On reçoit tous, ces temps-ci, dans nos messageries électroniques, des manifestes, voire des pétitions, en rapport avec la guerre qui se déroule depuis une quinzaine de jours au Moyen Orient.

Je n’ai pas l’habitude de répondre à ce genre de mails. Cependant, dans le cas présent, je me sens obligé de réagir.

Je suis totalement d’accord avec le fait qu’Israël se comporte de manière criminelle dans la bande de Gaza, comme d’ailleurs il s’est historiquement comporté de manière, au minimum, illégitimement agressive dans bien d’autres cas. Ici, il dépasse les bornes de la simple inhumanité.

Mais je trouve absolument scandaleux que l’on n’entende dans les médias, comme dans l’opinion, et particulièrement dans la « blogosphère » et dans les « spams » dont nous sommes abreuvés à longueur de temps, que le même son de la même cloche. A croire que l’antisémitisme et l’antisionisme sautent sur « l’occasion » de cette Nème guerre du Moyen Orient pour s’en faire une Nème tribune destinée à leur permettre de crier haut et fort leurs idées calamiteuses. Mais on n’est pas obligés d’accepter, et pour ma part je n’accepte pas !

Peu me chaut qu’Israël ou le Hamas soient l’agressé ou l’agresseur. Peu me chaut la « motivation » de Tsahal (rappelons-nous au passage que ce mot hébreux signifie « écouter ». Drôle de manière d’écouter !...) ou celle du Hamas (en arabe, « Mouvement de résistance islamique ». Seulement « résistance », vraiment ???). Peu me chaut que l’un ou l’autre « ait commencé ». On se croirait dans une cour de récréation où l’un et l’autre, s’adressant à l’ONU : « C’est lui qui a commencé, m’Dame !... ». Une cour de récréation où il y aurait près d’un millier de morts en moins de 15 jours…

Peu me chaut que les USA, prisonniers de leur communauté juive plus nombreuse que les Juifs d’Israël, et plus influents aussi, n’osent pas lever le petit doigt au Conseil de Sécurité et n’aillent « courageusement » que jusqu’à s’abstenir lâchement lors du vote de la dernière résolution en date. Peu me chalent les arguments des deux antagonistes, que je voudrais bien pouvoir ne pas qualifier d’ennemis.

Peu me chaut en effet, car le fond du problème n’est pas là. Cette guerre, qu’un hebdomadaire américain vient de qualifier de « guerre de cent ans », n’a pas un siècle mais bien cinq millénaires. Ce n’est pas l’état d’Israël contre le Hamas, ni contre les Palestiniens. C’est tout simplement, qu’on le veuille ou non, qu’on ait le courage de l’admettre (et de le dire) ou pas, la guerre des Juifs contre les Arabes. Celle d’Israël (celui de la Bible, pas celui d’aujourd’hui) contre Ismaël et sa descendance. Et dans cette guerre fratricide s’il en est, cette guerre où s’applique sans restriction la loi du Talion (« œil pour œil, dent pour dent »), peu chaut à quiconque parmi les antagonistes que la « faute première » soit le fait de l’un ou de l’autre. Au contraire, toute « faute », toute « agression », tout missile lancé par l’un vers l’autre, tout mort du fait de l’un ou de l’autre, est réduit à sa qualité de prétexte à une autre « faute », à une autre agression, au fait de lancer un autre missile ou de faire un autre mort…

Aujourd’hui, à Gaza, des hommes, des femmes, et des enfants, meurent par centaines sous les bombes de Tsahal. Officiellement parce que les Gazaouis lancent des rockets sur le sud d’Israël. Plusieurs dizaines de rockets chaque jour. Avec des morts côté israélien. Moins nombreux que chez les Palestiniens, certes, mais des morts quand même. Que ferait le gouvernement français si nos amis belges, qui évidemment ne seraient plus nos amis, lançaient chaque jour quelques dizaines de rockets sur Valenciennes ? Tendrait-il l’autre joue ? Se contenterait-il d’une admonestation ? Et obéirait-il sans broncher à une résolution de l’ONU, votée avec la bienveillante et hypocrite abstention des USA ? Je ne le pense pas, et s’il le faisait, je serais le premier à lui reprocher

Je ne fais pas ici l’apologie de la guerre, au contraire. La guerre est toujours la pire des solutions. Toujours la mauvaise solution à un conflit. Elle est toujours inutile. Car même si Israël détruit intégralement le Hamas, c'est-à-dire Gaza et les Gazaouis (rappelons que ces derniers ont élu le Hamas démocratiquement, et je ne pense pas qu’il s’en trouve une majorité écrasante aujourd’hui pour le condamner, au contraire), si même, donc, Israël « gagnait » cette guerre, on en reviendrait, dès la « fin des hostilités », à la « case départ », c'est-à-dire à l’antagonisme biblique qu’aucun conflit armé ne résoudra jamais.

Mais je me refuse à admettre qu’on ne représente toujours qu’un seul aspect de ce conflit, et toujours les mêmes « victimes civiles » (sont-elles vraiment toutes aussi « civiles » que ça ?) toujours du même côté. Des victimes, il y en a des deux côtés, et celles du côté israélien n’ont pas moins de valeur que celles du côté palestinien ! C’est insupportable de toujours entendre la même litanie de compassion pour les uns, toujours les mêmes, et d’injures pour les autres, toujours les mêmes également.

Les moyens mis en œuvre de chaque côté sont évidemment sans aucune commune mesure. Et j’ai pu lire ça et là des comparaisons allégoriques entre la nature de cette guerre menée par Israël et le principe de légitime défense contenu dans le droit civil. Et ces censeurs de proclamer, ce qui est vrai, « qu’il n’y a légitime défense que dans la mesure où il existe une similitude de moyens entre l’agression et sa réponse par l’agressé ». Certes ! Mais je me refuse à admettre qu’Israël n’est qu’en état de « légitime défense » dans cette affaire. Si ce pays porte au pinacle des principes celui de sa sécurité, et donc de la défense de cette sécurité, je ne vois pas que cette défense ne soit que « légitime ». Elle est naturelle, et inhérente à l’existence même de tout état souverain. La seule notion de « légitimité » ne peut pas s’appliquer aux rapports d’état à état, et encore moins à ceux d’un état-armée comme l’est Israël (on a pu dire que ce n’était pas un état qui avait une armée, mais « une armée qui avait un état » !...) à un mouvement insurrectionnel et révolutionnaire comme l’est le Hamas. Israël dit ne pas se battre contre la Palestine et les Palestiniens, mais contre le seul Hamas. Or, il se conduit comme s’il voulait détruire, non pas le seul Hamas justement, mais la Palestine elle-même, en tant qu’entité politique mais aussi en tant qu’entité tout court.

Et c’est en cela que je condamne avec la plus grande sévérité l’attitude d’Israël. Mais je condamne avec la même sévérité l’attitude du Hamas, qui fait de même, et de manière tout à fait officielle, à l’égard de l’Etat juif.

Les deux adversaires sont également criminels, même si les moyens mis en œuvre ne sont pas les mêmes des deux côtés de la frontière. Gageons que si le Hamas avait des moyens équivalents à ceux d’Israël, il agirait exactement de la même manière, et avec la même barbarie. Il n’y a pas d’un côté les méchants agresseurs et de l’autre les gentilles victimes. Et brûler des synagogues en France n’aurait de sens, si toutefois un sens pouvait légitimement être trouvé à de telles actions abjectes, que si on faisait de même avec quelque mosquée.

Espérons qu’il ne viendra à l’idée de personne de le faire, mais le fait pour les journalistes comme pour l’opinion de se focaliser contre Israël en oubliant que le Hamas est moralement tout autant coupable des mêmes atrocités, n’est pas moins tendancieux que de ne s’en prendre qu’aux seuls lieux de culte des Israélites.

Peu me chaut que j’en choque certains avec ces propos pourtant de bon sens. La simple vérité, c’est que nous n’avons pas évolué d’un pouce depuis les temps bibliques, en passant par le 16ème siècle européen, et par même le 20ème en Irlande notamment : cela s’appelle des « guerres de religions », et cela nous (re)plonge dans les affres de l’obscurantisme. Serait-ce une des composantes de la nature humaine ? J’ose ne pas le croire, et croire au contraire que c’est la conséquence d’une évolution de la civilisation qui n’a pas su éradiquer les penchants belliqueux de cette nature humaine là. L’homme appartient au règne animal, mais se refuse à considérer qu’il est lui-même un animal. Il prend notamment pour argument sa capacité à concevoir et élaborer sa spiritualité. Or, c’est cette même construction d’une spiritualité, malheureusement trop souvent assise sur des socles religieux, qui lui sert de prétexte à la barbarie toute animale qu’il met en œuvre, de tous temps et en tous lieux…

« Paris vaut bien une messe », a dit notre « bon roi » Henri IV. Et de se convertir au catholicisme pour accéder au trône de France, promulguer l’Edit de Nantes et instaurer la paix spirituelle dans le pays. Jérusalem ne vaudrait-elle pas un effort de même nature ? Ni Israël ni le Hamas ne semblent le penser. On peut le regretter, c’est le moins qu’on puisse en dire…

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