pas les nôtres. La suite nous a donné raison, hélas. Les cours magistraux existent toujours, sur le même mode et avec leur même cortège d'incompréhension des contenus pour beaucoup d'étudiants et de privilèges de tous ordres pour la plupart des profs.
La plupart de ceux qui parlent de Mai 68 aujourd'hui évoquent à l'envi un "mouvement ouvrier" et des "avancées sociales et culturelles" acquis "de haute lutte" par un "mouvement populaire" et un "syndicalisme triomphant". Je ne peux pas accepter un discours aussi infondé que réducteur.
Mai 68, ce fut d'abord un mouvement étudiant. Ce n'est qu'ensuite (très rapidement il est vrai), que les syndicats et les partis de gauche ont compris qu'ils pouvaient s'en servir à leur profit. Et après avoir débordé le mouvement estudiantin, ils se sont ensuite trouvés eux-mêmes débordés par leur "base", ou plus exactement par une opinion publique savamment conditionnée par eux mais qu'ils n'étaient plus capables de maîtriser. C'est bien pour ça qu'ils ont été l'objet de reproches virulents après les accords de Grenelle, à la fin du mouvement : le "peuple de gauche" a alors jugé de bonne foi que les syndicats les avaient trahis. La réalité, c'est que les dits syndicats et les partis de gauche avaient joué les apprentis sorciers en provoquant les troubles dans le but de déstabiliser le pouvoir, et qu'ils n'ont ensuite pas été capables, quand ils se sont rendu compte qu'ils avaient perdu la partie face à un De Gaulle droit dans ses bottes, de "tirer les marrons du feu". Rue de Grenelle, ils ont joué avec triomphalisme l'air de la victoire. Mais personne n'en a été dupe, et de fait, 40 ans plus tard, l'impact positif de ces accords sociaux est à chercher à la loupe. Les dommages qu'ils ont causé sur l'économie française pendant la même période, et que d'une certaine manière ils continuent de causer aujourd'hui, sont beaucoup plus visibles pour qui veut bien les regarder en face.
Et je ne parle là que de l'aspect économique du désastre. Mais les dégâts sont bien plus profonds encore, et bien plus sournois, sur le plan des comportements. Avec des conséquences bien plus graves.
Car dans l'esprit des manifestants de l'époque, cette "révolution" qu'ils étaient convaincus de mener n'avait pas d'aspects que financiers, ni même que sociaux. Et il s'agissait bien, pour la plupart, d'une révolution culturelle. "Sous les pavés la plage", cette ritournelle restée dans toutes les têtes, témoigne bien d'un état d'esprit, qui a encore des conséquences calamiteuses aujourd'hui.
De quoi s'agit-il ? Schématiquement, et pour employer une formule trop rapide mais assez descriptive, il s'agit de poser que tout est possible dans le meilleur des mondes, et qu'il faut donner priorité à la satisfaction sur l'effort.
Le meilleur moyen de décrire les dégâts qu'une telle "philosophie" a pu causer sur le devenir de notre société est peut-être de se poser un certain nombre de questions auxquelles cette même société ne sait pas, ou n'a pas le courage, de répondre aujourd'hui. Roman Bernard, de Criticus, en pose quelques unes avec beaucoup de pertinence dans un excellent article consacré à la question, questions que je me permets de reprendre ci-dessous, s'il veut bien m'y autoriser :
"Qui ne s'épuiserait pas à rappeler, en vain, que la sélection démocratique est le seul moyen d'éviter la cooptation bourgeoise ?
Que l'autorité de l'état est le seul rempart contre la tyrannie du marché ?
Que l'appartenance à une nation est préférable au repli communautaire ?
Que le patriotisme n'est en rien contraire à l'internationalisme ?
Que le centralisme jacobin a moins été source d'uniformité que d'égalité ?
Que l'enfermement des délinquants et des criminels est préférable au laxisme judiciaire ?
Que le monopole de la violence physique légitime de la police préserve la paix sociale ?
Qu'on fait mieux avancer la noble cause des droits de l'homme en disposant d'armées crédibles, plutôt qu'en se complaisant dans une posture moralisante ?
Que la reconnaissance de la nécessité de la libéralisation des mœurs de l'époque n'interdit pas de s'interroger en parallèle sur le nombre alarmant des divorces et des avortements, depuis ?
Sur la faiblesse préoccupante de la démographie occidentale ?
Que la déchristianisation de la société ne nous oblige en rien à renier l'importance prépondérante de l'Église dans la formation de notre culture ?
Que, pour aliénant qu'il puisse être, le travail seul permet l'épanouissement de l'individu ?
Que tout n'est pas culture, tout n'est pas art ?"
Le fait même que l'on puisse à bon droit se poser ces questions, à mon sens fondamentales dans l'optique d'une société tournée vers l'avenir et le bien-être de ses membres, est significatif de l'impact négatif et des dommages que les "évènements" de Mai 1968 ont causé dans les têtes.
Sous les pavés la plage ? Quelle plage ? On est aujourd'hui à marrée basse, on s'est allongé au sol et on a perdu le courage de ramper, la mer monte et nous allons mourir noyés.
A moins que...
Mais alors, il faut faire vite !
Commentaires
Autorisation évidente
Je vous « autorise » évidemment à reproduire mes questions, et vous en remercie. Je suis en effet contre le concept du « droit d'auteur » et admire les artistes médiévaux qui léguaient l'œuvre de leur vie aux autres sans rien demander en échange. Qui ne souhaiterait être cité, d'ailleurs ? Et pourquoi, dans le domaine musical, rétribuer des artistes contemporains alors qu'on ne peut le faire des artistes anciens ? Quant au fond du problème, je constate que, comme Philippe Bilger, vous avez connu Mai 68 et n'êtes pas dupes de ses « bienfaits ». Comme je le disais, je pense que c'est de là que viendra le contre-Mai 68. Ma génération, quant à elle, ne rêve que de remettre ça, alors que tout le programme a été appliqué.
Et les réponses ?????
Pourquoi donc René, vous contentez-vous de reproduire les questions de Criticus ?
Puisque vous revendiquez être un acteur de mai 68, vous devriez plutôt nous donner vos réponses, non ?
jf.
Les réponses sont évidentes...
J'ai été, je crois l'avoir bien explicité, acteur du mouvement étudiant de Mai-68, pas du grand chambardement, de la "chianli", qui a suivi, orchestrée par les usurpateurs que furent les syndicats et les partis de gauche. Je n'ai, non plus, jamais adhéré à la pseudo-philosophie dont se réclamaient les pseudo-révolutionnaires qui furent finalement, mais c'était écrit, les dindons de cette farce... Mais, comme tout le monde, j'ai subi et je continue de subir ses effets néfastes.
Pour ce qui est des réponses, elles sont contenues dans les questions. Je ne vous ferai pas l'injure de croire que vous ne les avez pas comprises.
Mais encore une fois, l'important n'est pas la réponse, mais le fait qu'on soit fondé à se poser la question. Cela signifie que depuis 40 ans, sous l'influence des idées soutenues à cette époque, on a sans cesse pris les mauvaises décisions, en faisant croire aux citoyens que, par exemple, il suffisait de "faire payer les riches", ou encore que l'effort et le travail étaient des valeurs désuètes. On voit bien où ça nous a menés : déficit budgétaire abyssal, chômage endémique et pouvoir d'achat en berne. On ne récolte que ce que l'on sème...
C'est bien ce que je pensais.
Je l'avais dit à Criticus, ce ne sont pas des questions. Vous le reconnaissez vous même.
Quant à dire que pendant 40 ans, "faire payer les riches" a été le mot d'ordre dominant, vous y allez fort.
Dites moi donc un peu si la Droite parle comme çà...Dites moi donc combien de temps la Droite a été au pouvoir depuis 68...??????
Soyons un peu sérieux, quand même....
jf.
Et vos réponses ?
Ce ne sont peut-être pas de vraies questions, mais soit l'on est d'accord avec leurs réponses implicites, soit on ne l'est pas... et on dit pourquoi.
Soyons sérieux, en effet !
Faire peser sur les budgets publics des aides sociales diverses et variées, sans contrepartie le plus souvent; mettre toujours plus à la charge des employeurs des financements à caractère social qui handicapent les performances des entreprises; réduire autoritairement le temps de travail sans toucher au salare réel; différer inconsidérément les nécessaires aménagements des retraites en terme de durée ou de montant des cotisations (au choix); cette liste n'est pas exhaustive, et c'est ça que j'appelle "faire payer les riches", riches dont est sensé faire partie l'état, même si c'est devenu radicalement faux.
Et même si le mal était pré-existant, il a été considérablement aggravé dans les 40 dernières années. C'est tout un état d'esprit, hérité de 68 et savamment entretenu par la gauche depuis, qui est la cause fondamentale de nos problèmes, et peut-être surtout de notre difficulté à faire accepter les réformes, inéluctables si nous voulons éviter de régresser. Il est déjà trop tard pour éviter à nos enfants le poids insupportable de la dette qui découle directement de nos errements. Ne permettons pas qu'ils se retrouvent, en plus, dans un pays sous-developpé. C'est pourtant ce qui nous attend dans le concert international si nous continuons sur la même voie.
Alors, oui, il faut liquider au plus vite l'héritage moral de Mai-68 !
Mais je suis bien d'accord avec vous sur un point : soyons enfin sérieux !
Puisque vous en êtes convaincu....
Puisque vous en êtes convaincu, que dire d'autre...????
Que vous me souteniez que De Gaulle, Pompidou, Giscard et Chirac, Présidents, Couve de Murville, Chaban-Delmas, Messmer,Barre, Balladur, Jupé, Raffarin, de Villepin, Premiers Ministres, "aient eu un état d'esprit hérité de 68 et savamment entetenu par la gauche" me fait vraiment rigoler!
C'est çà le sérioeux auquel vous aspirez ????
jf.
Vous oubliez Mitterrand et Mauroy...
Un détail que vous omettez : la politique néo-keynésienne de relance voulue par Mitterrand et Mauroy de 1981 à 1983, anachronique (tous les pays industrialisés prenaient la direction opposée au même moment) et contre-productive (en économie ouverte, cela contribue à faire fuir l'argent public à l'étranger), est le pêché originel qui explique l'endettement abyssal de l'État et le nombre excessif de fonctionnaires en France. Ce dernier est d'ailleurs un facteur de conservatisme et donc de continuation de cet endettement public.
Puisque c'est à cela que s'attachait René, si l'on considère que la dépense publique inconsidérée est liée à Mai 68, alors oui, l'endettement public est un enfant de Mai 68. Que les successeurs de Mauroy (à droite mais aussi à gauche) ne soient pas des soixante-huitards est indéniable, mais tous ont subi les effets calamiteux de cette politique, et n'ont pu, notamment à cause de l'opposition d'une fonction publique pléthorique, remettre de l'ordre dans les comptes de la Nation. Ne l'oublions pas.
@ Jacques
Je n'ai jamais prétendu, en effet que les dirigeants que vous citez, "aient eu un état d'esprit hérité de 68 et savamment entetenu par la gauche", et je suis pour tout dire assez déçu d'une telle méprise venant de vous, même si elle vous permet "de rigoler", quoique je n'en sois pas dupe. Je commence à avoir une certaine habitude de votre propension à déformer mes propos pour les tourner en dérision. C'est un mode d'expression, sinon de réelle discussion. Ce n'est pas le mien, mais ne soyons pas sectaire !
Plus sérieusement, Criticus a répondu avant moi et vous a donné la vraie réponse. La gauche au pouvoir a mis en oeuvre cette politique, héritée de Mai-68 et que je fustige, en accord avec sa doctrine. Rien d'étonnant à cela. La droite au pouvoir n'a encore jamais réussi à faire le contraire à cause de ce même héritage de Mai-68 et de l'état d'esprit qu'il a fomenté dans la population et que, je le maintiens, les partis à forte connotation marxiste non avouée, PS en tête, s'ingénient à entretenir.
Le futur est à écrire, par définition, mais sur le constat, non seulement il faut être sérieux, mais il faut être de bonne foi.
Bonne foi ????
Bonne foi dites-vous ?????
C'est l'hôpital qui se fout de la charité....
On peut vous dire ce qu'on veut, vous répondez à coté, vous accusez de "propension à déformer vos propos" (alors que sur mon Bloc-Notes, vous êtes un orfèvre en la matière, EX à propos de Mr Valls....)et vous répétez inlassablement ce qui est votre vérité.
Vous en avez parfaitement le droit.
mais n'accusez pas de "mauvaise foi" ceux qui ne sont pas d'accord avec vous.
jf.
PS. EST-CE DE LA "BONNE FOI" DE VOTRE PART D'AVOIR EFFACE LE COMMENTAIRE QUI PROPOSAIT LE TEXTE D'UNE PETITION SUR LES RETRAITES ?????
Heureusement, il figure sur mon Bloc-Notes où vous ne pourrez pas le faire disparaître même si, bien évidemment, son libellé vous déplaît souverainement....
Je me doutais bien...
Je me doutais bien que ce "commentaire" comportant la pétition émanait de vous, mais je n'en étais pas sûr. Ensuite, quand je l'ai vu sur votre bloc notes, j'ai compris que j'avais eu raison. Et maintenant, vous me le confirmez.
L'effacer n'a rien à voir avec la bonne ou la mauvaise foi : j'avais prévenu que j'effacerai systématiquement les spams, c'est à dire les "commentaires" qui n'en sont pas, qui n'ont aucun rapport avec la discussion en cours, et qui l'utilisent à d'autres fins. Voilà qui est fait. Et je recommencerai chaque fois que ça se présentera.
J'avais cru un moment qu'on pouvait discuter calmement et intelligemment avec vous. Aujourd'hui, je n'en suis plus si sûr... Dommage, car vous ne dites pas que des bêtises. Mais il y a des sujets qu'il ne faut pas aborder avec vous si on n'est pas d'accord avec vos idées, au risque de s'attirer vos foudres en des termes peu courtois. Je vais essayer de m'en souvenir. Pourtant je me connais, et je sais que je ne me tairai pas quand j'aurai envie de m'exprimer, même si ça doit vous déplaire. Donc, nous aurons de nouveaux accrochages, avec des propos pas toujours très corrects, j'en suis malheureusement convaincu.
Vraiment dommage...
Mais non, mais non
Vous faites erreur mon Cher René.
je ne suis absolument pas l'auteur de l'inscription de la pétition sur votre Bloc-Notes.
Si cela avait été moi, en bas serait apparu AUTOMATIQUEMENT mon nom ! Or ce n'était pas le cas.
Et puisque vous dites l'avoir vue son mon propre Bloc-Notes, vous auriez du lire aussi les commentaires, avec ma réponse à Catherine, dans laquelle je lui exposais mes réflexions préalables à son inscription sur celui-ci.
Vous voyez, vous avez conclu un peu hativement...et vous êtes trompé...
Pour le reste, eh bien continuons de discuter, parfois un peu âprement...cela ne me gêne nullement car moi non plus je ne me tairai pas.
Tout ceci dit, la pétition en question n'était peut-être pas "directement" liée à votre billet mais elle n'est sûrement pas étrangère aux sujets que vous abordez.
Dommage que vous n'ayiez pas voulu la commenter.
Mais rien ne vous empêche de venir le faire sur mon Bloc-Notes puisque maintenant elle y figure.
jf.
Amende honorable...
Le nom qui apparaissait au bas de cette pétition, celle apparamment d'un collectif, m'est totalement inconnu, et j'avais simplement supposé qu'elle venait de vous. Je fais amende honorable. Tout le monde peut se tromper...
Pour le reste, je souhaite simplement que nos rapports ne s'enveniment pas trop, si c'est possible. J'avoue que je dois quelquefois me faire violence pour poursuivre la discussion quand vos propos deviennent agressifs. Mais à la longue, je suppose que je finirai par m'y faire. Chassez le naturel, il revient toujours au galop, n'est-ce pas ?
Très bien.
Voua avez quand même remarqué que je vous ai signalé votre erreur à mon égard sans aucune agressivité.
A+
jf.
Ca fait plaisir...
J'ai remarqué, et j'ai apprécié. Et je vous en sais gré.
Cordialement
Pourquoi cet acharnement sur Mai 68?
Je me demande en effet comme vous ce qui entraîne une telle passion pour Mai 68. Finalement, le sujet est maintenant plus celui des historiens que des hommes politiques et, même si on peut sans doute critiquer beaucoup de choses sur ce qui a été fait depuis cette période, il me semble difficile de revenir dessus. L'histoire a malgré tout un sens, et je ne vois pas comment on pourrait balayer d'un, ou de plusieurs traits de plume, cet épisode historique qui fait maintenant partie de l'inconscient collectif des Français et dont les effets sont inscrits dans le fonctionnement actuel de notre société.
Je m'étonne d'ailleurs que vous n'écriviez pas aussi sur les aspects libéraux de 1968, car ce mouvement a permis de défaire certaines traditions historiques françaises, portées par une droite non-libérale et par le PCF, qui s'appuyaient sur une vision de l'autorité bien loin des grands principes du libéralisme économique et politique que vous défendez par ailleurs. Je ne crois pas que l'on puisse taxer de Gaulle de libéralisme.
Je reste persuadé que 68 a fait basculer la droite française dans le néo-libéralisme tel qu'il est mis en avant aujourd'hui. En effet, les valeurs individualistes, s'opposant à l'autorité de de Gaulle, de la famille, du patron, du parti, du syndicat, du curé, du professeur, du fonctionnaire, du père, se sont diffusées par 68 aussi. 68 pourrait donc être le moment-charnière où le libéralisme fait son retour en force sur la scène politique française, alors qu'il l'avait quittée au milieu des années 30. Giscard en est le symbole, porteur à la fois d'un libéralisme économique et politique. Cela a été aussi le cas à gauche, car Mitterrand a pu liquider progressivement le PCF, vecteur de l'ancien modèle révolutionnaire de la gauche, grâce à des valeurs similaires.
D'ailleurs, il est intéressant de constater que c'est la droite qui anime aujourd'hui cette contre-offensive sur 68. Les anciens acteurs du mouvement sont beaucoup plus mesurés. Même Daniel Cohn-Bendit fait un bilan finalement très mitigé de cette série d'événements. S'agit-il d'un leurre idéologique visant à souder les électeurs de droite? S'agit-il d'un retour de la droite plus traditionnelle à l'avant de la scène politique française? S'agit-il d'une crise du libéralisme dont le modèle n'irait pas si bien que cela? N'étant pas de droite, je n'en sais rien, mais cela m'intrigue, car je n'en vois pas vraiment le gain politique à court, moyen et long terme.
Mai 68, révolution libérale ? Oui en partie !
Vous avez raison de dire que Mai 68 a par certains côtés ouvert la voie, dans une certaine mesure, à une résurgence des idées libérales. Il a en tout cas "décoincé" des situations carrément engoncées dans un anti-libéralisme à connotation plus autocratique que gauchiste, ou, pour faire simple, plus "à la droite de la droite" que "à la gauche de la gauche" (les deux extrêmes se rejoignent, c'est bien connu...)
Si je n'en ai pas parlé, c'est que l'essentiel de mon propos portait plus sur les conséquences philosophiques que sur les conséquences politiques de cet épisode de l'histoire récente. Mais cet aspect-là n'est pas négligeable en effet.
