mardi 3 février 2009
Quelle relance ? Quelles mesures ? Quelle réponse ?
Juste un petit billet, aujourd'hui, pour souligner deux articles de presse qui m'ont interloqué, non pas en eux-mêmes mais en regard de leur concomitance.
Tout d'abord, l'article de Challenges qui relate le nouvel accord conclu entre les différentes centrales syndicales, aux termes duquel elles annoncent "attendre le discours de Sarkozy" pour "en apprécier la portée et en mesurer les conséquences", sachant qu'elles "[...] attendent des réponses aux revendications par l'annonce de mesures concrètes et immédiates [...]".
Ensuite, l'article de LCI qui explique comment la "prime à la casse" rencontre un très vif succès, mais bénéficie essentiellement aux modèles d'automobiles construits pour l'essentiel à l'étranger...
Concernant le "plan de relance", la position des centrales syndicales est bien connue, calquée sur celle du PS et savamment promue dans l'opinion, à savoir que les mesures annoncées par le gouvernement "sont inadaptées" (même si tous les économistes s'accordent à dire le contraire) et que la "bonne politique", conforme à l'attente des Français (attente savamment "programmée" au moyen de cette méthode Coué dont j'ai déjà parlé), serait de procéder à une relance par la consommation, en lieu et place de l'aide à l'investissement, qui est l'essence principale du plan gouvernemental actuel.
J'ai déjà dit tout le bien que je pensais, non pas du plan de relance lui-même (encore de l'interventionnisme forcené d'une part, et encore le creusement des déficits d'autre part) mais de l'esprit dans lequel il est bâti, c'est à dire en visant l'investissement dans l'avenir et non les seules dépenses immédiates, inefficaces à moyen et long terme comme l'aurait dit ce brave La Palice tant c'est évident.
Tous les syndicalistes ne fustigent pas les mesures prises, et certains ont l'intelligence d'admettre qu'elles sont de bon sens, mais tous demandent des "aides immédiates au pouvoir d'achat", en supplément quand ce n'est pas à la place de ce plan.
Or, il n'est pas besoin de revenir sur l'argument parfaitement justifié des plans de relances du passé, exclusivement orientés vers la consommation et qui ont TOUS échoué. Il suffit de simplement réfléchir quelques instants avec intelligence et sans parti pris.
Creuser les déficits budgétaires pour alimenter l'investissement, c'est certes hypothéquer l'avenir et reporter sur nos enfants, on ne cesse de le répéter, la charge de nos erreurs présentes et passées, mais c'est aussi permettre à l'économie (à l'industrie, au bâtiment, aux TP, à la recherche) de se construire un avenir; c'est préparer les emplois et les bénéfices de demain. C'est aussi favoriser l'emploi au présent, les opérations lancées dès maintenant nécessitant de la main d'oeuvre, et donc permettant de distribuer immédiatement des salaires et du pouvoir d'achat. Distribuer directement des sommes égales, voire supérieures comme le réclament certains, c'est au contraire dépenser cet argent en pure perte ou presque.
D'une part, je l'ai déjà dit, ces sommes si colossales soient-elles, ne peuvent représenter pour chaque individu concerné, sous la forme d'aides directes, que des montants dérisoires et en tout cas extrêmement limités dans le temps. D'autre part, cette relance de la consommation immédiate, même si l'argument est largement réfuté par nombre de responsables syndicaux et politiques, bénéficierait essentiellement à l'importation de produits, même français, fabriqués à l'étranger. Que cet état de fait résulte d'erreurs de gestion ou d'une politique erronnée, ce dont je ne suis pas certain, ne change rien à l'affaire. Et passés un ou deux mois (le temps de dépenser les 26 milliards dont on parle), on en reviendrait à la case départ, avec un "trou" de 26 milliards supplémentaires à combler et sans que l'activité en France, et donc l'emploi, et donc le pouvoir d'achat, n'y aient rien trouvé de positif.
Et c'est justement là qu'intervient le deuxième article, celui de LCI : on y apprend que la prime à la casse, qui est un parfait exemple d'une telle "aide à la consommation des ménages", bénéficie essentiellement, en liaison avec le "bonus écologique", à la vente de véhicules neufs de petite cyclindrée (crise oblige, c'est tout à fait normal) qui pour la plupart sont fabriqués à l'étranger, où les usines ne peuvent même plus fournir la demande. La prime à la casse en France a donc participé activement à la lutte contre le chômage ... à l'étranger !
CQFD...
Que la masse des citoyens, qui souffrent de la crise pour beaucoup d'entre eux c'est évident, ne réagissent qu'au premier degré en disant en substance "je manque de pouvoir d'achat, donnez-moi des sous", c'est déjà assez affligeant, mais il est tout simplement époustouflant que des hommes et des femmes responsables, sensés pourvus d'une intelligence supérieure à la moyenne (c'est du moins l'image qu'ils et elles ont dans l'opinion), ne soient pas capables de tenir des raisonnements aussi simples, et de procéder à des constatations aussi évidentes, à la lumière qui plus est de l'expérience du passé...
A moins que tous (et toutes) ne soient pas d'une extrême sincérité et d'une extrême honnêteté intellectuelle, et qu'ils (elles) ne "surfent" tout simplement sur la vague du mécontentement de leurs ouailles pour les entraîner dans des "actions syndicales" et des défilés de rue propres à faire la démonstration de leur force, et à asseoir leurs positions dominantes ?
Voilà encore une manière de prendre le citoyen moyen en ôtage. Gageons que, quelle que soit la teneur du discours de jeudi, une ou plusieurs nouvelles journées noires son à prévoir, téléguidées par ces soi-disant responsables pour qui "négocier" signifie uniquement "satisfaire nos revendications", et qui ont sans doute déjà programmé en secret leur "réponse circonstanciée".
Il reste à espérer que nos responsables politiques ne cèdent pas au chantage. Mais en auront-ils le courage ? On en revient toujours à la même question fondamentale.
CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

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lundi 15 décembre 2008
Tout ce qu'il faut ... Mais pas plus qu'il ne faut !
Juste un petit billet pour évoquer l'affaire Madoff, et pour dire ce qu'elle m'inspire.
De quoi s'agit-il ?
Bernard L. Madoff, ex-président du Nasdaq (rien que ça), vient d'être démasqué pour avoir monté une arnaque sans précédent dans le monde de la finance. Il proposait aux investisseurs des placements "sécurisés" à haut taux de rémunération (de l'ordre de 10%), et se servait en fait des nouveaux investissements (ceux de ses nouveaux clients ou leurs nouveaux versements) pour servir les intérêts aux autres, sans procéder à aucun placement des fonds qu'il recevait. Ce qui lui laissait évidemment un solde positif respectable, tant que les investisseurs toutefois ne demandaient pas de se faire rembourser leurs mises. C'est un système d'escroquerie vieux comme le monde, mais il n'y a pas d'exemple qu'il ait été mis en oeuvre avec une telle ampleur, et surtout à ce niveau de notoriété de l'escroc...
Et ça dure, nous dit-on, depuis 20 ans... Et les "clients" de cet "investisseur" hors normes ne sont pas que de simples gogos-de-base comme on pourrait s'y attendre, mais des "grands" de la finance internationale ! Ainsi, on apprend tous les jours que telle ou telle grande banque, la BNP ou la Société Générale en France, Natixis, Unicredit, et la liste est longue, sont parmi les grosses (très grosses) victimes de cette escroquerie, d'un montant total estimé à 50 milliards de dollars, soit 37,3 milliards d'euros...
Derrière le fait divers se posent les questions de fond du "comment" et du "pourquoi".
Comment ?
Comment est-il possible qu'une telle arnaque ait pu être montée en toute tranquillité nonobstant la notoriété de Bernard Madoff dans le monde de la finance internationale ? Comment se fait-il que les autorités de régulation des marchés, sensées vérifier le bon fonctionnement et surtout la régularité des transactions, aient laissé faire sans rien voir durant tant d'années ? A priori incompréhensible...
Pourquoi ?
Pourquoi des banques réputées aussi sérieuses que celles que j'ai citées, et bien d'autres dont on ne connaît pas encore les noms, sont-elles aussi facilement tombées dans le piège ? Pourquoi ni les procédures de contrôle interne de ces entreprises, ni les autorités ministérielles auxquelles elles sont soumises, ni les autorités de contrôle des opérations de bourse, ne se sont aperçu de rien durant tant d'années ? A priori incompréhensible également...
Alors, il faut bien se rendre à l'évidence, et l'explication est finalement toute simple : la seule qui permet de comprendre.
Le système financier international fonctionne de manière libérale, et c'est très bien comme ça. Il serait absolument inadmissible, totalement sclérosant et parfaitement contre-productif que les politiques puissent intervenir dans le fonctionnement même des institutions financières, que ce soient les banques, les sociétés d'investissement, ou les bourses de valeurs. Le système capitaliste, qui par ailleurs est le seul qui permette le fonctionnement optimal de la production des richesses et de leur répartition, ne se conçoit que libéral. Toute intervention des pouvoirs publics est de nature à fausser son fonctionnement, à y introduire des distorsions et des blocages, et à conduire à des désastres.
Mais la liberté, ou le libéralisme qui n'est que sa traduction en tant que système, ne signifie pas l'anarchie. Et il est crucial que le fonctionnement des marchés réponde à des règles, faute de quoi il ne peut que déraper. Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises et je pense que c'est maintenant une évidence pour tout le monde.
Ces règles existent, et existent également les organismes sensés contrôler leur application. Encore faut-il, pour que tout ça fonctionne correctement, que deux conditions soient réunies : la pertinence des règles et l'efficacité des systèmes de contrôle.
Depuis la fin des "trente glorieuses", c'est à dire en gros 1975, mais surtout depuis les années 1980, et au nom du libéralisme renaissant, qui était en soi une très bonne chose, les règles ont été modifiées et le fonctionnement des mécanismes de contrôle assoupli. Et ce fut, je pense, une profonde erreur que nous payons aujourd'hui.
L'affaire Madoff est directement liée à ce laisser-aller, qui est par ailleurs à l'origine également de la crise financière monstrueuse que nous venons de vivre, et qui n'est pas terminée loin s'en faut.
Alors, quand j'entends parler de "refondation du système financier", du "retour de la régulation", je ne peux qu'applaudir. En espérant que les dirigeants soient capables de se mettre d'accord pour faire ce qu'ils préconisent en matière de contrôle et par là de remplir leurs obligations de maintien de la sécurité, mais en espérant aussi qu'ils ne sombrent pas à l'inverse dans le dirigisme viscéral dont ils sont pour la plupart atteints. C'est bien ce dernier comportement que j'appréhende le plus de leur part aujourd'hui...
Car quand j'entends parler de "retour de l'Etat" dans l'économie et la finance, quand les keynésiens et les collectivistes de tous poils en profitent pour fustiger l'esprit libéral, voire le capitalisme, et déclarent comme j'ai entendu Martine Aubry le faire il n'y a pas si longtemps, "qu'un boulevard s'ouvrait pour les idées de gauche et pour le socialisme", il en va tout autrement...
Il ne faut pas "jeter le bébé avec l'eau du bain", et ce qui est en cause n'est pas le capitalisme ni même l'esprit libéral, mais seulement les pratiques laxistes qui ont consisté, dans le domaine économique et financier mais pas seulement, à laisser faire n'importe quoi. Et ceux qui se gaussent de soi-disant voir leurs idées triompher en creux, par l'absurde, feraient bien mieux de se souvenir des premières années du mitterrandisme, qui ont conduit leurs idées à plonger le pays dans une crise dont il n'est jamais vraiment sorti, puisque la dette publique abyssale qui est la nôtre est en grande partie due à cet épisode peu glorieux. Comme quoi trop d'interventionnisme étatique conduit à des absurdités au moins aussi graves que le laxisme.
Et quand j'entends ce matin sur Europe 1, Jean Pierre Jouyet, qui a pris aujourd'hui ses fonctions de tout nouveau président de l'Autorité des Marchés Financiers, dire qu'il souhaite "faire en sorte qu'il n'y ait plus d'institutions non régulées", je ne sais pas si on est en droit de s'en réjouir, c'est à dire de lui faire confiance pour faire ce qu'il faut, tout ce qu'il faut, mais rien que ce qu'il faut et pas plus qu'il ne faut...
Il reste à espérer que nos dirigeants, dont Jouyet, ancien ministre, soient capables de s'en persuader, et soient capables également du courage politique qui leur manque tant habituellement. Qui vivra verra...
CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

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mardi 2 décembre 2008
Fermons la parenthèse !
Voilà deux mois jour pour jour que je n'ai rien écrit ! Je ne vais pas m'étendre sur les causes de cet absentéisme aussi pénible (pour moi) qu'involontaire. Je vais cependant regretter de n'avoir ainsi pas eu le loisir de dire ce que je pensais, au fil de l'eau, des évènements qui se sont déroulés et des réactions dont on a pu être témoins, évènements et réactions qui auraient très largement mérité attention et commentaires de ma part. Beaucoup de mes amis blogueurs l'ont fait. Merci à eux, mais je me suis senti (et je me sens encore) frustré d'avoir été contraint au silence par manque de temps...
Désormais moins bousculé dans mon emploi du temps, je saute sur le loisir qui m'est enfin rendu pour fermer la parenthèse. Je ne reviendrai pas sur ces deux mois d'une intense foire d'empoigne politique, économique, financière et judiciaire, sauf pour dire que mon propos d'aujourd'hui m'a été directement inspiré par ces évènements-là, et qu'il est l'expression de ce qu'ils m'inspirent.
Il faut noter tout d'abord que je n'avais de toute évidence aucunement tort de dire que nous étions à l'orée d'une crise économique sévère et que la crise financière servirait à en masquer les véritables raisons.
Nous sommes malheureusement devant l'évidence que cette crise économique, qui avait commencé bien avant l'éclatement de la bulle financière américaine, est très profonde, bien plus peut-être que nous ne pouvons le percevoir encore aujourd'hui, et qu'elle aura (qu'elle a déjà) des conséquences hautement négatives sur la vie de tous les jours de chacun d'entre nous.
Il est moins évident qu'elle n'a pas pour point de départ la crise financière, et que cette dernière a tout juste "jeté de l'huile sur le feu". Il n'est pas encore évident non plus pour tout le monde que les pouvoirs politiques, partout dans le monde et particulièrement en Occident, s'en servent pour masquer le fait que leurs erreurs en sont la cause principale.
Je maintiens avec beaucoup d'autres que les politiques dirigistes de nos gouvernants, y compris de ceux qui se voient taxés de soi-disant libéralisme à longueur de temps, et je pense particulièrement aux USA mais les états d'Europe ne sont évidemment pas exempts, que ces politiques donc, menées à grands renforts de prélèvements obligatoires, de contraintes liberticides et de réglementations paralysantes, asphyxient les économies, annihilent les initiatives, et sont à la base de la faillite d'une mondialisation qui aurait dû être au contraire la source d'une développement sans précédent sur toute la planète. Seuls certains pays l'ont bien compris, même s'ils n'ont pas encore atteint le niveau de libéralisation souhaitable de leurs économies, et ce sont ceux, comme par hasard, que l'on qualifie à juste titre d'émergeants : la Chine, qui est en train, à trop petits pas, d'abandonner son économie collectiviste et planifiée, l'Inde qui s'ouvre avec bonheur à la liberté d'entreprendre, le Mexique qui copie, malheureusement pour lui, y compris les erreurs de l'Oncle Sam, et même la Russie qui peine à éradiquer les vieux démons de l'ex-URSS mais qui semble cependant sur le bon chemin.
Malgré ce constat évident pour peu que l'on veuille bien examiner les choses de l'oeil froid et impartial du témoin sans préjugés, on entend à n'en plus finir les anti-libéraux de tous poils profiter avec opportunisme de la crise actuelle, et de son traitement par les pouvoirs politiques, pour se vanter d'avoir eu raison de tous temps, pour crier la victoire évidente de leurs thèses, en stigmatisant ce qu'ils appellent la faillite du libéralisme, voire pour certains d'entre eux du capitalisme...
Un mot tout d'abord des interventions actuelles des pouvoirs publics. J'ai déjà dit largement ce que je pensais de l'injection par les gouvernements de capitaux publics dans l'économie. Je maintiens avec force que cet interventionnisme ne peut être que néfaste, pour les raisons que j'ai développées dans mes précédents billets. L'état n'a aucune légitimité à intervenir activement dans la sphère économique ou financière. Son rôle se borne, mais il s'agit d'une obligation incontournable selon moi, à en garantir le bon fonctionnement par l'édiction de règles strictes destinées à interdire les abus et à protéger ainsi les intérêts des citoyens, et par des contrôles efficaces de l'application de ces règles. C'est ce qu'on appelle communément la régulation, et que les autorités ont négligé dans les dernières décennies au profit de la réglementation, qui n'a pas de rapport avec la régulation et dont le but est notamment de profiter fiscalement de l'activité des opérateurs financiers sans souci de la sécurité des investisseurs, petits ou grands.
Mais nous sommes aujourd'hui devant une situation, directement induite par le laxisme que je viens de dénoncer, qui risque de mener à la faillite non seulement certaines banques comme on l'a dit, et comme a pu le constater pour certaines d'entre elles, mais par ricochet des pans entiers de l'économie dont les acteurs (les entreprises) dépendent directement de ces banques, en ce que ce sont elles qui, naturellement, distribuent le crédit indispensable à l'investissement quand ce n'est pas au fonctionnement des dites entreprises.
C'est en cela qu'on ne peut qu'approuver, avec moultes regrets mais avec pragmatisme, le principe des plans de soutien qui ont été annoncés. Même s'il y aurait beaucoup à dire sur leur contenu. A noter que ces interventions de fonds publics dans l'économie ne se conçoivent que temporaires et conditionnels. Les sommes injectées devront être remboursées la crise passée, et elles entraînent de la part de leurs bénéficiaires des comportements "de bon père de famille" comme disait jadis le code civil. La contrepartie de de l'aide publique étant une prise de participation dans le capital, temporaire je le répète, cette participation devrait être le moyen pour la puissance publique de s'assurer de ces bonnes pratiques. Encore une obligation à la charge des états, qu'on ne pourra pas leur pardonner ensuite de ne pas avoir assumée.
Quant au satisfecit des tenants d'une économie de forme collectiviste, je ne peux que leur conseiller d'être un peu plus modestes, et de ne pas penser trop vite qu'ils avaient raison, qu'ils ont raison, ni même qu'ils auront raison un jour. Ce que nous vivons n'est pas du tout la faillite des politiques libertaires (je veux dire par là des politiques respectueuses de la liberté), et encore moins la preuve par l'absurde (ce serait en effet absurde de le penser) que le socialisme (pour enfin prononcer le mot) est la solution.
C'est au contraire le manque de libéralisme qui a conduit à la catastrophe. Encore faut-il se mettre d'accord sur le sens du mot. Libéralisme ne signifie pas anarchie, et liberté ne signifie pas chienlit. Le libéralisme, ce n'est pas l'absence de règles, c'est l'institution des seules règles qui permettent de garantir la liberté et la sécurité des citoyens, et en particulier des acteurs économiques. Etre libre ne signifie pas avoir le droit de tuer son voisin (ni physiquement, ni socialement, ni économiquement), cela signifie avoir les mêmes droits que lui et cela suppose d'être tenu de respecter les siens.
Le respect de cet équilibre subtil est la charge qui pèse sur la puissance publique. Elle est sa seule raison d'être. Le rôle de l'état n'est pas de faire la morale, de penser à la place des citoyens, de les contraindre malgré eux à tel ou tel comportement, même si on pense que c'est mieux pour eux. Le rôle de l'état n'est pas de faire le bonheur de ses administrés. Ils sont assez grands pour savoir ce qu'ils veulent, ce dont ils ont envie et ce qu'ils veulent faire. Le rôle de l'état, c'est de leur permettre de le faire, en garantissant leur sécurité.
C'est ce qui n'a pas été fait sur le plan économique et financier et qui a provoqué la faillite d'un système bancaire dont les dirigeants ont enfreint les règles de sécurité propres à préserver les investisseurs, grands et petits. Au lieu de réguler, les états ont réglementé, et ce n'est pas du tout la même chose. De plus, ils n'ont pas suffisamment contrôlé, ni le bien-fondé des règles édictées, ni le respect de ces règles. Les états ont failli à leur devoir de base : celui de préserver et de garantir la liberté et la sécurité de leurs administrés. Ce n'est pas la faillite du libéralisme, c'est celle du dirigisme. Nuance.
Alors, cessez s'il vous plaît de crier haro sur le capitalisme et ce libéralisme que vous dites exécrer sans même vous donner la peine de comprendre ce qu'il est. Il est temps d'être sérieux et de ramer dans le bon sens. Il est temps de fermer la parenthèse...
CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

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lundi 9 juin 2008
Le scandale de l'affaire Total
Voici un complément à mon article précédent. J'apprends avec stupeur que tant l'UMP que le PS se déclarent partisans de recourir aux bénéfices de Total pour lutter contre la hausse des produits pétroliers !
Et dire que dans le même temps, et sur un autre site, je me fais incendier parce que j'aurais soi-disant prétendu que ce gouvernement était libéral. Un comble !..
Plonger la main dans la poche d'une entreprise privée pour financer une politique interventionniste de contrôle autoritaire des prix, justement sur les produits que cette entreprise commercialise, serait-il un comportement libéral ? NON, Messieurs ! C'en, est très exactement le contraire !
Non content de racketter les consommateurs par une fiscalité à hauteur de 60 % (excusez du peu) sur les produits pétroliers, l'Etat serait-il assez malhonnête (le mot n'est pas trop fort) pour spolier le principal raffineur français de tout ou partie de ses bénéfices ?
Pour le parti socialiste, "il est temps que Total redistribue une partie de ses bénéfices au profit de tous les Français". Quant à l'UMP, son porte parole Frédéric Lefebvre "attend évidemment du gouvernement qu'il obtienne plus de l'entreprise Total". Ben voyons... Et la manne fiscale empochée par l'Etat, alors ? N'est-il pas temps que l'Etat la redistribue aux Français ? Et autrement qu'en financement du n'importe quoi de sa politique de laxisme à caractère social ! Les Français n'attendent-ils pas "évidemment" eux aussi, que l'état leur rende leur dû ?
A la veille de la fin de l'ère pétrolière, au moment où les raffineurs doivent impérativement trouver des filières alternatives pour survivre, est-ce le rôle de l'Etat de spolier leurs bénéfices, ou bien ne serait-ce pas plutôt de favoriser leur effort de recherche ? Si l'Etat veut absolument rester dans sa logique d'interventionnisme forcené, il serait plus logique qu'il intervienne en subventionnant la recherche, même si ce n'est pas dans la logique libérale que j'appelle de mes voeux, plutôt qu'en confisquant les revenus de ceux qui sont susceptibles de la mettre en oeuvre.
Espérons que le gouvernement ne suivra ni l'un ni l'autre de ces deux partis décidément aussi collectivistes l'un que l'autre, et qu'en tout état de cause les instances européennes, par exemple, seront assez puissantes pour l'en empêcher s'il en prenait le chemin.
Les beaux jours de du "socialisme à la française" ne sont pas encore totalement derrière nous. Soyons vigilants, Marx a encore des adeptes !
L'Etat Providence et l'énergie
La grogne enfle et s'installe. Il y a quelques jours, j'avais écrit un billet, puis un deuxième, pour dire ce que je pensais du mouvement de grève des pêcheurs français, et surtout de leurs revendications. Je n'ai pas changé d'avis. Aujourd'hui, non seulement les marins pêcheurs de beaucoup d'autres pays de l'Union Européenne ont emboîté le pas aux Français, mais plusieurs autres professions, partout en Europe également, sont entrées en manifestations : les transporteurs, les taxis, les ambulanciers, les agriculteurs... J'en oublie peut-être. Je l'avais prédit, mais je ne m'en réjouis pas pour autant. Concernant les marins pêcheurs, je ne connais pas la fiscalité du gas oil qu'ils utilisent dans les autres pays. En ce qui concerne la France, ce carburant est totalement détaxé, et je maintiens donc que l'Etat ne peut intervenir en aucune manière sur son prix, sauf à leur accorder des aides directes, c'est à dire à prendre sur les impôts des autres citoyens pour les subventionner, ce qui est selon moi (et selon la Commission Européenne) contraire à l'équité. Certains peuvent appeler ça de la solidarité. Je redis ici que la solidarité est une valeur positive à condition de n'être pas contrainte, ce qui exclue toute mesure autoritaire de redistribution par l'Etat ou la puissance publique au moyen des prélèvements obligatoires. Il n'empêche que le problème du prix de l'énergie est extrêmement grave, et pas seulement pour les pêcheurs ni les professions "en colère". Monsieur Tout-le-Monde est tout autant concerné par la chèreté du carburant "à la pompe", et par les augmentations importantes et répétées du gaz et de l'électricité. Je comprends parfaitement la grogne des usagers, dont je fais partie. Je comprends moins bien qu'ils se tournent une nouvelle fois vers l'Etat pour obtenir des compensations financières face à un problème qui n'a pas de rapport direct avec lui. Ou plutôt j'ai peur de comprendre : l'explication est peut-être assez simple et je vais tenter de l'exprimer simplement. Depuis plusieurs décennies, et d'une manière qui s'accélère, les gouvernements successifs, surtout en France mais aussi dans beaucoup d'autres pays, ont développé et mis en oeuvre des politiques que l'on regroupe commodément sous le vocable d'Etat Providence. Il s'agit pour la puissance publique d'intervenir outrageusement dans la sphère économique au moyen de "redistributions des richesses" ou autres "tranferts sociaux" selon la terminologie employée. Le mécanisme est simple dans son principe : c'est en gros l'application de la devise de Robin des Bois : "prendre aux riches pour donner aux pauvres". Sauf que les définitions du riche et du pauvre sont tellement subjectives qu'on en arrive à prendre beaucoup à certains, pas forcément les plus riches, pour saupoudrer de maigres allocations les autres, pas forcément les plus pauvres. C'est ainsi que de "niches fiscales" en "crédits d'impôts", "revenus minimums" dits "d'insertion" et qui n'insèrent personne, et autres "primes pour l'emploi" qui ne créent aucun emploi, la charge pour le budget de l'Etat est telle que même des prélèvements honteusement importants sur le fruit global de l'activité, et la démotivation à produire qu'ils engendrent, ne suffisent plus et que la dette nationale est devenue abyssale. Il n'empêche que le principe est tellement entré dans les moeurs que l'inconscient collectif le considère comme tout à fait naturel et normal. Si je suis malade, il est normal que la Sécu prenne en charge mes soins (même si je n'ai jamais cotisé à la Sécu) ; si je perds mon emploi, il est normal que je perçoive un revenu de remplacement, pendant une période la plus longue possible, sans être contraint d'accepter un autre emploi s'il ne me plait pas ; si je fais des enfants, il est normal qu'on me paie pour ça, même si je n'assume pas mes responsabilités de parent en terme d'éducation, et quel que soit mon niveau de revenus par ailleurs... Et ce ne sont là, malheuseusement, que quelques menus exemples. Tout cela est ressenti comme normal, au point que toute vélléité de réforme sur ces sujets provoque une révolte courroucée et violente. Il ne serait après tout pas étonnant, à partir de là, que certains manifestent demain tout aussi violemment et tout aussi bruyament pour "exiger" des aides si les pluies sont trop abondantes, si le vent se lève, s'ils ont une rage de dents ou s'il y a beaucoup de taupes dans leur jardin ! Pourquoi pas ? L'Etat ne doit-il pas être naturellement "providentiel" ? Ou alors, à quoi sert l'Etat ?... Alors, pensez, le pétrole à 150 $ le barril !... Pas étonnant que tout le monde se tourne vers l'Etat, au moyen d'actions illégales si besoin est. Que fait l'Etat ? La Providence est-elle en panne ? C'est proprement scandaleux... Rassurez-vous, chers lecteurs, je ne suis pas complètement de mauvaise foi, et je sais bien, concernant le prix de l'énergie, que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne que les marins pêcheurs, et que l'Etat prélève sur la vente de la plupart des carburants des taxes très importantes. A titre d'exemple, les chiffres d'Avril 2008 communiqués par la Direction Générale des Douanes sont les suivants pour 1 litre de carburant "grand public" (moyennes nationales) :
Produit |
Prix HT |
Total |
Prix TTC |
Charge fiscale |
Super sp 95 |
0,5511 |
0,8329 |
1,3840 |
60,18 |
Super sp 98 |
0,5826 |
0,8391 |
1,4217 |
59,02 |
Gazole |
0,6514 |
0,6394 |
1,2908 |
49,54 |
Fioul domestique |
0,6508 |
0,1952 |
0,8460 |
23,07 |
On remarque que, sans ces taxes, le gazole pourrait être vendu "à la pompe" à 0,65 € le litre. Voilà qui laisse rêveur... Il faut cependant apporter plusieurs nuances à un raisonnement trop rapide basé sur ces chiffres. 1) Les taxes sur les carburants rapportent à l'Etat 33,9 milliards d'euros. Un tel manque à gagner devrait obligatoirement être compensé par une augmentation de la fiscalité dans d'autres domaines. On peut considérer qu'un tel redéploiement serait judicieux eu égard aux intérêts des usagers des produits énergétiques, professionnels ou privés, mais il ne faut surtout pas s'imaginer que le budget actuel de l'Etat est capable de se passer d'une telle recette. 2) Les prix des énergies fossiles vont obligatoirement continuer d'augmenter dans l'avenir, et sans doute à un niveau que nous n'imaginons pas encore. Toutes les conditions sont en effet réunies pour que leurs prix montent : rareté de la ressource (les réserves sont évaluées à quelques dizaines d'années au plus) et demande accrue (notamment par les "pays émergeants"). S'ajoute à celà la spéculation internationale, notamment du fait des pays producteurs eux-mêmes. Les fonds souverains atteignent des sommets encore jamais égalés. On peut d'ailleurs aisément comprendre que des pays comme l'Arabie Saoudite, pour ne parler que d'elle, qui n'ont pas d'autre ressource naturelle que le pétrole, préparent activement, y compris sur le plan financier, l'ère de l'après-pétrole. C'est une donnée incontournable, et il faut s'y adapter et non rêver à un retournement de tendance qui n'arrivera pas. L'une des conséquences est que, même allégés de ces taxes, les prix des énergies fossiles deviendront à moyen terme insoutenables pour nombre d'utilisateurs. Il semble acquis que d'ici une quarantaine d'années, et à condition que la demande ait faibli suffisamment d'ici là pour que les réserves ne soient pas totalement taries, seule l'aéronautique pourra continuer à utiliser le pétrole, sachant que c'est dans ce domaine que les énergies de substitution sont les plus délicates à mettre en oeuvre. Plutôt que de considérer un peu vite que les Etats détiennent la solution providentielle du problème et qu'il est tout à fait naturel d'exiger d'eux des aides qu'ils auront bien du mal à mettre en oeuvre, il serait bien plus intelligent de prendre le vrai problème à bras le corps, et d'effectuer la migration nécessaire vers les énergies renouvelables. Et là non plus, ce n'est pas l'Etat qui peut le faire à notre place. Ceux qui sauront s'adapter s'en sortiront. Les autres disparaîtront. Et l'Etat n'y peut rien... Mais comme il s'agit là d'un raisonnement totalement à contre courant de la philosophie collectiviste à laquelle une majorité se raccroche désespérément, je suis persuadé que je vais encore soulever des commentaires courroucés, et, pire, que ce sursaut individuel et libéral que j'appelle de mes voeux ne verra sans doute jamais le jour, sauf peut-être contraint et forcé...
jeudi 10 avril 2008
La vache à lait
Je me suis livré à quelques recherches et à un petit calcul destinés à me faire une opinion quant à ce qui se passe en ce moment chez Dacia en Roumanie.
Car, en effet, cette firme roumaine étant une filiale de Renault, je me pose évidemment la question de l'image que peut avoir la France dans ce pays émergeant d'Europe de l'est. Je me souviens de l'image négative qu'ont pu renvoyer de nos amis d'Outre Atlantique certains comportements d'entreprises américaines en France à une certaine époque, et j'ambitionne bien sûr pour notre pays une image plus positive chez nos voisins des Balkans. Même si la mauvaise opinion dont je parle, d'Opel en Allemagne ou de Ford en France, était (et reste aujourd'hui) passablement déformée par le prisme de l'opinion qu'on est capable de se faire des économies transnationales, quand on n'en est pas un spécialiste.
Pour avoir ensuite fait une partie de ma carrière professionnelle en relation directe avec une entreprise américaine, j'ai pu alors me rendre compte de certaines de mes erreurs de jugement. Sans vouloir minimiser l'esprit hégémonique des entreprises de l'Oncle Sam sur les économies notamment européennes, ni prétendre qu'elles ne sont pas capables d'abus, il ne faut jamais comparer l'incomparable, et nous devons bien admettre que nous demandions, à l'époque, le beurre et l'argent du beurre. Je veux dire les investissements, c'est à dire l'emploi, et les dividendes, c'est à dire des salaires du même niveau qu'Outre Atlantique, ce qui est tout simplement incompatible, puisque s'ils investissaient ici, c'était justement parce que les coûts de production étaient plus faibles que chez eux. Sinon, quel aurait donc été leur intérêt ?..
Et bien c'est, au vu des chiffres, ce même raisonnement que sont en train de faire nos amis roumains vis à vis de Renault.
Quand nous entendons que les salariés de Dacia réclament une augmentation de 550 lei, c'est à dire l'équivalent de 150 €, pour porter leur salaire moyen mensuel à environ 1600 lei, soit 335 €, cette revendication nous parait a priori, même pas seulement raisonnable, mais tout simplement dérisoire. Un peu plus de la moitié du RMI !..
Mais quel est le salaire moyen en Roumanie ? 866 lei, soit 235 € ! Le salaire moyen actuel chez Dacia est déjà de 284 €, c'est à dire supérieur de 20 % à la moyenne nationale. Et la satisfaction de leur revendication porterait cette différence à 42 % ! Quel est l'investisseur qui accepterait (qui pourrait) supporter un tel bond de ses coûts d'exploitation ?
Aux dernière nouvelles, la direction de Dacia propose une première augmentation de 210 lei (57 €), puis une seconde en septembre prochain de 88 lei (24 €), sans parler d'une prime de rattrapage de 300 € pour l'année passée. Le salaire moyen passerait ainsi, dès septembre prochain, à l'équivalent de 365 €, toujours à comparer aux 235 € que représente le salaire moyen en Roumanie, soit un "plus" de 55 %.
En France, le salaire moyen ressort à 1400 € (source Insee ce matin). Mathématiquement, le salaire qui est offert à nos amis roumains par Renault-Dacia correspond donc, dans l'Hexagone, à 2170 €. Quel est l'ouvrier, de Renault par exemple, qui, en France, refuserait une telle progression de son salaire net ?
Seulement voilà, Renault est une firme française, dont la richesse apparente, vue de Roumanie, est exorbitante comparée à l'économie locale...
On est bien devant le même comportement que celui dont je parlais plus haut par rapport aux enteprises américaines dans les années 70 : celui qui consiste à traire la vache à lait. Pas étonnant que cette vache-là ne se laisse pas faire...
vendredi 28 mars 2008
Savoir choisir entre "rigueur" et "bonne gestion"
Je veux parler ici du choix des mots, et pas de celui des actes, bien sûr... Car c'est à peu près la même chose !
Depuis plusieurs mois déjà, le débat fait rage en France dans les milieux "autorisés", savamment relayé par l'opposition politique et les journaux qui s'en réclament, sur le thème "Va-t-on vers un plan de rigueur ?", "Le gouvernement nous prépare-t-il un plan d'austérité ?", "Pour financer le paquet fiscal, le pouvoir va-t-il augmenter la TVA et les cotisations sociales ?", et autres interrogations de la même eau.
Depuis plus de trente ans que l'on creuse sans vergogne d'année en année les déficits publics, et que la dette s'alourdit à tel point qu'elle semble aujourd'hui insupportable (on nous dit sans l'ombre d'une gêne que le produit de l'impôt sur le revenu ne suffit même plus à en payer le poids, c'est à dire les seuls intérêts !...), depuis trois décennies donc que l'on dépense sans compter de l'agent que l'on n'a pas (une entreprise qui agirait de même ne tiendrait pas deux exercices comptables !...), avons-nous entendu quelque journaliste, quelque homme politique, ou même quelque citoyen "audible" dans ce pays, se demander si l'état se préparait à un "plan de bonne gestion" ?
Jamais de la vie ! Car de cette mauvaise gestion, je n'ai pas peur du mot, chacun "en bouffait", pour employer une expression peut-ête triviale mais qui dit bien ce qu'elle veut dire... Et c'est encore le cas aujourd'hui des associations à but plus ou moins lucratif (et plus ou moins pertinent) qui reçoivent des subventions publiques aussi peu efficaces que fondées, des administrations aux effectifs pléthoriques malgré les dénégations des centrales syndicales dont les intérêts sont proportionnels au (trop faible) nombre de leurs adhérents potentiels, des sous-traitants de ces mêmes administrations et en général des bénéficiaires des marchés publics, dont la réforme des procédures n'a jusqu'ici conduit qu'à des difficultés de mise en application et certainement pas à en limiter les abus, des politiques environnementales menées beaucoup plus dans l'optique de l'image positive des élus locaux que des bienfaits réels sur l'écologie, et de tant d'autres encore...
Alors, se poser la question, dans ce contexte avéré, de savoir si l'on va vers une politique de rigueur n'a de sens que s'il s'agit de savoir si, enfin, nos dirigeants sont disposés à mettre en oeuvre une meilleure gestion des fonds dont ils disposent en notre nom à tous, que ce soient nos impôts ou nos cotisations sociales... Et dans ce sens-là, on ne peut qu'espérer que ce soit vite le cas, avant que notre économie ne "touche le fond". Nous sommes déjà, sur bien des aspects, en retard sur nos grands voisins européens. Il n'a été que de voir ce qui se passe en Grande Bretagne, à l'occasion de la visite d'état du couple présidentiel qui vient de se terminer dans ce pays. Tout le monde a pu entendre des reportages menés auprès de quelques-uns de 300 000 Français expatriés à Londres, et qui le sont à cause des meilleures conditions offertes par l'économie britannique, notamment aux créateurs d'entreprises. Je ne pense pas pourtant que les Anglais dans leur majorité aient le sentiment de vivre dans une économie austère ! Peut-être plus simplement s'agit-il d'une économie plus sainement gérée que la nôtre, même si ce n'est évidemment pas là la seule explication.
Les promesses électorales et le discours actuel des responsables en place va dans le bon sens, mais nous avons été si souvent témoins de dires et d'actes en contradiction totale que je reste extrêmement prudent sur la question. On doit l'être, prudent, et on doit rester vigilant.
Ce qu'on doit demander au pouvoir dans les quatre années effectives qu'il lui reste ? Trois points qui conditionnent le développement économique indispensable au rétablissement des équilibres budgétaires publics comme du bien être des citoyens de ce pays :
- Réduire drastiquement les dépenses publiques, de l'état comme des collectivités locales.
Cela passe notamment par une réduction importante de l'effectif global des administrations. Ceci ne signifie pas de réduire les effectifs de chacune des administrations, certaines demandent même sans aucun doute à être renforcées, mais l'effectif global est indûment le plus important de tous les pays d'Europe, et ça ne se justifie en rien.
Cela passe aussi par une révision à la baisse de toutes les dépenses, y compris de celles dites "sociales" et qui pour beaucoup d'entre elles ne produisent qu'un effet d'aubaine et entretiennent une culture paralysante d'assistanat dont nous n'avons ni le besoin ni les moyens. - Réduire considérablement les prélèvements obligatoires, c'est à dire à la fois les impôts mais aussi les cotisations sociales. L'ensemble pèse sur le produit national brut, c'est à dire sur la production de richesses, à hauteur de plus de 50 %, ce qui est tout bonnement insupportable.
En outre, les cotisations sociales, même réduites, devraient ne pas peser sur le coût du travail, source de chômage et donc de réduction du pouvoir d'achat des Français. Notamment, les cotisations dites "patronales", et qui sont bien sûr payées in fine par les salariés sous forme de réduction mécanique de leur salaire brut, pourraient ne plus avoir pour assiette ledit salaire, mais pourrait par exemple être calculée sur la base de la valeur ajoutée. C'est ma conception de cette fameuse "TVA sociale" tant fustigée par certains qui font mine de ne pas savoir que cette terminologie est tout simplement mensongère. A noter que ce système, qui aurait au moins le mérite de "taxer" autant les produits étrangers que ceux fabriqués sur notre sol, permettrait de manière tout aussi mécanique une augmentation du salaire net et, in fine, du pouvoir d'achat des travailleurs. - Permettre une fluidité maximum du marché du travail, afin de permettre simultanément, en particulier aux petites et moyennes entreprises, d'embaucher quand elles ont besoin de main d'oeuvre, et donc par exemple d'accepter de nouveaux marchés sans risquer un suremploi insupportable si la conjoncture se retourne pour elles. Tous les pays dans lesquels cette fluidité de l'emploi (que l'on appelle aussi flexibilité) a été organisée, sont les pays dans lesquels les taux de chômage sont les plus bas. Qu'attend-t-on pour faire de même ? La rigidité du contrat de travail que nous connaissons aujourd'hui, et qui freine autant l'activité qu'elle génère de chômage, procède elle aussi de ce système d'assistanat dont notre économie souffre et qui paralyse toute la société.
Tout ceci n'est pas de la rigueur au sens de restrictions et de privations, mais c'est à la fois de la rigueur dans la gestion des finances publiques, et du bon sens dans la gestion des politiques sociales. Ce serait donc, au final, de la bonne gestion...
mardi 22 janvier 2008
Bonheurs et malheurs de la bourse.
"Krach boursier", "Lundi noir", ou "Correction brutale". Les commentaires des experts et des journaux économiques sur la situation actuelle des marchés financiers mondiaux sont pour le moins alarmistes, pour ne pas dire catastrophistes. Le vocabulaire employé rappelle, volontairement ou pas, le seul vrai krach des 100 dernières années, à savoir celui de 1929... Mais que vaut la comparaison ?
Je ne suis pas moi-même expert en la matière, mais il me semble évident qu'une différence fondamentale entre les deux situations interdit tout bonnement de faire le parallèle de manière crédible. Et ce n'est pas nécessairement rassurant. Après tout, l'économie mondiale a fini par se sortir de ce krach-là. Quid de ce que nous vivons aujourd'hui ?...
La grande différence provient d'un changement radical de l'économie mondiale qui s'est opéré, ou en tout cas qui s'est très fortement accentué, après la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'Union Soviétique.
Jusqu'alors, le monde était partagé entre deux obédiences de quasi égale influence : le capitalisme libéral à l'ouest et le collectivisme pur et dur à l'est.
A l'ouest tout du moins, non pas deux systèmes mais deux conceptions d'un même système s'affrontaient, schématiquement de part et d'autre de l'Atlantique : en Amérique du Nord, et plus particulièrement aux Etats Unis, un capitalisme ultra libéral sans retenue, fondé sur les seuls intérêts capitalistiques, et côté européen ce que l'on a pu appeler le "capitalisme rhénan", fondé pour l'essentiel sur le capitalisme libéral, mais en partie aussi sur le respect de l'élément humain.
Depuis la "chute du mur", le modèle collectiviste a quasiment disparu de la planète, au moins en terme d'influence. La seule grande nation qui se réclame encore de ce système est la Chine, pays dont l'influence mondiale va croissant mais qui tempère ses principes collectivistes à l'intérieur par des pratiques capitalistes vis à vis du monde extérieur. En tout état de cause, elle ne représente aucunement un modèle dans le monde, et donc l'équilibre des influences est rompu, au seul bénéfice des Etats Unis et de leur système économico-financier.
Et on est bien là au coeur du problème. Tant que le monde était coupé en deux, les influences contraires des deux blocs s'équilibraient à peu près. Aujourd'hui, rien ne freine l'arrogance et l'esprit de conquête (j'ai envie de dire l'esprit colonial) de la seule super puissance de la planète. Même l'empire romain au sommet de sa gloire n'exerçait pas une influence d'une telle ampleur sur le monde d'alors...
Je ne suis pas en train de faire l'apologie de l'ex Union Soviétique dont je ne suis absolument pas nostalgique, bien au contraire, chacun l'aura compris à la lecture de ce blog. Cependant, je regrette amèrement qu'aucune puissance dans le monde actuel, et singulièrement pas l'Union Européenne, qui aurait pourtant pu trouver là, enfin, une opportunité de peser sur la géopolitique si quelques irresponsables en France et aux Pays Bas n'avaient cru bon de réduire à néant ses plus grands espoirs, qu'aucune puissance donc ne soit capable de tenir tête à l'hégémonie d'un système qui mène l'économie mondiale à sa perte.
De quoi s'agit-il ? L'économie politique, et je ne vais bien sûr pas faire ici un cours dont je serais d'ailleurs bien incapable, est l'art d'organiser les flux monétaires entre les acteurs de la production de richesses dans le monde. En d'autres termes, il s'agit de rémunérer les efforts des acteurs de la vie économique, selon un schéma et sur des bases conventionnelles.
Parmi ces acteurs de l'économie, il y a les investisseurs, les producteurs, et les consommateurs.
Les investisseurs sont ceux qui utilisent leurs capitaux pour créer et faire fonctionner les entreprises créatrices de richesses, dans le but évident de faire fructifier leurs avoirs.
Les producteurs sont ceux qui créent ces richesses par leur travail rémunéré. Et je tiens à préciser que ces travailleurs ne sont pas uniquement les salariés des entreprises. Ils peuvent en être aussi bien les patrons. Il s'agit, de fait, de tous ceux qui, par leur travail, manuel ou non, produisent.
Les consommateurs sont en bout de chaîne ceux qui se procurent les richesses produites pour en profiter. Ils sont des acteurs majeurs de l'économie, puisqu'en acquérant les produits et les services, d'une part ils remettent dans le circuit les liquidités monétaires qu'ils ont acquises par l'investissement ou le travail, et d'autre part ils alimentent la demande à laquelle les entreprises répondront par une nouvelle production.
Cette mécanique, présentée comme cela, semble bien huilée, et tout devrait marcher "comme sur des roulettes", pour employer une expression populaire. Malheureusement, tout n'est pas si simple, côté investisseurs notamment. En effet, dans les grandes entreprises, un nombre plus ou moins important d'investisseurs est nécessaire, et pour ce faire le capital est constitué d'un certain nombre de parts, que l'on appelle les actions, et leurs propriétaires les actionnaires. L'intérêt des actionnaires est de deux ordres : d'une part le partage des bénéfices de l'entreprise, ce que l'on appelle les dividendes, et d'autre part l'augmentation de la valeur des actions, ce qu'on appelle les plus-values.
Pour ce qui est des dividendes, on comprendra facilement que leur montant est directement lié à la bonne marche de l'entreprise, et donc que l'actionnaire a tout intérêt à oeuvrer pour la bonne santé financière et économique de cette dernière.
Pour ce qui des plus-values, le problème est quelque peu différent. Pour permettre les nécessaires échanges d'actions entre les différents investisseurs, il existe dans le monde entier des marchés financiers, autrement appelés places financières, ou encore bourses de valeurs. Cela fonctionne naturellement sur le principe de l'offre et de la demande : plus il y a d'acheteurs potentiels d'une action donnée et plus sa valeur augmente ; plus il y a de vendeurs et plus sa valeur baisse.
Bien évidemment, plus l'entreprise est en bonne santé, mieux elle fonctionne, et plus il y aura d'acheteurs qui espéreront encaisser des dividendes conséquents. A l'inverse, si l'entreprise est dans une mauvaise passe, les actionnaires seront portés à vendre leurs actions pour en acheter d'autres d'entreprises plus "juteuses".
Jusque là, tout semble logique, et le système semble devoir exister sans trop de problème. De fait, il a fonctionné sans trop de heurts pendant plusieurs siècles, les principaux actionnaires étant dans les faits et dans l'énorme majorité des cas des familles possédantes qui investissaient leurs capitaux dans un secteur économique donné, secteur qu'ils connaissaient très bien et dont ils défendaient les intérêts avec conviction et avec vigueur au bénéfice de tout le monde dans leur région. C'étaient par exemple, pour ne citer qu'eux, la famille De Wendel dans la sidérurgie lorraine, ou la famille Boussac dans le textile dans le nord de la France.
Mais ce même système a son côté pervers, qui s'appelle la spéculation. Il s'agit pour certains investisseurs de "parier" sur une montée importante et rapide du cours d'une action, et d'en acheter une grande quantité en espérant les revendre rapidement et profiter ainsi d'une plus-value importante.
Il peut s'agir d'un jeu dangereux mais honnête dans le cas où l'évolution de l'action à la hausse est justifiée.
Il peut s'agir aussi d'une opération frauduleuse dans deux cas : soit l'investisseur était seul possesseur de certains renseignements "top secrets" de nature à faire monter le cours de l'action, et on parle alors de "délit d'initié", soit la prise de valeur est due au fait que beaucoup d'investisseurs parient en même temps sur de futurs résultats exceptionnels d'entreprises aujourd'hui déficitaires, et on parle alors de "bulle financière".
Dans le premier cas, c'est un délit puni par la loi. Dans le second cas, il y a un risque important que les bons résultats escomptés ne viennent jamais, auquel cas la plupart des spéculateurs revendront leurs actions dès qu'ils comprendront qu'il n'y a rien à en espérer, ce qui fera chuter d'un seul coup leur cours, et si le même phénomène se produit sur les actions d'un grand nombre d'entreprises différentes, c'est le cours général de la bourse qui s'effondre, et c'est ce qu'on appelle un krach boursier.
Un tel krach, c'est à dire l'effondrement rapide des cours de bourse, peut avoir aussi d'autres causes.
- Le krach de 1929 est consécutif à une bulle spéculative, qui commence vers 1927. La bulle est amplifiée par le nouveau système d'achat à crédit d'actions, qui depuis 1926 est permis à la bourse de New York. Les investisseurs peuvent ainsi acheter des titres avec un acompte de seulement 10 %. Le taux d'emprunt dépend du taux d'intérêt à court terme à la même bourse de New York ; la pérennité de ce système dépend donc de la différence entre le taux de plus-value des actions et ce taux d'emprunt. Suite à la hausse des taux d'intérêt en avril 1929, le remboursement des intérêts devient supérieur aux gains boursiers et de nombreux investisseurs sont alors contraints de vendre massivement leurs titres pour couvrir leurs emprunts, ce qui va pousser les cours à la baisse et déclencher une réaction en chaîne qui atteindra son apogée en septembre 1929.
- La "tempête" que nous connaissons aujourd'hui, et que je me refuse à appeler un krach, au moins pour l'instant, a un point de départ différent, mais répond à un mécanisme similaire. Aux Etats Unis, et depuis plusieurs années, les banques ont cru pouvoir consentir des prêts immobiliers à taux variables à n'importe qui ou presque. Le raisonnement consistait à dire que, le bien immobilier "cible" étant hypothéqué, le banquier ne risquait rien : en cas de défaillance de l'emprunteur, il suffisait de vendre le bien pour se rembourser. Ce système, outre qu'il était moralement inacceptable, dans la mesure où ces mêmes banquiers savaient très bien que les taux ne pouvaient qu'augmenter et qu'il allait falloir à coup sûr saisir l'habitation de nombre leurs de pauvres clients, a très vite montré ses limites. En effet, non seulement les taux ont augmenté plus que prévu, ce qui a empêché les emprunteurs de faire face à leurs échéances, mais le marché de l'immobilier s'est effondré dans le même temps, ce qui fait que les biens immobiliers hypothéqués n'ont plus la valeur suffisante pour couvrir les montants empruntés. Le résultat, outre que les emprunteurs se retrouvent "à la rue", ce sont des pertes d'un montant vertigineux pour les banques prêteuses.
Outre cela, les banques avaient inventé un système qui leur a permis de "revendre" à leurs homologues étrangères partout dans le monde, et en Europe notamment, sous forme d'obligations, les crédits qu'ils avaient consentis à leurs propres clients. C'est donc tout le système bancaire mondial qui subit aujourd'hui les effets négatifs de cette politique.
Restent deux questions : pourquoi je n'appelle pas ça un krach, et en quoi le capitalisme ultra libéral est-il en cause dans cette affaire ?
- Ce n'est pas un krach, et je reste persuadé que nous en sortirons assez vite, parce que les investisseurs, partout dans le monde, n'ont aucune raison de se défier de l'économie qui, à l'échelle de la planète, se porte à merveille : plus de 5 % d'expansion mondiale en 2007, plus de 6 % prévus pour 2008, ce qui ne s'était encore jamais vu. Seules deux zones sont menacées : l'Amérique et la zone dollar, puisque c'est le système bancaire américain qui est en première ligne dans cette dépression, et l'Europe qui est structurellement incapable de rebondir et de profiter comme elle le devrait sur les marchés émergeants de la faiblesse passagère des investisseurs américains. Mais je ne parle ici que de l'activité à l'international, et l'économie intérieure ne devrait pas souffrir outre mesure de ce petit séisme, protégée qu'elle est par un Euro fort qui la met à l'abri des ressacs de la zone dollar. Il faut bien que de temps à autre notre monnaie unique nous serve à quelque chose !
- Cette sombre affaire est l'exemple même des périls du capitalisme ultra libéral, c'est à dire du fait que les investisseurs ne sont plus aujourd'hui que des financiers, en oubliant d'être de vrais acteurs de l'économie.
Au siècle dernier (le 20ème encore), les gros actionnaires étaient pour la plupart, je l'ai expliqué plus haut, des industriels. Ils mettaient leurs capitaux dans leurs entreprises, ils avaient un projet industriel, et je dirais aussi un projet socio-culturel. On ne les appelait pas pour rien des "capitaines d'industrie" : ils avaient à coeur de réussir dans leurs entreprises, bien sûr, et c'est bien légitime qu'ils y préservent leurs intérêts, mais aussi de réussir la vie sociale et la vie locale. Ils étaient bien souvent des "notables" qui, d'ailleurs, s'impliquaient souvent dans la vie politique.
Aujourd'hui, la plupart des investisseurs ne connaissent absolument rien aux métiers dans lesquels ils investissent. Ils le font d'ailleurs sans distinction dans n'importe quel secteur de l'économie, du moment où les plus values espérées correspondent à leurs attentes, n'ont plus aucun projet industriel et encore moins socio-politique, et n'hésitent pas à détruire le cas échéant des pans entiers de l'économie régionale, et même nationale parfois, dans le simple but de réaliser des profits à court terme. Je suis convaincu que c'est cette manière d'agir qui est à la base des opérations désastreuses qui ont conduit le système bancaire à sa perte outre-Atlantique. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous connaîtrons les mêmes déboires si nous laissons nos actionnaires agir avec la même désinvolture en Europe.
Je suis foncièrement libéral, et je ne vais pas refaire ici l'exposé de ma façon de penser à ce sujet, mais le libéralisme économique n'est pas synonyme de comportement aveugle et d'absence de vision à long terme. J'ai envie de dire "au contraire"...
mercredi 26 décembre 2007
Ultra libéralisme ou collectivisme ?
Ultra libéralisme ou collectivisme ? Ni l'un ni l'autre, et je vais tenter d'expliquer...
Mais la tâche est rude tant les concepts sont à la fois simples et compliqués, populaires et méconnus, et surtout "sensibles" comme l'on dit habituellement aujourd'hui quand on ne veut vexer personne. Quant à moi, je me soucis peu d'en vexer certains, sinon je n'écrirais pas ici...
D'abord, définir les deux thèses antagonistes : il s'agit des deux conceptions de la vie économique et sociale qui se partagent les opinions (et les systèmes en place) sur la planète. En effet, toutes les autres n'en sont que des variantes, et les contiennent toutes deux, les différences, pour énormes qu'elles soient, n'étant qu'affaire de dosage entre ces deux concepts à l'opposé l'un de l'autre.
- Le libéralisme
Je commence par celui-là pour la raison qu'il est la théorie la plus ancienne des deux. L'ultra libéralisme en est la variante moderne, née du besoin ressenti par certains de s'opposer avec une vigueur accrue au collectivisme, et que pour ma part je considère comporter des excès : avec l'ultra libéralisme, "on a franchi la ligne jaune" ! Mais j'expliquerai plus loin quelles sont mes positions personnelles. Pour l'instant, j'en resterai aux définitions de base.
Le libéralisme est un mouvement intellectuel né dans l’Europe des Lumières aux XVIIe et XVIIIe siècles, qui affirme les principes de liberté et de responsabilité individuelles. Il repose sur l’idée que chaque être humain possède des droits naturels sur lesquels aucun pouvoir ne peut empiéter. En conséquence, les libéraux veulent limiter, au profit du libre arbitre de chaque individu, les choix imposés à la société par l'État ou par d'autres formes de pouvoir, quels qu'en soient la forme et le mode de désignation.
On pourra, pour plus de précisions, se rendre utilement à l'adresse suivante : http://fr.wikipedia.org/wiki/Libéralisme. - Le collectivisme
Le mot regroupe plusieurs domaines et plusieurs acceptions : collectivisme politique, collectivisme économique, étatisme, socialisme, communisme, interventionnisme, ou encore capitalisme d'état. En fait, tous ces concepts sont très voisins les uns des autres, et sous-tendus par une même idée, elle-même contenue toute entière dans l'idéologie marxiste.
De quoi s'agit-il ? Karl Marx est un idéologue du début du XIXe siècle qui a marqué profondément, non seulement l'histoire de son temps, mais encore l'Histoire tout court, jusqu'à nos jours encore. Ses théories ont servi de base à des courants politiques aussi connus et répandus que le socialisme et le communisme, même si cette dernière doctrine peut à bon droit être définie au plan politique comme une déviance de l'idéologie marxiste. On pourra, pour plus de précisions sur Karl Marx, visiter l'adresse http://fr.wikipedia.org/wiki/Pensée_de_Karl_Marx.
Le "fil rouge" de la pensée de Marx est de tout ramener à l'homme au détriment du spirituel, ce que l'on appelle le matérialisme, et de contraindre les êtres humains à "se libérer" de leur penchant naturel à l'égoïsme et au profit personnel, au bénéfice de la collectivité. Pour Marx, il appartient à l'Etat de mettre en oeuvre cette contrainte, politiquement, économiquement, idéologiquement...
Sur le plan économique, Marx a développé notamment les théories de collectivisation des moyens de production, de planification de cette production, de "distribution sociale" des biens produits. Il s'agit, on le voit bien, d'un interventionnisme exacerbé de l'Etat, qui réglemente tout, qui dicte tous les comportements, qui planifie tout, et qui impose, au besoin par la force, le respect des règles planifiées.
Même la Chine, dernier grand pays marxiste sur la planète, s'est éloignée considérablement du modèle depuis quelques années, en intégrant une dimension capitaliste sinon libérale dans son système.
Ceux d'entre vous qui auront lu certains de mes autres articles, auront déjà compris que je suis beaucoup plus proche des idées libérales que des idées collectivistes. Mais, je l'ai dit, l'ultra libéralisme, qui nous vient d'Outre Atlantique où tout est fait dans l'excès, dans le domaine économique comme dans le reste, est une déviance particulièrement excessive et dangereuse de la doctrine libérale. On ne peut à mon sens pas laisser aux seuls marchés l'entier loisir de s'auto-réglementer, au mépris des intérêts des plus faibles. Ce serait la "loi de la jungle" où "seuls les plus forts survivent" (j'utilise ici à dessein des expressions directement issues de la littérature nord-américaine). C'est pourtant ce que nous constatons trop souvent aujourd'hui, d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique d'ailleurs : nous avons la mauvaise habitude de copier nos "amis" américains avec une ou deux décennies de retard, ce qui signifie bien souvent que nous commençons à mettre en oeuvre une pratique qui nous vient de chez eux au moment même où ils s'aperçoivent qu'il vaudrait mieux faire autrement... Mais c'est une autre histoire, qui ne concerne pas (pas encore) le sujet qui est le mien aujourd'hui.
Ceci étant posé, je vais essayer de définir mes positions le plus clairement et le plus succinctement possible. Je ne vais aborder ici que le domaine de l'économie. Pour ce qui est des aspects politiques et sociaux, je vous invite à vous reporter aux rubriques correspondantes où je pense m'être exprimé avec précision. Je vous demande de bien vouloir utiliser les commentaires pour vous exprimer à votre tour chaque fois que vous le jugerez nécessaire ou pertinent.
- L'être humain est doué par nature d'un certain nombre de facultés qui lui permettent de bâtir des règles de vie structurées destinées à régir ses comportements vis à vis de ses semblables en vue d'une harmonie sociale. En d'autres termes, l'être humain est un animal "social" et possiblement "sociable". Il est intellectuellement parfaitement capable de défendre ses propres intérêts, et n'a nul besoin qu'on le "prenne par la main" dans les actes de la vie courante comme un enfant. Cela porte un nom : la liberté...
- Si la vie du groupe est importante en tant que telle, le groupe dont on parle ici et que l'on appelle la société n'existe que par la présence de ceux qui le composent. Je déduis naturellement de cette lapalissade que la vie de chacun de ces individus doit avoir la primauté absolue sur la vie du groupe. D'aucun crieront à l'individualisme. Ca n'est pas un gros mot, et l'organisation sociale ne sert à rien si l'individu ne peut en recueillir les fruits...
- L'activité économique, c'est à dire la production de richesses par le travail, obéît naturellement à la loi de l'offre et de la demande dans tous les domaines, c'est à dire bien sûr dans le commerce comme on en accepte habituellement l'idée, mais également dans les rapports entre les individus, ce qui est moins consensuel. Je veux parler ici, par exemple, du temps de travail, du montant des salaires, des conditions de travail, et en général de tout ce qui met deux individus devant la nécessité de se mettre d'accord pour faire quelque chose ensemble.
Cette loi de l'offre et de la demande, prise dans son acception la plus large, peut également être appelée loi du marché, ou encore négociation de gré à gré.
Il s'agit tout simplement de la capacité qu'ont naturellement les individus de se mettre d'accord entre eux sur les modalités propres à garantir leurs intérêts réciproques, dans le cadre de leurs activités. - La stricte application du concept que je viens de définir comporte un risque important au préjudice de certains. Sans un minimum de régulation, c'est à dire de législation contraignante, elle conduirait à la domination des plus faibles par les plus forts. Un encadrement par la loi est donc indispensable. Cette législation doit cependant laisser aux acteurs économiques la liberté d'action la plus large possible, et la puissance publique ne doit intervenir que pour empêcher les abus de position dominante.
- L'état, et les pouvoirs publics en général, n'ont aucune vocation à être acteurs de l'activité économique. Leur rôle strict est de réguler et d'arbitrer, pas de participer. Tout au plus peut-on envisager de leur part, dans les cas extrêmes, un rôle d'incitation, mais uniquement en cas de danger avéré dans tel ou tel secteur de l'activité.
Pour plus de détails sur mon opinion au sujet du rôle de l'état dans l'économie, je vous invite à vous reporter à mon article du 11 décembre dernier sur le sujet, dans cette même rubrique "économie". - Les impôts et les taxes, dont les seules justifications sont ainsi le fonctionnement de l'administration, les services publics régaliens et l'exercice d'une solidarité bien dosée, doivent être réduits au strict nécessaire.
- Les autres prélèvements obligatoires, et particulièrement les charges sociales, ne doivent en aucun cas conduire à freiner l'activité économique. L'action sociale doit être contenue dans les limites des besoins et non des souhaits et désirs de tel ou tel. L'activité économique, délivrée du poids excessif de ces trop lourdes charges, doit de ce fait redevenir capable de financer les garanties nécessaires des risques de la vie (maladie, chômage, retraites, etc...).
- Ce n'est pas à la collectivité de prendre en charge les risques courants des individus. C'est aux individus eux-mêmes, par le fruit normal de leur travail, de le faire. Mais pour cela, il faut bien sûr que ce fruit du travail demeure effectivement "normal", c'est à dire que l'état n'en "pompe" pas abusivement une proportion exagérée.
- L'action sociale publique devrait pour cela se limiter aux "gros risques" en laissant aux individus le soin de s'assurer au long cours pour le reste, "en bons pères de familles". Leurs revenus, beaucoup moins amputés qu'aujourd'hui, leur permettraient ainsi de le faire...
Je pense pour ma part qu'un montant unique et commun, constant d'un individu à l'autre, devrait être fixé pour les postes suivants :
- Le SMIC, qui par ailleurs devrait être le revenu minimum unique, applicable quelle que soit la catégorie sociale (secteur privé, secteur public, agriculture, commerce, industrie, professions libérales, etc...)
- Le minimum vieillesse.
Cette notion devrait d'ailleurs tout simplement disparaître : le montant des pensions de la retraite par répartition devrait être le même pour tous, quel que soit le niveau social en cours d'activité. Ce régime de retraite financé pour une grande partie, qu'on le veuille ou non, par le budget de l'état, devrait être un minimum obligatoire auquel chacun viendrait ajouter des garanties personnelles et facultatives dont le montant serait fixé par chacun en fonction de ses propres revenus, et donc du niveau de pension à garantir la retraite venue.
Bien entendu, la cotisation du régime par répartition serait réduite en conséquence, ce qui permettrait naturellement le financement de ces garanties complémentaires (sans doute par capitalisation). Il va de soi que les cotisations devraient en être défiscalisées.
- Les indemnités de chômage.
L'assurance chômage est là pour permettre aux chômeurs de vivre normalement pendant leur période de recherche d'emploi, et non dans le but de maintenir le niveau de leurs revenus antérieurs. Il s'agit là encore d'un exercice de solidarité, et pas d'assistanat. L'indemnité qu'ils reçoivent ne devrait avoir aucun lien avec leur ancien salaire. Pas plus d'ailleurs que les cotisations.
- Le RMI. Il a été institué dans le but de fournir un revenu à ceux qui n'ont plus de travail rémunéré, ni ne bénéficient plus d'aucune aide ou indemnité d'aucune sorte, comme par exemple les "chômeurs en fin de droit".
Je ne reviendrai pas sur le bien-fondé de cette mesure, extrêmement coûteuse mais peut-on admettre de laisser dans le plus grand dénuement les "accidentés de la vie" ? Cependant, il faut bien prendre garde, ce qu'on ne fait pas aujourd'hui, à ne pas la transformer en une prime à l'oisiveté. Le but n'est pas d'entretenir les gens à ne rien faire leur vie durant !
Aussi, je considère d'une part que, quitte à faire quelque chose, il faut le faire bien et fixer le montant de cette aide à un niveau convenable, mais d'autre part qu'il faut en conditionner le versement à l'exercice d'un travail, et par exemple d'une tâche d'intérêt général. Il ne manque pas de besoins de ce type, du service à la personne aux travaux de voirie publique en passant par le soutien scolaire, selon les capacités de chacun. Les fonds publics ne sont pas un trésor sans limite, et il ne s'agit pas d'entretenir l'oisiveté et le renoncement... - En outre, les charges sociales ne doivent pas peser uniquement sur le travail. Elles doivent être conçues comme une part de la solidarité, et donc peser sur tous les revenus. Le financement de l'assurance maladie via la CSG pour ce qui est de la part salariale des cotisations va dans ce sens. Mais la part dite "patronale" des charges sociales, et qui n'est d'ailleurs patronale que de nom (elle se déduit bien sûr du salaire auquel le travailleur pourrait prétendre si elle n'existait pas), devrait reposer sur la valeur ajoutée (c'est à dire sur les bénéfices de l'entreprise), et non pas sur les seuls salaires, ce qui conduit mécaniquement à la fois à du sous-emploi et à des bas salaires.
A noter que ce mode de calcul sur la valeur ajoutée (que l'on peut, si l'on veut, appeler "TVA sociale") aurait pour conséquence mécanique de faire supporter le financement de l'action sociale par les produits importés, et pas seulement par les produits fabriqués sur le sol national. De plus, elle ne pénaliserait pas, comme c'est le cas aujourd'hui, les entreprises de main d'oeuvre. Elle devrait en effet être à la charge de toutes les entreprises, sans tenir compte de l'importance de leur masse salariale respective... - Cette simplification des lois sociales, entraînant à la fois une revalorisation de la plupart des minima, une réduction significative des prestations obligatoires à la charge de la collectivité, et un allégement symétrique des cotisations obligatoires à la charge tant des individus que des entreprises, simplification qui redonnerait au citoyen sa liberté, en même temps qu'elle rétablirait ses responsabilités en matière sociale, pourrait efficacement être accompagnée d'un ensemble de mesures fiscales destinées à favoriser la solidarité entre les individus eux-mêmes, sans l'intervention directe de fonds publics. Ainsi, des réductions d'impôts significatives, et non pas seulement symboliques comme aujourd'hui, pourraient être consenties en raison d'actions solidaires en faveur des plus démunis, d'actions de mécennat, ou d'autres actions de soutien en faveur des handicapés par exemple, sans que cette liste soit exhaustive.
Une entraide solidaire efficace serait ainsi encouragée, qui réduirait d'autant les besoins d'intervention en terme de fonds publics. Car, n'en doutons pas, les réductions d'impôts dont je parle ici seraient, et de loin, bien inférieures aux coûts de fonctionnement actuels des "bureaux d'aide sociale" de nos mairies par exemple.
Mais ce comportement citoyen des plus aisés, incité au plan fiscal, ne serait rendu possible que par l'allègement significatif des prélèvements obligatoires découlant de l'ensemble des réformes que je propose ci-dessus...
Voilà, pour l'essentiel, ce que sont mes conceptions macro-économiques. Le sujet n'est pas clos, et je vous invite à réagir. J'affinerai volontiers mes propos en fonction de vos questions et de vos réactions...
mardi 11 décembre 2007
Du rôle de l'état dans l'économie
Que l'on prenne le problème "par n'importe quel bout", les différences entre les tendances politiques dans nos sociétés démocratiques se ramènent toutes, au plan économique en tout cas, au dosage du rôle de l'état dans la société.
Plus d'état ou moins d'état, telle est la question... La seule qui vaille. Car elle conditionne toutes les autres !
Je ne vais pas m'étendre ici sur les arguments des politiciens "de gauche" pour simplifier, les partisans d'un interventionnisme et d'une omniprésence de l'état dans la vie économique et sociale. Je leur laisse le soin d'expliquer leurs positions, et leurs contradictions, dans d'autre tribunes où ils savent si bien le faire. Je me bornerai quant à moi à expliquer pourquoi je pense le contraire.
J'ai expliqué dans d'autres articles l'importance que j'attache à la notion de liberté (voir la rubrique qui en porte le titre). La politique économique et sociale ne fait pas exception à la règle. Je prétends que le citoyen est un être majeur qui ne nécessite pas d'être "pris par la main" à longueur de temps pour que l'on lui explique ce qu'il doit faire. Ce qui équivaut à dire "ce qu'il a le droit de faire", et ceci est tout simplement inadmissible...
J'ouvre tout de suite une parenthèse, pour la refermer aussitôt car je ne souhaite pas déclencher la polémique sur le sujet, pour rappeler que le mot "libéralisme" provient directement du mot "liberté" : le libéralisme, c'est la doctrine qui a pour objet de laisser aux citoyens leur liberté d'action, dans le domaine économique comme dans tous les autres. Que ceux qui se disent anti-libéraux viennent m'expliquer, s'ils le peuvent, qu'ils sont en même temps des démocrates ! Je n'ai toujours pas entendu d'arguments convaincants sur le sujet...
Le rôle de l'état, je dirais sa raison d'être, est d'assurer l'harmonie et le bon fonctionnement de la société. Tout ça, mais rien que ça, et surtout pas de se mêler... de ce qui ne le regarde pas, mais qui ne regarde que les citoyens eux-mêmes.
Il doit donc assurer un certain nombre de services qui, dans l'ancien régime, étaient soit dévolus au roi (d'où le terme régalien), soit à l'église.
Les services régaliens, financés par l'impôt, étaient essentiellement
- La sécurité extérieure (les forces armées)
- La sécurité intérieure (la police)
- La justice (les tribunaux, ainsi que les prisons)
- La poste
Les services antérieurement dévolus à l'église, financés par des dons et des oboles, étaient notamment
- La santé (les hôpitaux et les hospices)
- La charité (ce que nous appelons maintenant la solidarité)
- L'enseignement
Depuis la révolution, ils sont tous à la charge de l'état, et s'y sont ajoutés un certain nombre qui découlent de l'évolution des techniques et des modes de vie, par exemple les transports. L'ensemble constitue ce que nous appelons les services publics. Ces services publics constituent l'essentiel des compétences "naturelles" de l'état.
L'état ne devrait à mon sens intervenir économiquement que dans ce domaine, et accessoirement pour orienter l'activité dans telle ou telle direction lorsque c'est souhaitable pour la bonne marche de l'économie. Par exemple, des incitations fiscales pour favoriser tel ou tel secteur de l'économie menacé par la spéculation ou la concurrence étrangère...
Mais ce ne doivent être là que des exceptions. Les acteurs économiques doivent rester libres de leurs mouvements si l'on veut que l'offre réponde naturellement à la demande, et si l'on veut que le niveau d'activité ne soit pas sclérosé par des contraintes insupportables.
On le voit bien en matière de réglementation du travail, où les charges sont devenues si importantes que le coût du travail en devient insupportable pour les entreprises, qui sont ainsi amenées de plus en plus à dé-localiser massivement leur production dans d'autres pays, ce qui induit chez nous à la fois des salaires trop faibles et un taux de chômage toujours trop important.
Et il y a un autre domaine dans lequel la puissance publique (car quand je parle de l'état, ce peuvent être aussi bien les collectivités locales, bien entendu) intervient de manière des plus abusives : il s'agit de l'attribution de subventions "incitatives". Quel est ce système qui consiste à prendre sur l'impôt, c'est à dire sur la contribution de tous les citoyens, pour distribuer des avantages à un petit nombre d'entre eux ? Je sais, on me répondra que cela s'appelle la solidarité. Je suis naturellement pour l'exercice de la solidarité. Sous l'ancien régime, cela s'appelait la charité, et elle était pratiquée par l'église. Je préfère de loin que ce soit institutionnalisé et que cela passe par les élus du peuple. Mais il y a deux différences fondamentales entre la charité d'alors et la soi-disant solidarité d'aujourd'hui :
- Alors, la charité était faite aux nécessiteux avec le produit des dons faits volontairement dans ce but. Aujourd'hui, on puise dans des contributions obligatoires, à savoir les impôts, sans demander leur avis aux contribuables
- La charité était faite à l'endroit de personnes objectivement nécessiteuses, et pas dans le but de mettre en place des politiques économiques dont on ne sait même pas si elles seront couronnées de succès. Quand encore elles ne provoquent pas des "effets d'aubaine". La politique économique d'un état ou d'une région, ce n'est pas une loterie. Ce n'est pas le loto...
L'attribution de subventions fausse la concurrence, et cela se retourne toujours contre la bonne santé de l'économie. Je suis quant à moi pour la vérité des prix :
- Il faut vendre les produits et les services qui sont l'objet de la demande à leur vrai prix, c'est à dire avec une marge suffisante
- Il faut, grâce à cette marge, rémunérer correctement ceux qui travaillent à leur élaboration et les investisseurs (les actionnaires des entreprises)
- Ainsi, le pouvoir d'achat généré permet un bon niveau de la consommation
- Le niveau de la consommation soutient le niveau de la demande
- Et la boucle se referme : demande, production, vente, marge bénéficiaire, pouvoir d'achat, consommation, nouvelle demande, etc..
C'est là le fonctionnement naturel de l'économie. Tout autre comportement est artificiel et conduit inexorablement à un fiasco, ce que nous vivons aujourd'hui.
On me rétorquera que le problème est plus complexe, dans la mesure où l'on doit tenir compte de la concurrence étrangère. Je réponds que le raisonnement que je tiens ci-dessus vaut intégralement au plan international. Pensez-vous que l'on continuera durablement à vendre des centrales et des Airbus à la Chine si les Chinois continuent d'être payés à coups de pieds dans le "chose" ? Ils ne vont pas se satisfaire éternellement d'un bol de riz. Et si leur pouvoir d'achat augmente correctement, quand ils en voudront plus, nous pourrons alors leur vendre plus... A condition qu'on ait encore quelque chose à vendre !... Et dans le cas contraire, je vois mal avec quoi on pourra servir ces subventions destinées à soutenir une économie qui d'ailleurs n'existera plus...
Si l'on se décidait enfin à laisser l'économie "vivre sa vie", faites lui confiance, elle saurait comme toujours s'adapter à son marché, et quand les industriels constateraient qu'ils n'ont pas d'autre issue, pour vendre leurs produits, que de favoriser le pouvoir d'achat de leurs clients potentiels, leur comportement, sur le marché extérieur comme en France même, serait bien plus performant que notre interventionnisme désordonné !
Et tout le monde y gagnerait...