lundi 26 mai 2008
Le droit de tuer ?
Je suis tout bonnement révolté ! Ce n'est pas la première fois qu'un fait divers me met hors de moi, mais les suites qui sont données à celui-là battent des records.
Vendredi 23 mai, un jeune ressortissant de la communauté des gens du voyage est interrogé, dans le cadre d'une procédure banalement commune, dans les locaux de la gendarmerie de Draguignan. Profitant d'un moment d'inattention de ses "geôliers" du moment, l'homme s'enfuit menottes aux mains.
Nous sommes en France au 21ème siècle, pas dans le Far West américain au 18ème. Les gendarmes de Draguignan ne sont pas des shérifs. On eût pu s'attendre, gens civilisés que nous sommes, à ce que la suite de l'histoire se déroulât de manière benoîte : poursuite du voleur par les gendarmes, avec possiblement des sommations et des cris, des bruits de bottes sur la chaussée, peut-être un véhicule volé et des sirènes hurlantes qui le poursuivissent... Dans le pire des cas, le voleur eût réussi à s'échapper, les gendarmes eussent été quelque peu l'objet de risées sous cape, et comme ce petit voleur n'avait de toute évidence rien d'un Jacques Mesrine, la société n'eût pas été plus que ça en danger, il n'eût pas été nécessaire à toutes les polices de France de lancer une chasse à l'homme, et comme ladite police de France est bien faite, il y a tout à parier que notre homme eût été rattrapé quelques jours plus tard, et que l'affaire n'eût finalement fait l'objet que de quelques lignes en troisième page dans la presse varoise.
Mais voilà, bonne gens ! Notre petit voleur n'a pas eu la chance de "tomber" sur un gendarme ordinaire. Ce gendarme-là, qui le poursuivit, avait-il une trop haute idée de sa mission ? Ou bien une trop mauvaise idée de son suspect ? Ou bien encore des gens du voyage en général ? Ou bien n'était-il pas "dans son état normal" ? Ou bien ... Ou bien ... Nul le sait encore et l'enquête est en cours. Toujours est-il que des coups de feu ont claqué ce vendredi dans une rue de Draguignan où un homme s'enfuyait en courant : pas moins de 7 coups de feu ! Et le petit voleur, père de trois enfants, s'est écroulé, touché à mort par 3 balles du gendarme zélé...
A ce stade, l'histoire ressemble déjà à un mauvais scénario, et malgré l'horreur que j'éprouve à l'idée de ce meurtre, il n'y a pas d'autre mot, je ne crois pas que j'aurais écrit un billet ici sur le sujet.
Mais ce n'est pas tout : notre gendarme assassin a été mis en examen ... pour "coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner", et ceci contre l'avis initial du procureur de la République qui, lui, avait bien ouvert une instruction pour homicide volontaire.
Quelle belle société que celle dans laquelle nous vivons ! Comme on peut être fier de cette démocratie exemplaire où tout respire la liberté et le respect du citoyen ! Comme on a raison d'appeler ça un état de droit !
Songez qu'aux termes du code pénal, et pour bénéficier de cette "circonstance atténuante" qu'est la légitime défense, il vous faudra, si vous y êtes confronté un jour, prouver (la charge de la preuve vous incombe) une proportion équilibrée entre l'arme que vous aurez employée et le danger représenté par votre agresseur. La légitime défense, ce n'est pas le droit de tuer bien sûr ! Si par exemple vous tirez au revolver sur un agresseur armé d'un couteau, adieu la légitime défense : vous êtes un meurtrier.
Notre gendarme de Draguignan, lui, n'a même pas besoin de la notion de légitime défense : il est gendarme, lui ! C'est là sa meilleure défense ! Pas même d'homicide, en ce qui le concerne : juste des coups involontairement mortels ! Sept coups de feu contre un individu sans arme et menotté, dont trois mortels, mais sans intention de donner la mort ! C'est tellement évident ! Et dire que des esprits chagrins vont sûrement dire le contraire...
Ca s'appelle le droit de tuer, et c'est inadmissible. Pas étonnant, même si on ne peut que condamner leurs exactions et la détérioration de biens d'autrui, que la famille de la victime se soit ensuite révoltée !
Commentaires
BRAVO
BRAVO, j'approuve entièrement le sens et le texte de votre billet.
jf.
oui...
oui, présenté comme cela, il n'y a rien à ajouter. Par contre il serait intéressant de connaitre les sources, et d'attendre les résultats de l'enquête. Connaitre les circonstances plus précisemment permettra de confirmer notre première impression, ou de l'atténuer.
à bientôt !
Deux poids, deux mesures...
Oui, LOmiG, je suis tout à fait d'accord avec ça. Mais l'information brute m'a révolté, et j'ai aussitôt réagi.
Bien sûr, il faudra suivre les développements de l'affaire, et, à condition qu'on les ait, les détails de l'enquête.
Je maintiens cependant qu'il est difficile d'admettre que la qualification de l'instruction soit si éloignée de ce à quoi on aurait pu s'attendre compte tenu des faits. 7 balles dont 3 mortelles sur un fuyard désarmé et menotté, avoue que ça laisse peu de place au doute a priori quant aux intentions. Ce qui ne signifie pas que je condamne le gendarme avant jugement. Je dis simplement que si ce n'était pas un représentant de l'ordre public, on peut être assuré qu'il en aurait été autrement. Et c'est ça qui me révolte.
Mais oui, c'est cela... Tout le monde avait applaudi quand le "policier martiniquais" avait tue le supporter du PSG.
Gendarme ou Gitan
Que vous soyez gendarme ou gitan..... Vous serez libéré de prison bien plus vite si vous êtes le gendarme.....
Si il y a à nouveau des voitures qui brûlent ce soir, faudra pas s'étonner.
Mais pour le gouvernement, des voitures qui flambent il s'en fout, c'est peut-être même bon pour son électorat d'extrême droite, tandis qu'une manifestation de 600 gendarmes en uniforme...Cà aurait trop rappelé l'ère Jospin !!!!
jf.
Oui, quoique...
Un petit rappel : la constitution de la République Française stipule sans ambiguïté le principe de la séparation des pouvoirs. Alors, soyons un peu prudents avant d'accuser le gouvernement d'ingérance dans le domaine du pouvoir judiciaire : en droit, c'est bien le magistrat instructeur qui a placé le gendarme en liberté provisoire sous contrôle judiciaire.
Pour le reste et sur le fond, je suis bien d'accord avec vous. Sauf en ce qui concerne les voitures qui brûleraient, toutefois. Je ne cautionnerai jamais de tels comportements, quelles qu'en soient les motivations.
Cordialement.
Objection Votre Honneur,
Ce n'est pas le Magistrat Instructeur qui a décidé de la remise en lioberté du gendar
me mais le Juge des Libertés en présence du Procureur.
C'est d'ailleurs lui,le Procureur,aujourd'hui, et non pas le Juge en question, sans doute pour que les choses soient claires vis à vis des gendarmes.... qui a justifié devant la presse la remise en liberté.
Séparation des pouvoirs dites-vous ???
jf.
Ca ne change rien
Juge d'instruction ou juge des libertés, ce sont deux juges, donc le pouvoir judiciaire. Quand j'ai fait mon droit, le juge des libertés n'existait pas, d'où mon erreur.
Quant à justifier devant la presse, peu importe par qui c'est fait, et la séparation des pouvoirs n'a rien à voir là-dedans. Ma conviction profonde est que ça ne devrait tout simplement pas être fait du tout : ni la politique ni la justice ne se font ni dans la rue ni pour la rue...
Mais on ne va pas se quereler pour des détails : je vous ai dit et je vous répète que je suis d'accord avec vous sur le fond. La remise en liberté du prévenu n'aurait certainement pas eu lieu si vite s'il ne s'agissait pas d'un gendarme.
Maintenant, il n'y a plus qu'à suivre les développements de l'affaire...
A bientôt.
OK.
jf.