Surtout depuis le "krach" boursier et la crise financière mondiale que nous traversons, accusée à tort d'être à l'origine de la crise économique non moins mondiale que nous traversons également et qui plonge en réalité ses racines dans des politiques économiques aberrantes de bien plus longue date ; surtout depuis cela mais pas seulement ; depuis, juste avant, "l'affaire Kerviel", révélateur hautement médiatisé du "n'importe quoi" des comportements d'un certain nombre d'éminents acteurs de la haute finance ; depuis, donc, en résumé une petite année, nous n'avons droit dans les médias qu'à la longue litanie des commentaires du moral des Français.

Et ce moral serait en berne... A qui la faute ? La réponse est simple : à Emile Coué de la Chataigneraie (1857-1926). Ce docteur en pharmacie, et accessoirement en psychologie, est à la base de l'élaboration d'une méthode dont tout le monde ou presque connaît le nom, dont presque personne ne connaît la véritable méthodologie, mais que beaucoup, dont singulièrement les journalistes ces temps-ci, utilisent à tout va, du moins sous sa forme la plus répandue dans l'inconscient collectif, qui se trouve n'en être qu'une déformation édulcorée. Car la méthode du bon docteur Coué ne se limite pas à répéter inlassablement les mêmes idioties dans le but qu'elles deviennent sensées, et encore moins qu'elles s'avèrent réelles...

J'ajoute à la décharge des journalistes incriminés par mon propos (les plus nombreux) que c'est a priori sans intention qu'ils l'utilisent, cette méthode, et même qu'ils ne l'utilisent pour la plupart d'entre eux que sans le savoir.

En fait, c'est le sempiternel martellement des mêmes "informations", quand ce mot peut sans conteste s'appliquer à ce qu'ils disent ou écrivent, qui a l'effet décrit par le docteur Coué. Je ne prétends pas que nos "informateurs" ont l'intention de nuire au moral de leurs lecteurs en publiant ce qu'ils publient à longueur de temps, mais même sans intention l'effet est assuré, et avéré. C'est totalement inévitable, en particulier en raison de la psychologie commune au lecteur et à l'auditeur moyen. Comme le disait si bien Georges Duhamel (et rien n'a changé depuis sur le sujet) : "Ils ouvrent le robinet et ils boivent". Sans chercher à savoir si leur eau est polluée. Sans chercher à analyser ce qu'ils lisent ou ce qu'ils écoutent. Sans se rendre compte qu'ils se font manipuler. Sans avoir conscience qu'on les utilise à des fins plus ou moins avouables.

Et comme on nous rebat les oreilles de cette crise, bien réelle mais de laquelle on est parfaitement capables de sortir par le haut, notion qui n'apparait qu'en filigrane, et encore, dans la plupart des articles de presse ; comme, donc, on nous en rebat les oreilles à longueur de "Unes", de JT, d'éditoriaux et autres meetings politiques (les journalistes n'ont pas, en effet, le monopole de l'intoxication) ; comme cette "vérité" nous est assennée sans relâche, agrémentée de sondages d'opinions qui ne sont que le reflet de l'effet que cela produit sur "les gens" ; comme l'annonce permanente de la crise et du mauvais moral des citoyens ne peut qu'assombrir le moral des mêmes citoyens, nous nous enfonçons aussi sûrement dans la morosité et la dépresion que le Titanic dans les flots glacés de l'Atlantic Nord.

Je me suis pour ma part efforcé de m'extraire de cette spirale infernale, et je réussissais jusqu'ici à peu ou prou y parvenir.

Mais j'avoue que je commence à perdre pied. Il faut dire que, même si la situation n'est pas désespérée, même si des solutions existent, que tout le monde connaît ou devrait connaître, des solutions propres à non seulement sortir de la crise mais encore à profiter de cette crise pour balayer certains obstacles et avancer enfin dans la bonne direction, ces solutions qui motivaient essentiellement mon optimisme à contre-courant, je me rends compte de plus en plus que ni nos dirigeants ni mes concitoyens (et c'est bien là le pire) ne sont prêts à les mettre en oeuvre. Il semblerait même que ce soit exactement l'inverse qui constitue les aspirations d'une majorité d'entre eux. Et ce n'est pas de nature à nourrir mon optimisme dans un avenir qui, si la barre n'est pas vite redressée, m'apparaît maintenant, à moi aussi, bien sombre...

Il y avait des raisons d'espérer. Nos dirigeants, et pas seulement en France, semblaient avoir une vision saine des actions à mettre en oeuvre pour redresser le bateau à la dérive. Depuis quelques temps, il semblait qu'à de rares exceptions, les dirigeants de ce monde et singulièrement le(s) nôtre(s) aient enfin compris que le mythe de l'état providence n'était qu'un mythe, que le mirage de la relance par la consommation n'était qu'un mirage, que le creusement des déficits publics ne pouvait être que la source de difficultés suplémentaires, d'une aggravation notable de la crise qu'il était sensé "soigner", et que les décisions annoncées allaient dans le bon sens même si elles n'étaient ni suffisantes, ni parfaites évidemment, ni même assurées de succès à moyen terme. On entendait enfin un discours inspiré par le bon sens, je veux dire par ce qui est parfaitement évident pour qui a des notions minimales d'économie politique.

Relancer la consommation, c'est saupoudrer les citoyens d'une pluie trop fine de liquidités que dans le meilleur des cas ils utliseront derechef pour leur consommation immédiate, c'est à dire pour acheter des produits qui, pour la plupart, proviennent de l'étranger. Et donc sans aucun effet sur la production nationale, et donc sans aucun effet sur l'emploi, et donc sans aucun effet sur le règlement même partiel des difficultés. Et donc sans aucun effet sur le pouvoir d'achat, sinon à très court terme. Je veux dire de 24 h à 1 semaine, pas plus. Avec un impact désastreux sur les finances publiques, c'est à dire sur l'impôt, c'est à dire sur le pouvoir d'achat. Un cercle vicieux infernal... On en a pourtant eu plusieurs expériences cuisantes dans un passé récent, mais il semblerait que la mémoire des Français soit encore plus calamiteuse que beaucoup d'entre nous ne le savaient déjà. Dommage pour eux. Dommage pour nous...

Les "plans de relance" annoncés semblaient plus vertueux, avec des aides qui certes creusaient les déficits immédiats (sauf pour le(s) pay(s) qui avai(en)t des finances saines), mais qui d'une part n'étaient que prêtées moyennant intérêt, première vertu, et d'autre part étaient destinées à alimenter l'investissement et donc l'emploi, deuxième vertu, cardinale celle-là.

Parallèlement, et pour ce qui est de notre pays, le train de réformes en cours d'élaboration allait tout autant dans le bon sens, celui d'une modernisation des institutions et de l'économie, celui d'un assouplissement des contraintes administratives, celui aussi, ce qui n'est pas le moindre, d'une modernisation et d'un l'allègement des prélèvements fiscaux. Sans être idyllique, le tableau était séduisant, même si déjà des signes négatifs avaient été donnés à l'occasion de réformes déjà "mises en place", et qui s'étaient transformées en "réformettes" sous la pression, déjà, de la rue et de ces forces qui se disent "progressistes" mais qui étouffent dans l'oeuf toute vélléité de progrès...

Indécrottable optimiste, je voulais encore croire dans l'avenir, pensant (naïvement ?) que l'équipe dirigeante finirait bien par faire valoir ses arguments, que la majorité étant acquise au gouvernement tant à l'Assemblée que, dans une moindre mesure, au Sénat, et les Elus étant des gens sensés (naïveté, vous dis-je), "on" parviendrait à un ensemble de mesures qui, même si elles n'étaient au final pas la copie conforme des aspirations légitimes de ceux qui avaient voté majoritairement en mai 2007, donneraient à ce pays et à son économie le souffle d'air frais qui leur manquait.

Las ! Je ne sais par quel miracle inversé, je me retrouve aujourd'hui dans un état d'esprit bien différent. Je ne sais pas par quel "miracle", dis-je, mais je sais bien à cause de quoi.

Encore la presse ! Mais cette fois, je n'ai malheureusement pas l'impression d'être victime de la méthode Coué. J'ai malheureusement le sentiment que mon ressenti correspond bien à une réalité. Et ce n'est pas réjouissant. De quoi s'agit-il ?

Pour des raisons ouvertement politiques, et pas du tout syndicales, les organisations appellent à une "grande journée de grève et de manifestations" ce jeudi 29 janvier. Jusque là, rien de bien nouveau sous le soleil. On a l'habitude. Ce n'est pas pour rien qu'un artiste tchèque a représenté la France dans un tableau allégorique accroché au fronton du Parlement Européen par une simple bannière intitulée "En grève" ! Belle réputation, parfaitement justifiée hélas...

Mais, je l'ai dit, cette grève-là n'est pas une grève comme les autres : elle n'a rien de syndical. J'ai déjà dit à plusieurs reprises ce que je pensais du droit de grève, particulièrement dans le service public mais pas seulement. Je n'y reviendrai que pour répéter que ce droit de grève, inscrit à juste titre dans la Constitution, n'a pour but que de permettre aux salariés de faire pression sur leur employeur en vue du règlement de difficultés dans l'application du droit du travail, et rien d'autre. Ici, rien de tout ça : les salariés sont appelés à faire grève pour "[...] agir massivement et interpeller les responsables gouvernementaux, les responsables patronaux et les employeurs pour [...] défendre l'emploi privé et public, [...] lutter contre la précarité, [assurer] le maintien du pouvoir d'achat [...]". Le PS de son côté, soutient la manisfestation et "appelle à une mobilisation sociale et politique". Rien de syndical donc, tout de politique ! Et tout simplement inadmissible, sinon anticonstitutionnel (à voir : les juristres qui me liront me rectifieront peut-être).

Ce n'est pas le sujet de ce billet, mais je tenais à insister sur ce point, qui pour moi est de la plus grande importance...

Mais il y a pire encore. Je lis ce matin dans la presse que cette journée nationale de protestation (je me refuse à parler de simple mouvement de grève) sera sans doute très largement suivie, et que "69% des Français la soutiennent ou «ont de la sympathie» pour elle" . 

Et c'est bien là le fond du problème... Que les partis d'opposition s'opposent, que les syndicats mobilisent leurs troupes, même s'ils le font pour des motifs qui ne les concernent pas, que les députés et les sénateurs légifèrent y compris dans le chahut, y compris en usant de moyens hautement criticables tels que l'obstruction systématique, c'est dans l'ordre des choses et c'est leur rôle dans le fonctionnement de la démocratie (à l'obstruction dont je viens de parler près). Qu'une partie de l'opinion, à commencer par celle qui n'a pas mis en place le pouvoir actuel, s'oppose à la politique menée, qu'elle organise des manifestations de contestation, qu'elle défile dans les rues en criant même sa colère, tout ça est normal. C'est le jeu démocratique, et on peut parfaitement comprendre que ceux qui n'ont pas voté pour une politique se mobilisent contre sa mise en oeuvre. Que des individus n'aient pas les mêmes opinions, et les mêmes jugements politiques, que d'autres, est tout à fait normal, et il est du ressort de leurs contradicteurs de leur expliquer, démocratiquement, pourquoi ils ne pensent pas les mêmes choses. Qu'un socialiste combatte la politique de N. Sarkozy, et m'invective, possiblement vertement, parce que je défends mes idées libérales, contre lesquelles il se bat, je le comprends, je l'admets, et même je m'en réjouis : c'est le signe que nous vivons en démocratie, et accessoirment ça me permet de lui expliquer pourquoi il a tort (selon moi, bien sûr).

Mais qu'en mai 2007, 55% de Français, avec un taux de participation record, installent à l'Elysée un homme qui défend haut et fort un certain programme, que dans la foulée ils lui donnent une majorité très confortable à l'Assemblée, confirmant ainsi de manière éclatante qu'ils sont bien décidés à voir se mettre en oeuvre les réformes de fond dont le pays a un besoin urgent, et que moins de 2 ans plus tard ils soient près de 70% à descendre dans la rue une fourche à la main pour combattre le même homme et les mêmes idées alors que le peu de réformes déjà entreprises ne vont même pas, loin s'en faut et je suis le premier à le déplorer, au bout des intentions proclamées dans le programme électoral, c'est tout à fait incompréhensible et surtout, c'est de parfaite mauvaise augure pour la réussite de la transformation de la société sans laquelle notre pays s'enfoncera inexorablement dans une régression que beaucoup n'imaginent même pas.

S'il se confirme que les Français, dès les premières difficultés venues, dès pour certains le plus petit de leurs privilèges abolli (régimes spéciaux de retraites, niches fiscales, etc...), dès le train-train de l'assistanat remis en cause, dès le laxisme et l'absence de prise de responsabilité individuelle remis en cause également, toutes choses comprises dans le programme sur lequel ils s'étaient pourtant déterminés, s'il se confirme donc que dès lors tout le monde se rebelle, brûle ce qu'il avait adoré et se met à adorer ce qu'il avait brûlé (le keynésianisme, le constructivisme exacerbé, le laxisme budgétaire et le fiscalisme galopant notamment), alors il n'y a plus qu'à jeter l'éponge...

La France doit se réformer dans le sens de la vraie liberté d'entreprendre, de la pleine responsabilité des citoyens, de la réduction drastique du poids de la puissance publique (poids administratif comme poids financier), de la libération des énergies, le tout pour la rendre capable, enfin, de rivaliser avec le reste du monde, à commencer par nos voisins est-européens. Beaucoup de pays sont sur la bonne voie, et qui deviendront demain (dans quelques heures devrais-je dire, à l'échelle de l'Histoire), nos principaux concurrents, avec lesquels nous serons bien incapables de rivaliser. Le processus est déjà commencé.

Oui, je suis bien pessimiste ce matin. Si nous continuons sur cette funeste lancée, et si nos gouvernants n'ont pas le courage de la politique pour laquelle ils ont été élus, populaire ou pas au gré des humeurs, alors la France est un pays en voie de sous-développement.

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