C'est la semaine de Noël, et par définition celle où les retardataires comme moi vont se précipiter dans les magasins pour acheter en catastrophe les derniers cadeaux qui leur manquent.

Vus les problèmes de pouvoir d'achat dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles, problèmes que je ne nie évidemment pas, qui sont bien réels et qui sont même une calamité pour certains, mais dont l'évocation quotidienne crée selon moi une psychose inconsciente propre à accentuer encore l'impression de crise, et mécaniquement la crise elle-même, vus donc ces problèmes de pouvoir d'achat, je m'attendais à des rayons surchargés et à des allées clairsemées, les acheteurs boudant logiquement les "temples de la surconsommation" que sont les hypermarchés.

Que nenni ! Quelle ne fut pas ma surprise de constater le nombre hallucinant de ces retardataires de dernière heure ! On se sent moins seul, tout à coup, et pour tout dire un peu rassuré sur son propre comportement laxiste à l'égard de ses enfants et de ses amis...

Mais la première surprise passée, l'esprit d'analyse reprend le dessus, on ne se refait pas, et on se souvient en un éclair de cette morosité dont on ne cesse de nous parler, de cette crise économique qui fabrique des malheureux à la chaîne, de ces pauvres gens que l'on nomme les "travailleurs pauvres" et qui fréquentent les restos du coeur et la banque alimentaire, de ces reportages où l'on ne voit que de pauvres hères, de ces discours misérabilistes, et on se demande aussitôt si on est bien sur la même planète, si ces gens que l'on voit là, devant nos yeux, sont bien réels ou si les reportages dont je parle ne sont pas quelque peu "bidonnés".

Je sais bien qu'il ne faut pas se laisser aller à des raccourcis instinctifs, ni se laisser abuser par des apparences trompeuses. Je sais bien que j'ai là sous les yeux une infime partie des gens, et qu'ils ne sont pas forcément représentatifs de l'ensemble. Je sais bien que pour 10 de ceux-là, il y en a peut être 50 qui n'ont pas les moyens de venir ici, même pour acheter "une bricole". N'empêche : ça fait une impression bizarre, et on ne peut que se poser des questions... Je me rappelle avoir vu comme tout le monde les longues files d'attente qu'on nous montrait, files d'attente des Soviétiques devant les magasins alimentaires au siècle dernier (le 20ème : ce n'est pas si loin). Je me rappelle aussi le discours d'une certaine extrême gauche qui fustige le capitalisme et son lot de production de pauvreté. Et ce que j'ai là sous les yeux ne me rend pas enclin à les suivre sur ce terrain. Même si je suis aveuglé. Et même s'il y avait bien un SDF à l'entrrée du magasin quand je suis arrivé...

Bref, la crise existe bien, et les victimes en sont nombreuses certes, mais qu'on arrête de nous chanter sur tous les tons qu'on est au fond du trou et qu'on souffre le martyr...

Deuxième aspect de mon analyse instinctive de ce que j'ai sous les yeux : l'économie virtuelle. A mieux y regarder, il y a là, et avec les caddies les plus remplis s'il vous plait, des personnes qui de toute évidence ne "roulent pas sur l'or", comme disait l'autre. Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour déterminer du premier coup d'oeil si la tenue vestimentaire de tel ou telle est récente et sort d'un magasin chic (sans pour autant être de luxe), ou bien si elle date au mieux de l'an passé, et a été achetée au "deux fois neuf". Ce n'est pas faire injure aux "moins favorisés" que de dire que, malheureusement, "ça se voit". Et bien, je le répète, ces gens-là, que je respecte au plus haut point je tiens à le préciser, poussent en général les caddies les plus garnis. Je ne me lancerai pas dans une conclusion hasardeuse sur la seule base de mes premières impressions, mais il me vient quand même tout naturellement à l'esprit l'évidence que les CCAS et autres primes de Noël y sont pour beaucoup. Dois-je me dire avec satisfaction que mes impôts servent à quelque chose ? Car, ne nous y trompons pas, ces impôts-là se retourvent bel et bien dans ces caddies-là. Je ne porte pas de jugement de valeur sur le contenu des dits caddies. Quoique...

Troisième aspect de la même analyse, toujours aussi instinctive. Je regarde instinctivement le contenu de quelques caddies. Il y a là pas mal de jouets classiques, de jeux dits "de société", de jouets en bois et autres "légos". Les modes ne balaient pas toutes les traditions. Mais il y a aussi, en quantité non négligeable et au contraire, tous ces jeux électroniques "dernière génération" dont le prix n'a d'égal que leur peu de valeur. Il est hallucinant de voir à quel point la plupart achètent à prix d'or plour leurs enfants des objets dont il ne savent pas eux-mêmes ni les utiliser ni même de quoi ils sont constitués... C'est sans doute l'impact imparable de la publicité et des campagnes de marketing, alliées à la puissance de l'effet de mode, du "qu'en dira-t-on" et du "bouche à oreille". Mais s'agissant de ces produits en particulier, on ne peut selon moi que le regretter.

J'ai encore dans l'oreille l'excellente émission de Monique Canto-Sperber samedi midi sur France-Culture, qui traitait du sujet de l'identité, et et qui évoquait particulièrement les problèmes rencontrés dans la lutte contre la cybercriminalité à cause des identités virtuelles.

Dans la "vraie vie", nous avons une identité et une seule, dont nous ne sommes pas maîtres puiqu'elle nous est délivrée par l'autorité administrative. Il est à ce point extrêmement difficile d'usurper l'identité de quelqu'un d'autre que le droit est quasiment muet sur le sujet.

Dans le monde virtuel, à commencer par tous ces jeux et jusqu'au site "Second Life" sur Internet, non seulement on se construit une ou plusieurs fausses identités, non seulement on a la possibilité d'en user et d'en changer à volonté, mais encore on peut tout aussi aisément, avec un minimum d'habitude et de d'habileté, emprunter celle d'un autre et agir en ses lieu et place. C'est le problème que l'émission de France Culture soulevait essentiellement, celui d'une "morale virtuelle" totalement à contre sens de la morale du "monde réel".

Je ne vais pas m'étendre abusivement sur le sujet, mais voilà une pratique tellement répandue sur la "toile" et dans les jeux électroniques divers et variés que nos chères têtes blondes, qui sont nées avec ça et que l'on n'éduque pas aux dangers que cela représente, vont trouver toute naturelle, et que, gageons-le, elles auront bien du mal à ne pas tenter de transposer dans la "vraie vie". Elles se préparent de beaux jours, avec notre coupable complicité...

Une économie virtuelle ; une culture virtuelle... Attention au réveil, bien réel !

Et en attendant, joyeux Noël...

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