Le 14 septembre dernier, je promettais un billet sur le sujet de la crise financière. Pardon pour le délai, mais tout arrive et je vous le livre aujourd'hui.

Pendant que je terminais son écriture, le Président du Conseil Européen (et non pas de l'Union Européenne comme il aime à s'en vanter à tort) prépare un discours devant l'ONU dont on nous dit qu'il comportera une prise de position, et peut-être une initiative. Si effectivement ce discours apporte quelque chose de neuf et d'important dans le débat, j'y réagirai. Mais je ne crois pas beaucoup à sa capacité d'influencer le monde financier, ni même le monde politique, planétaires. Et je ne suis pas certain du reste que les remèdes qu'il préconisera aillent véritablement dans le bon sens. J'ai cessé de croire à sa réelle volonté, ou à tout le moins à sa réelle capacité, d'aller au bout de la logique qui, pourtant, était la sienne affichée il y a encore peu. Qui vivra verra...

La crise que nous vivons (et non pas "que nous venons de vivre" comme je l'ai entendu ce matin encore) n'est ni plus ni moins que la conséquence logique, prévisible, et imparable, de comportements insensés de décideurs irresponsables. Que les anti-capitalistes de tous poils ne se réjouissent pas trop vite de mes propros : la suite va moins leur plaire...

Je l'ai encore écrit récemment : le capitalisme libéral est le seul système capable de favoriser efficacement, et je suis prêt à dire "de permettre", la mise en oeuvre de l'esprit d'entreprise, de créer des richesses de manière dynamique, et de permettre à chacun de profiter de manière juste des richesses produites.

L'être humain a ses caractéristiques naturelles incontournables qu'aucune théorie, aussi pensée et aussi sérieuse soit-elle, ne pourra pas plus changer que quelque législation ou quelque système politique que ce soit. Et parmi ces caractéristiques, il en est une qui est selon moi partie intégrante du concept d'intelligence dont s'enorgueillit notre espèce : chacun de nous a le souci de son propre intérêt, et quand nous faisons des efforts c'est avant tout pour profiter de leurs fruits. Obliger les individus à travailler dans la seule optique de la collectivité, et leur demander de faire confiance à cette collectivité pour subvenir à leurs propres besoins, est vain par avance, et je répète que c'est selon moi le signe d'une intelligence supérieure dont ne sont pas doués, par exemple, un chien de meute ou un loup, une abeille ou même un primate...

Ca ne justifie nullement des comportements du type "chacun pour soi", et la solidarité est également un signe d'intelligence. Elle est aussi une composante importante de l'humanisme dont je me réclame. Mais demander que chacun cesse de penser à lui pour ne penser qu'aux autres, ou même fasse passer couramment ses propres intérêts après ceux des autres, serait une hérésie, et le faire serait un signe de déficience intellectuelle.

Le capitalisme est un système qui permet à celui qui produit des richesses, à quelque niveau qu'il se trouve dans la chaîne de production, de profiter des fruits de son activité. C'est vrai pour l'investisseur qui voit son investissement valorisé et qui perçoit sa part des bénéfices sous forme de dividendes. C'est vrai aussi pour les salariés qui perçoivent leur part de ces mêmes bénéfices sous forme de salaire. Et plus on produit de richesses et plus il y a de fruits à se partager.

Dans un système collectiviste, les richesses produites sont mises en commun et partagées uniformément (du moins en théorie) entre les individus. Chaque individu n'a donc plus d'intérêt direct à faire des efforts de production, et c'est le meilleur moyen de démotiver tout le monde. On sait quel a été le résultat des expériences qui ont été menées en appliquant à la lettre ces théories, de l'URSS et de ses satellites à la Chine avant son virage capistaliste à la fin du siècle dernier.

Dit comme ça, on pourrait croire que "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes". A ce stade de ce billet, beaucoup sans doute me reprochent déjà ce sophisme.

Comme toute construction humaine, la construction d'une société capitaliste comporte par nature ses erreurs, dont la première est sans aucun doute de ne pas appliquer correctement et complètement le principe qui la sous-tend. C'est ainsi que pas un seul pays au monde ne met en oeuvre un capitalisme économique "pur et dur", c'est à dire libre et sans contrainte, qui selon moi est contenu de manière implicite dans la doctrine libérale. Et, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, les entorses faites au système (capitalisme dont je parle ici ou libéralisme dont je parle souvent par ailleurs) ont deux conséquences immédiates et imparables : primo le fonctionnement est faussé et ses résultats dévalorisés; secondo les adversaires du système trouvent à profusion des arguments pour le dénigrer en "oubliant" évidemment de dire qu'il n'est en fait pas appliqué...

Voilà pour le capitalisme économique : le seul qui vaille car celui qui s'appuie sur la production de richesses dont il est chargé de réglementer la distribution entre les acteurs du marché.

Mais un autre aspect du capitalisme a vu le jour depuis longtemps, et a pris un essort sans précédent depuis la "révolution industrielle" au 19ème siècle. On l'appelle communément "capitalisme financier", et s'il est l'émanation du capitalisme économique dont je viens de parler, il en constitue une "verrue" que je qualifie de "tumorale", et je vais essayer d'expliquer pourquoi.

Je l'ai dit, le système capitaliste est le moyen de permettre aux uns d'investir et profiter de leurs investissements, et aux autres de travailler et de profiter des fruits de leur travail. Dans les deux cas, les bénéfices tirés de l'activité sont représentés par les richesses produites.

Pour permettre les échanges entre investisseurs, les titres de propriété des entreprises (les actions) sont placés dans des bourses d'échange où ils voient leur valeur fluctuer à la hausse ou à la baisse en fonction "du jeu de l'offre et de la demande" : plus il y a d'acheteurs potentiels d'une action donnée et plus sa valeur (son "cours de bourse") augmente. Inversement, si peu d'investisseurs se déclarent acheteurs, le cours baisse. Jusqu'ici, rien d'anormal. La prise de valeur d'une action est la conséquence de la bonne santé de l'entreprise, et donc de la production de richesses par cette entreprise. Il n'y a rien d'artificiel là-dedans.

Par contre, un autre aspect de l'activité de certains investisseurs est hautement condamnable en ce sens qu'il fausse délibérément le bon fonctionnement du système : je veux parler de la spéculation.

De quoi s'agit-il, expliqué simplement ? Il s'agit de faire monter artificiellement le cours de bourse d'une action pour la vendre plus cher qu'elle ne vaut, ou inversement de faire chuter son cours pour l'acheter "à vil prix", le tout sans aucun lien avec l'activité et la santé réelle de l'entreprise concernée. Les techniques qui permettent ces fluctuations articifielles des cours sont nombreuses, et certaines sont tout simplement illégales. Peu importe le détail de ces pratiques, c'est le principe de la spécualtion elle-même qui est un non-sens économico-financier.

J'en arrive à la crise que nous connaissons, qui de financière et liée à des opérations spéculatives est devenue économique, et je vais tenter d'expliquer pourquoi. Je sais par avance que beaucoup vont m'objecter que tout ça est trop simplement dit. C'est volontairement que je n'entre pas dans les détails et que je m'en tiens aux grandes lignes, au demeurant suffisantes pour expliquer.

A l'origine de cette crise se trouve ce que l'on a apelé "l'affaire des subprimes". Il s'est agi, pour les banques américaines, de profiter plus que de raison de l'essor du marché immobilier. Les prix de l'immobilier ont "flambé" d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique à cause d'une demande énormément supérieure à l'offre, et il n'y a rien là que de très normal. Mais en raison de cet état de fait, nombre de banquiers américains, parmi les plus importants, se sont mis à distribuer des crédits immobiliers à taux variables à n'importe qui et sans discernement de solvabilité. L'idée de base était simple : si le client ne peut plus payer, et comme la valeur de son bien prend constamment de la valeur, la banque aura tout loisir de vendre ce bien, sur lequel reposait évidemment le nantissement (la garantie) du prêt, pour récupérer son dû. Ces prêts étaient consentis à taux variable pour permettre à la banque de répercuter auprès de ses clients les variations possiblement importantes des taux d'intérêt.

Les taux d'intérêt ont effectivement évolué dans le mauvais sens, les échéances des prêts en question ont donc augmenté très considérablement, et un nombre très important d'emprunteurs se sont trouvés dans l'impossibilité de faire face à leurs obligations. Tant que les prix de l'immobilier montaient, les banques vendaient les biens nantis, les gens se retrouvaient à la rue mais les banques rentraient dans leurs fonds.

Mais toute embellie a un fin, et le marché de l'immobilier, en Amérique comme en Europe, s'est "retourné", et les prix se sont mis à chuter sans que les taux d'intérêt ne baissent. En conséquence les emprunteurs ne pouvaient toujours pas payer, mais les banques ne pouvaient pas non plus vendre les immeubles suffisamment cher pour entrer dans leurs fonds. D'où des difficultés financières très importantes pour beaucoup d'entre elles, et d'où des faillites en cascade.

Et le problème ne se limite pas à cette situation, déjà catastrophique. Les banquiers avaient en outre inventé ce qu'ils ont appelé la "titrisation" de leurs créances. Afin d'assurer un peu plus les risques fous qu'ils avaient pris avec ces pratiques tant hasardeuses, ils ont créé des "produits financiers", c'est à dire des titres de créance qu'ils ont vendus aux autres banques un peu partout dans le monde. De ce fait, quand les difficultés que je viens d'expliquer se sont fait jour aux Etats Unis, ce sont toutes les banques du monde ou presque qui se sont retrouvées avec des titres de créance qui ne valaient plus rien.

Or les banques, dans le monde entier, n'ont heureusement pas comme activité que de spéculer et espérer des bénéfices faramineux sur le dos de leurs clients. Elle font aussi leur métier, qui est essentiellement de financer par des prêts et moyennant intérêts (c'est là leur seule vraie source crédible et normale de revenus) les activités de leurs clients, que ce soit pour des opérations immobilières, pour des achats de consommation des ménages, ou pour les investissements dans les entreprises. Si un nombre très important de banques, et particulièrement les plus grandes d'entre elles, connaît de graves difficultés financières, elles se retrouvent de facto dans l'impossibilité de remplir ces missions qui sont les leurs naturellement.

Et c'est ainsi qu'aujourd'hui, il est de plus en plus difficile d'obtenir un prêt à la consommation (pour acheter un téléviseur, une voiture ou des meubles par exemple), de plus en plus difficile également d'obtenir un prêt immobilier pour faire construire sa maison ou pour la rénover, et surtout de plus en plus difficle pour les entreprises de financer leurs investissements (achat de machines-outils par exemple).

En conséquence, les marchands d'électroménager, l'industrie automobile, les marchands de meuble, entre autres, ne vendent plus. Leurs fournisseurs non plus. En conséquence également, les entreprises de bâtiment voient "fondre" leur marché. En conséquence toujours, les entreprises n'investissent plus et deviennent incapables de répondre aux besoins de leurs propres clients, etc, etc.. Sans oublier que tout le monde dans cette chaîne économique, voyant son activité diminuer considérablement, va devoir en tirer les conséquence sur le plan de l'emploi. D'où non seulement peu d'embauches, mais encore des licenciements...

Evidemment, tout ce marasme économique provoque une chute vertigineuse de la valeur des actions des entreprises, partout dans le monde, et comme une grande partie de l'épargne, les économies des ménages et les retraites complémentaires par exemple, est "assise" sur des actions en bourse, c'est également cette épargne qui "fond" à vue d'oeil, au rythme de la "dégringolade" des indices boursiers.

Moralité, si l'on peut dire dans une affaire qui en manque tant : une perversion par certains d'un système qui, à la base, est garant, tant qu'il est respecté, des intérêts et de la prospérité de chacun. Et cette perversion provoque une véritable catastrophe planétaire.

Je ne dis évidemment pas que cette crise dite "des subprimes" est la seule responsable de la crise actuelle : d'autres pratiques spéculatives, et pas seulement en Amérique, sont là pour l'alimenter encore aujourd'hui.

Si le capitalisme économique est, je le répète, le meilleur outil économique en ce bas monde, et si l'Etat n'a aucune vocation à y participer directement ni à en limiter la liberté d'action, il a par contre le devoir d'assumer sa fonction régalienne de garantie de la sécurité du citoyen et de ses biens. Et cette fonction recouvre la vérification du fonctionnement normal et honnête du système. Il dispose pour cela, dans tous les grands pays du monde, d'outils législatifs et d'organismes de contrôle qui, s'ils avaient été utilisés comme ils auraient dû l'être, n'auraient pas permis ces pratiques douteuses et ces prises de risques inconsidérées, et auraient ainsi eu toutes les chances d'éviter la catastrophe que nous vivons aujourd'hui.

Au lieu de cela, les états ont démissionné de leur mission de base, et ont laissé faire sans intervenir, eux qui pourtant sont si prompts et si enclins d'ordinaire à s'occuper de ce qui ne les regarde pas. Gageons que des raisons politiciennes (électoralistes) sont au minimum une des causes de ce laxisme. On pourrait aussi imaginer quelques "prises illégales d'intérêt" ou quelques "délits d'initiés". Mais je n'ai pas de preuve, et je ne m'aventurerai peut-être pas jusque là...

Aujourd'hui, les conséquences sur l'économie mondiale sont telles que tout le monde a peur. Le spectre de la crise de 1929 revient dans tous les commentaires, même si les causes ne sont pas les mêmes et que les effets ne seront donc pas les mêmes non plus (mais peut-être seront-ils pires ?).

Et ce qui fait peur aux citoyens fait peur aux politiciens : c'est le "syndrome du bulletin de vote". De ce fait, chacun y va de sa déclaration, de sa prise de position, et de sa "mesurette". Jusqu'au jour où, n'y tenant plus, le plus concerné d'entre eux, le plus près du problème de base aussi, et le plus responsable peut-être, "frappe un grand coup". En deux temps.

D'abord, il fait pression sur sa banque centrale (la Réserve Fédérale américaine), et elle consent un prêt d'un montant inégalé au plus gros banquier-assureur américain, AIG, proche de la faillite. J'ai soutenu, et je maintiens, que cette action n'était pas contre nature : il ne s'agissait pas d'une nationalisation puisque ce prêt, consenti en contrepartie de 80 % des actions de l'entreprise, était limité dans le temps. Il s'agissait donc bien d'une opération bancaire normale de refinancement, même si son montant était spectaculaire. Les autres grandes banques centrales ont d'ailleurs fait la même chose ou à peu près, en plus petit. A commencer par la Banque Centrale Européenne.

Mais ensuite, il "franchit le pas" et commet l'erreur du siècle en injectant des sommes colossales à fonds perdus, au nom du Trésor Public américain cette fois, et non plus de la banque centrale, et rachète purement et simplement les "créances douteuses" des entreprises bancaires les plus en difficulté. C'est de l'ingérence et de l'interventionnisme au premier degré, officiellement aux frais du contribuable mais en réalité par le jeu d'une aggravation du déficit du budget fédéral, qui pèse déjà de tout son poids faramineux sur l'économie mondiale. On viendra ensuite me dire que le libéralisme a tous les défauts, et que l'on peut les constater dans la société américaine soi-disant libérale ! Si, ça, c'est du libéralisme, alors je n'y comprends vraiment plus rien !..

Une dernière constation, bien peu optimiste : après un rebond spectaculaire de tous les marchés boursiers, ils sont aujourd'hui repartis à la baisse. Comme quoi l'interventionnisme des états est non seulement contraire à toute logique économique, mais encore inefficace. Je l'ai toujours dit. C'est ici flagrant. J'aurais pourtant, cette fois, préféré me tromper...

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