La crise financière et la crise économiques mondiales, crise économique dont je persiste à dire qu'elle n'est pas la conséquence de la première, laquelle n'a fait qu'en amplifier l'intensité, a des conséquences désastreuses sur nombre d'individus, sur toutes les entreprises, et sur le "moral des troupes", ce qui n'est pas le moins regrettable au contraire...

Au plan macro économique, la première des conséquences négatives a été, et ce n'est pas en train de s'arranger, d'obliger les pouvoirs politiques à intervenir massivement dans l'économie, ce qui est totalement contre nature et habituellement toxique pour l'économie. Mais dans les circonstances actuelles, cette toxicité est, comme je l'ai déjà dit, un mal nécessaire, un peu comme quand on injecte de la morphine à un grand malade pour calmer sa douleur.

Malheureusement, les états dans le monde occidental, et la France en particulier, ont des finances publiques tellement calamiteuses que ces interventions qui, pour être efficaces, doivent nécessairement être massives, ne peuvent être mises en oeuvre que par le creusement des déficits, lesquels sont déjà abyssaux.

Mais les effets de cette crise mondiale ont néanmoins deux conséquences positives : le fait d'obliger les dirigeants à réfléchir et celui de les pousser à prendre des mesures possiblement impopulaires. Ils n'ont pas le choix : il en va de la survie même de leurs économies, c'est à dire indirectement de leurs administrés. Même si ces derniers ont pour certains l'impression que les mesures ne leur apportent rien, ce qui est totalement faux.

Ainsi en va-t-il notamment du plan de relance de l'économie française présenté hier. Certains de mes commentateurs habituels me reprocheront encore une fois de soutenir l'action du Président Sarkozy. Si c'est bien le cas sur ce sujet particulier, les plus objectifs d'entre eux reconnaîtront que je ne le soutiens pas sans faille au long cours...

Mais ici, je dois reconnaître que les décisions qui ont été prises vont dans le bon sens, et je m'en félicite pour la France comme pour les Français, même s'il faudra sans doute ajouter au plan des mesures complémentaires, y compris coûteuses, dans un avenir plus ou moins proche. Mais il faut espérer qu'elles seront inspirées par la même idée vertueuse : celle de soutenir l'investissement, c'est à dire l'offre, et non pas la consommation, c'est à dire la demande.

Avant d'expliciter ce dernier propos, je voudrais quand même soulever un problème qui risque de se poser très rapidement. La France n'est pas la seule à user du déficit budgétaire, c'est à dire de l'emprunt, pour financer un plan de relance ou de soutien à son économie, loin de là.

Ce sont au total des centaines et des centaines de milliards de dollars que les états vont devoir lever sur les marchés internationnaux. Or, outre le fait que les réserves monétaires disponibles ne sont pas illimitées, sauf à "faire tourner la planche à billets", ce à quoi ni le FMI ni la Banque Mondiale ne sont prêts et heureusement, ces réserves ne sont pratiquement constituées, aux niveaux actuels de cette demande nouvelle, que par des "fonds souverains" de pays particulièrement dangereux pour nous.

En effet, que ce soient les pays dits "émergeants", à commencer par la Chine, que ce soit la Russie, ou que ce soient les pays du Golfe, ce sont autant d'états pour le moins très peu démocratiques d'une part, peu scrupuleux on l'a déjà éprouvé du respect des accords internationnaux, et qui plus est demandeurs des hautes technologies que possède de facto l'Occident. Il y a donc un risque majeur à mes yeux que ces bailleurs de fonds profitent de l'aubaine pour obtenir de nous des avantages importants, en termes financiers ou, pire, en termes de transferts de technologie, ce qui fragiliserait notre place future dans le concert de la compétition internationale. Mais on n'a malheureusement pas le choix : c'est en grande partie la conséquence de notre inconséquence passée en matière d'équilibres budgétaires...

J'en viens à la nature même de la relance. Deux écoles s'affrontent sur le sujet : soit relance de la demande soit relance de l'offre.

La première consiste à "booster" la consommation par le biais du soutien ponctuel du pouvoir d'achat : augmentation des salaires (mais la plupart des entreprises sont déjà dans des situations scabreuses à cause de la crise) et des retraites, et injection directe de capitaux dans le tissu social soit par des aides ciblées (la prime à la casse de 1000 € en est un exemple) soit par des subventions en espèces (l'allocation de 200 € aux futurs bénéficaires du RSA par exemple).

Outre le fait qu'il ne peut s'agir que d'un saupoudrage (26 milliards d'euros divisés par 60 millions de Français égalent 433 € sur deux ans, soit 216 € par an, soit 18 € par mois !...), ce type d'aide a deux défauts qui la rendent inopérante. D'abord, ponctuelle elle ne résout aucunement le problème sur le long terme, et ensuite elle bénéficie autant (et surtout compte tenu de notre faible compétitivité industrielle - il suffit de voir les chiffres de notre commerce extérieur) aux industriels étrangers qu'à notre industrie nationale et donc à l'emploi. En ce sens, elle ne prépare aucunement l'avenir et la pérénité de notre activité.

La deuxième école, qui est celle qu'a choisi le gouvernement, est celle du soutien de l'offre par l'investissement.

Je peux concevoir qu'un grand nombre de personnes aient a priori l'impression qu'il s'agit essentiellement d'aider les entreprises ou, comme disent certains syndicalistes, de "distribuer de l'argent aux patrons". C'est tout à fait vrai dans un premier temps, mais totalement faux à plus ou moins court terme.

Soutenir l'investissement, c'est faire en sorte que les entreprises de ce pays aient l'oxygène nécessaire pour non seulement poursuivre leurs activités, c'est à dire sauver autant que faire se peut l'emploi, au présent. C'est surtout, si l'aide est correctement ciblée, et les conditions de son application vérifiées, augmenter rapidement la compétitivité de notre industrie, notamment par l'innovation, afin de lui permettre de gagner des parts de marché, tant à l'intérieur (moins d'importations) qu'à l'extérieur (plus d'exportations), et ainsi non seulement préserver mais développer l'emploi. Il est à noter que dans le plan proposé, figure l'interdiction de délocalisations pour les entreprises qui bénéficieront des aides. Même s'il s'agit d'une contrainte importante pour les entreprises concernées, on peut admettre en effet que l'on n'accepte pas que l'argent public serve à financer des plans sociaux, comme ce fut le cas dans le passé.

Au plan de l'investissement, le déclanchement rapide annoncé de grands travaux comme le canal Seine-Nord ou quelques lignes de TGV sont également une bonne nouvelle pour les entreprises concernées et par leurs salariés.

Le troisième axe du plan Sarkozy, peu commenté par la presse, me semble également à la fois intéressant et important. Il s'agit de la réforme des marchés publics. Dans un pays où la commande publique représente 10 % du PIB, ce poste n'est certainement pas négligeable.

La lourdeur actuelle des procédures fait que les délais de réalisation sont extrêmement longs, et découragent les petits fournisseurs. En outre, les délais de paiement des pouvoirs publiques sont également de nature à décourager les PME. Or ce sont elles, tout le monde le sait, qui soutiennent majoritairement le marché du travail.

Autre point négatif de la gestion des finances publiques : les aides fiscales, la plupart du temps conçues sous forme de crédits d'impôt, n'ont de réel impact sur les budgets des bénéficiaires, particuliers ou entreprises, que l'année suivante, puisqu'elles sont déduites de la charge de l'impôt. Le fait de verser immédiatement ces sommes, comme d'ailleurs les dettes de l'administration, au lieu d'attendre la feuille d'impôt est sans aucun doute une très bonne idée. Je tiens cependant à rappeler ici que, sur le fond, je suis personnellement opposé à ce style d'interventions qui crée des "niches", et donc des inégalités flagrantes devant la pression fiscale.

En résumé, voici un plan qui, pour la première fois depuis des décennies, agit sur les vrais leviers efficaces. En privilégiant la compétitivité actuelle et future des entreprises et en tournant le dos à un saupoudrage inefficace au bénéfice de la seule consommation immédiate, il est de nature à renforcer les capacités de l'entreprenariat à maintenir et à développer une activité soutenue, et donc à la fois l'emploi et le pouvoir d'achat.

Il faudra cependant, je ne suis pas angélique, à la fois vérifier qu'il est correctement mis en oeuvre d'une part, et que les conditions d'utilisation par le tissu industriel, grandes comme petites entreprises, seront correctement vérifiées et les abus sanctionnés d'autre part.

Ce n'est qu'à cette condition que cet accroissement du déficit et de la dette sera supportable, moralement comme économiquement.

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