Ce que je crois...

Mes opinions et mes réactions, pour contrer l'esprit de Panurge ambiant

mardi 3 juin 2008

De la laïcité (suite)

A l'occasion de l'affaire du mariage d'un couple de Musulmans annulé par le TGI de Lille, sur la requête du mari, au motif que sa jeune épousée lui avait menti sur le fait qu'elle n'était plus vierge, affaire qui a défrayé autant les médias officiels que la "blogosphère", avec d'ailleurs selon moi plus de pertinence et d'objectivité dans cette dernière, je me suis pris à relire mon article du 7 janvier 2008 sur la laïcité. Cet article ouvrait la porte à une suite. La voici.

Je tiens d'abord à rappeler ici que le jugement de Lille n'est pas motivé par le fait que l'épouse n'est pas arrivée vierge au mariage, mais par le mensonge qu'elle avait commis à l'égard de son futur mari alors qu'elle savait parfaitement que ce dernier attachait une importance cruciale à cette virginité. Elle a d'ailleurs reconnu ce mensonge, et admis le jugement. Le tribunal a considéré qu'il y avait eu erreur "sur des qualités essentielles de la personne" de l'épouse, et a ainsi reçu la demande en annulation du mari, sur la base de l'article 180 du code civil.

S'il en avait été autrement, et si le tribunal s'était fondé sur la non-virginité elle même pour formuler son jugement, alors là seulement ce jugement eût été scandaleux, et les réactions virulentes que l'on a pu constater de toutes parts eussent alors seulement été fondées. Mais il n'en est rien, et tout ce remue-ménage s'apparente en fait à une "tempête dans un verre d'eau", et n'est qu'un ensemble de prises de positions infondées. Y compris de la part du Premier Ministre, François Fillion, qui est allé jusqu'à forcer la main de sa ministre de la Justice, Rachida Dati, pour qu'elle enjoigne au Parquet d'interjeter appel, et ceci contre l'avis personnel de ladite ministre, avis qu'elle avait formulé "à chaud" en soutenant le bien-fondé du jugement de première instance. François Fillion va jusqu'à dire que le parquet se pourvoira en cassation si la Cour d'Appel confirme ce jugement. C'est faire pression sur ladite Cour d'Appel, et j'appelle ça de l'ingérence du pouvoir exécutif dans le pouvoir judiciaire. C'est tout simplement anticonstitutionnel.

Mais le fond du problème, celui qui m'amène à parler de cette affaire ici, est d'une autre nature, et, je le pense, autrement plus grave encore. En effet, si le couple dont il s'agit avait été un couple de Chrétiens, il y a gros à parier que personne n'en aurait parlé, sauf peut-être la Gazette du Palais, à l'usage des magistrats et autres hommes de loi. Mais voilà, nous avons affaire ici à un couple de Musulmans, et revoilà les éternels couplets sur l'Islam et tous les poncifs qui vont habituellement avec. De la part de journalistes, de "blogueurs", ou de simples citoyens, c'est déjà affligeant. Mais de la part d'hommes politiques et de ministres de cette République qui se veut tellement laïque, c'est tout simplement inacceptable, et au bord de l'illégalité !

On pense ce que l'on veut de l'Islam, et, objectivement, toutes les critiques qui lui sont adressées ne sont pas infondées. Mais à supposer que soient prouvées telle ou telle exaction, telle ou telle pression morale, telle ou telle mutilation corporelle, telle ou telle brimade, commise à l'encontre de telle ou telle femme musulmane, ce n'est certes pas à cause de la confession de la victime ou de celle de l'auteur des faits que notre jugement doive être porté, et encore moins qu'une sentence de justice doive être rendue. Dans un tel cas, ce n'est pas l'Islam qui doit être tenu pour responsable, mais le ou les auteurs eux-mêmes, sans tenir aucun compte de leur confession ou de leurs croyances religieuses, même s'il s'avérait qu'elles eussent motivé le forfait commis.

Les faits seraient-ils moins graves si la victime ou les coupables étaient des Chrétiens, des Juifs, ou des Bouddhistes ? Et dans ce cas, tiendrait-on pour responsable des faits reprochés la Chrétienté, le Judaïsme ou le Bouddhisme ? Gageons que non, et pourtant rappelons-nous que dans les siècles passés, les pratiques du Christianisme furent peu respectueuses elles non plus, c'est le moins qu'on puisse dire, de la personne humaine, et particulièrement à l'égard des femmes ! N'ayons pas la mémoire courte au point de reprocher aux Musulmans d'aujourd'hui des comportements que nous avions il y a finalement assez peu de temps encore... Nous n'avons pas à être fiers, par exemple, de l'Inquisition et des procès en sorcellerie, et même beaucoup plus de près de nous, rappelons-nous ce qu'étaient ces orphelinats dont la principale mission était de recueillir ces enfants que l'on disait "du péché" ! Et rappelons-nous également quel était le sort de leurs pauvres mères ! Ce n'était pas l'Islam qui guidait les esprits de l'époque : c'était une autre religion, celle qui anime, consciemment ou pas, les donneurs de leçon d'aujourd'hui. Même sur le seul plan moral, leur condamnation de l'Islam en tant que tel n'est pas défendable.

Quant au plan politique, faire référence à l'Islam ou à toute autre religion pour fonder un jugement ou pour étayer une prise de position est contraire au principe de laïcité, et donc anticonstitutionnel par nature.

Ca ne signifie nullement qu'il faille tomber dans l'excès inverse, et tolérer telles exactions ou telles pratiques illégales en raison du fait qu'elles sont rituelles, en rapport avec l'Islam ou toute autre religion. La République n'a pas à se soucier des croyances ou des pratiques religieuses des citoyens, et n'a à en tenir compte ni pour condamner ni pour relaxer.

Le maintien de l'ordre public, la garantie de la liberté et de la sécurité de chacun, sont les fonctions régaliennes de l'Etat, qui marquent la limite entre une société organisée et une jungle anarchique. Rendre la justice, c'est à dire veiller y compris par la force au respect de la loi fait partie de ce rôle essentiel de l'Etat. Mais la justice se doit de considérer les faits, et rien que les faits, pour appliquer la loi, qui n'a pas de son côté à se soucier des croyances ni des convictions religieuses.

La laïcité, c'est respecter toutes les croyances et toutes les religions, c'est n'en privilégier et n'en financer aucune, mais c'est aussi ne se réclamer d'aucune ni n'en combattre aucune pour élaborer la règle commune à tous les citoyens, c'est à dire la loi républicaine.

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lundi 7 janvier 2008

De la laïcité

Depuis la loi du 9 décembre 1905 qui a mis fin au Concordat de 1802, la France est un état laïc, ce qui signifie en clair la séparation des pouvoirs politique et religieux.

Dans un passé récent, un débat s'est ouvert, très vite refermé d'ailleurs, au sujet d'une position prise par Nicolas Sarkozy qui avait évoqué l'hypothèse d'une révision de cette loi pour permettre le financement de mosquées. Qu'en penser ?

Le principe

Le mot "laïc" vient du latin laicus, qui vient lui-même du grec laikos qui signifie qui appartient au peuple. La loi de 1905 sanctionne ainsi essentiellement l'absence d'impact de l'église sur la politique en France.
La conception française est, dans son principe, la plus radicale des conceptions de la laïcité dans le monde (comparativement), quoiqu'elle ne soit pas totale. La justification de ce principe est que, pour que l'état respecte toutes les croyances de manière égale, il ne doit en reconnaître officiellement aucune. Selon ce principe, la croyance religieuse relève de l'intimité de l'individu.
On comprend donc que la laïcité n'est pas l'opposition aux religions, et encore moins à l'une d'entre elles en particulier, mais le refus d'interaction entre elles et l'état républicain, dans le but de protéger la liberté d'expression et d'opinion. Le principe de laïcité n'est donc pas dirigé contre les religions. Il institue par contre que l'état ne peut intervenir dans les affaires religieuses, pas plus que les autorités religieuses ne peuvent se mêler des affaires "civiles".

L'application concrète du principe

  • Il faut noter tout d'abord que le principe de laïcité ne s'est appliqué, historiquement, qu'en France métropolitaine et pas dans les colonies, à majorité musulmane. Dans ses colonies, la France a repris les accords que l'Empire Ottoman (à qui la France avait conquis ces colonies) avait conclus avec les différentes structures religieuses, ces accords leur reconnaissant un statut public. D'où, d'ailleurs, des problèmes d'intégration en France à partir des années 1960, lorsque les immigrés de ces colonies, qui pouvaient jusqu'alors publiquement exercer leur religion, sont arrivés en France.
  • La première et plus importante traduction concrète de ce principe en France concerne l'état civil : auparavant tenu par le curé de la paroisse qui enregistrait la naissance, le baptême, le mariage et la mort des personnes, depuis 1792, il est désormais tenu par l'officier d'état civil dans la commune (le maire) et tous les actes doivent être enregistrés devant lui (à l'exception du baptême qui n'est pas un acte enregistré).
  • Les cérémonies religieuses (mariage religieux, baptême, enterrement...) n'ont plus de valeur légale et ne peuvent être effectuées qu'après l'enregistrement à l'état civil (sauf pour le baptême). Celles-ci n'ont qu'un caractère optionnel. Par exemple, un mariage religieux ne pourra être effectué (si les participants le souhaitent) que postérieurement à un mariage civil.
  • Il ne peut y avoir de critère religieux dans toute action faite par l'État, quelle qu'elle soit.
  • Il est permis à chacun de pratiquer la religion de son choix (ou de n'en pratiquer aucune), tant que cette pratique ne va pas à l'encontre des droits d'autrui.
    Mais cette liberté est limitée dans certains cas. C'est le cas notamment des fonctionnaires en service qui n'ont pas le droit de porter de signe religieux. De même, les signes religieux ostentatoires (dont l'intention est politique) sont interdits dans les écoles publiques.
  • Les programmes scolaires de l'école publique ne peuvent pas contenir de cours d'éducation religieuse. Les références aux grandes religions ne peuvent y figurer que pour leurs aspects historique ou philosophique, et surtout pas cultuel.
  • La puissance publique ne peut intervenir dans le financement des cultes. C'est ainsi que l'entretien extérieur des lieux de culte est à la charge de la collectivité publique qui est le plus souvent propriétaire de l'édifice, alors que cette même collectivité publique ne peut financer, directement ou indirectement, et même partiellement, l'entretien et les aménagements intérieurs, destinés à l'exercice du culte.

Un problème nouveau se pose de nos jours

En 1905 et jusque récemment, le problème de la laïcité ne se posait, en pratique, que vis à vis de deux religions, à savoir le christianisme d'obédiance romaine (les Catholiques) et le judaïsme (les Juifs), la deuxième étant très largement minoritaire par rapport à la première.
En raison surtout de l'arrivée dans les années 1960 des immigrés des ex-colonies, mais aussi de l'immigration qui continue d'amener essentiellement des musulmans sur notre sol, l'islam est devenu la seconde religion de France (4,5 millions de fidèles musulmans), encore loin derrière les Chrétiens catholiques (environ 40 millions de personnes), mais devant les Juifs (environ 800 000). Viennent ensuite les Chrétiens protestants (700 000) et les Bouddhistes (600 000).

Pourquoi l'islam est-il devenu un problème ? Les Juifs, les Catholiques et les Protestants sont des communautés présentes en France depuis de nombreux siècles, et ont par conséquent à leur disposition des synagogues, des églises et des temples en nombre suffisant. Les Bouddhistes sont ici depuis moins longtemps, mais l'exercice de leur culte ne nécessite pas d'infrastructures particulières. Il n'en va pas de même des Musulmans, qui ont besoin de mosquées pour y pratiquer et y enseigner.
Compte tenu de leur nombre important sur notre sol, leur besoin en mosquées devient de plus en plus important lui aussi. Parallèlement, les moyens financiers de leur communauté sont en moyenne assez faibles, et ils ne peuvent pas plus que les Chrétiens ou les autres, bénéficier de fonds publiques en raison de leur religion, ce qui interdit tout financement par l'état ou les collectivités locales. La conséquence en est qu'ils pratiquent le plus souvent leur culte, soit dans des lieux dont la destination initiale n'était pas du tout prévue pour cela (quelquefois dans des garages ou des remises plus ou moins insalubres), locaux qui leur sont "prêtés", possiblement moyennant certaines contreparties que je qualifierais de douteuses, et qui sont en tout cas incontrôlables, soit encore certaines fois sur la voie publique, ce qui est quand même un comble pour un état laïc !
Le faible nombre de mosquées qui sont construites le sont le plus souvent avec des fonds qui viennent de l'étranger, notamment et surtout des pays où l'islam est religion d'état. Or, ces pays abritent en général des obédiences islamiques que l'on dit "fondamentalistes", et que l'on sait très proches du terrorisme international...
Et voilà bien le coeur du problème : en ne finançant pas nous-mêmes, en vertu de cette loi de 1905, les mosquées qui sont nécessaires à 4,5 millions de nos concitoyens, nous ouvrons indirectement une porte toute grande au fondamentalisme religieux, et des bases opérationnelles au terrorisme international.

Quelles solutions ?

  • Je suis pour ma part totalement en phase avec le principe de laïcité tel qu'il figure dans la loi de 1905 : l'état républicain n'a pas à se mêler des croyances et des cultes, et ceux-ci n'ont pas à se mêler des affaires politiques du pays. C'est clair !
  • Chacun a le droit de pratiquer la religion de son choix, dès lors que la pratique de son culte, ainsi que les comportements sociaux qu'il induit, ne sont pas contraires aux lois et règlements ni aux principes de la République.
  • Les signes visibles de l'appartenance à une religion quelconque ne doivent être tolérés ni à l'école ni dans les lieux publics dès qu'ils sont susceptibles (et c'est presque toujours le cas) de présenter un caractère ostentatoire, prosélytiste ou racoleur. Je ne vois pas bien, de ce fait, pourquoi la croix qui pend au collier des Chrétiennes serait plus autorisée que le foulard sur la tête des Musulmanes...
  • Les finances publiques n'ont pas vocation à intervenir dans le fonctionnement des religions présentes sur le territoire. L'impôt n'est pas destiné à financer les communautés religieuses, directement ou indirectement, et il est tout à fait normal qu'elles se financent elles-mêmes.
  • Les difficultés que les communautés religieuses, quelles qu'elles soient, sont susceptibles de rencontrer dans l'exercice de leur culte n'ont pas à être résolues par la puissance publique, ni financièrement ni en terme de moyens humains.
  • MAIS

    - L'état a en charge la paix intérieure et la sécurité des citoyens
    - L'état a en charge les relations internationales et la paix extérieure
    - L'état a en charge la santé publique
    - L'état est déjà propriétaire de la plupart des églises, et prend à sa charge l'entretien de ces bâtiments
    - Le principe de laïcité met tacitement sur un pied d'égalité les différentes religions pratiquées en France
  • En conséquence

    - Je suis pour ma part assez partisan d'un financement public de la construction de mosquées en nombre raisonnable, mais de leur construction seulement (et de l'entretien du bâtiment) et pas du tout, ni de leurs aménagements ni de leur fonctionnement.
    - Je suis partisan par contre d'un droit de regard des autorités sur le fonctionnement, non seulement des mosquées mais aussi des autres communautés religieuses. Je ne vois pas bien pourquoi on devrait considérer par principe que l'islam serait la seule des religions à représenter un danger potentiel pour l'ordre public et la sécurité du pays...

Voilà les grandes lignes de ce que je pense au sujet de la laïcité. Si d'autres réflexions me viennent, par exemple à la lumière d'évènements de l'actualité, j'y ajouterai d'autres lignes.

En tout état de cause, j'attends vos réaction, auxquelles je répondrai avec plaisir.

Posté par renefoulon à 11:45 - 5_Croyances - Commentaires [2] - Permalien [#]

samedi 1 décembre 2007

Rubriques 'Croyances'

J'ai l'intention de donner ici mon opinion, non pas sur les croyances religieuses et spirituelles en elles-mêmes, mais sur le comportement que l'on doit avoir selon moi par rapport à ceux qui s'en réclament.

J'attends vos réactions sur le sujet, par le biais des commentaires.

Posté par renefoulon à 00:05 - 5_Croyances - Commentaires [2] - Permalien [#]
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