vendredi 6 mars 2009
Tous fonctionnaires...
La presse et les médias nous ont abreuvé pendant plus d'un mois de commentaires et de reportages, autant dithyrambiques que partiaux pour la plupart, au sujet des évènements que vient de vivre la Guadeloupe, mais à mon avis sans jamais aborder le problème le plus crucial que pose, non pas le mouvement en lui-même, mais la solution qui a été mise en oeuvre.
Et comme la Martinique a emboîté le pas de sa soeur caraïbe, que la Réunion vient d'enclencher son propre mimétisme, et que vraissemblablement les mêmes causes produiront les mêmes effets, c'est à dire que les "solutions de sortie de crise" seront sans doute, dans les deux cas, de la même eau qu'à Basse Terre, le phénomène ne fera qu'empirer.
On a entendu de nombreuses prises de positions, de nombreuses pseudo-explications, dont certaines contradictoires, en fonction notamment du positionnement politique de ceux ou de celles qui réagissaient dans les médias, journalistes ou hommes et femmes politiques.
Pour ma part, n'étant pas un spécialiste de l'économie des DOM-TOM, je me garderai bien de me prononcer sur les motifs profonds qui ont engendré le mouvement de grève et les manifestations de grogne qui ont enflammé ce département français pendant un mois et demi. Je ne me prononcerai évidemment pas plus sur leur bienfondé, et je me contenterai de dire ce qu'ils m'ont inspiré au long cours, au travers de ce que les journaux et la télévision nous ont distillé, c'est à dire au travers du prisme déformant de ces "faiseurs d'actualité" pas plus objectifs dans cette affaire qu'ils ne le sont habituellement, et donc avec toutes les réserves qu'il convient d'y mettre.
Tout d'abord, il m'est apparu évident, dans les reportages que j'ai pu voir, qu'il existe là-bas un problème social qui s'appuie sur deux pôles : un chômage éminemment plus important et un coût de la vie beaucoup plus élevé (de l'ordre de 40 % si j'ai bien compris) qu'en Métropole. Raison d'un "sur-salaire" de 40 % au bénéfice des fonctionnaires métropolitains en poste en Outre-Mer, "prime" qui pourrait bien, du reste, être contre-performante en ce qu'elle serait de nature à maintenir des prix élevés...
Ces deux facteurs seraient, nous dit-on, la base du problème. Je n'en suis pas si sûr : à entendre les vociférations de nombre de manifestants interrogés, il m'est apparu plus évident encore que cet état de fait n'avait servi que de détonateur, et que l'explosion était due essentiellement à la rancoeur des populations autochtones (si l'on peut dire, car issues de l'esclavage) à l'encontre des "Békés", c'est à dire de la classe dominante (économiquement et politiquement si j'ai bien compris) composée essentiellement des descendants des colons.
Cette impression, ressentie à l'écoute de beaucoup de commentaires de la population noire interrogée lors des reportages, vient d'ailleurs recouper ce qui m'a été relaté par plusieurs personnes de mon entourage qui avaient fait là-bas des voyages de villégiature, et qui m'avaient toutes rapporté que les populations noires donnaient le sentiment de n'avoir pas "tourné la page" de l'esclavage, et que leur rancoeur à l'égard de "l'homme blanc", et donc du "Béké" comme du Métropolitain, était demeurée entière. Encore une fois, je ne fais que rapporter des propos entendus, et dire ce que j'ai ressenti devant mon poste de TV. Ce n'est en aucune façon un jugement de valeur.
La question subsidiaire que je me suis posée, et que je me pose toujours à l'heure qu'il est, est de savoir s'il est pertinent de traiter ces territoires français situés à l'autre bout du monde de la même manière que s'ils étaient à quelques encâblures de la capitale. La départementalisation, telle qu'elle a été menée, n'était-elle pas, par nature, le germe des difficultés que connaissent ces îles aujourd'hui ? Ne serait-il pas plus pertinent de prendre pleinement en compte leurs spécificités, et celles de l'économie locale ? Est-il pertinent de ravitailler ces départements-là depuis la Métropole, c'est à dire à 8000 Km de distance, au lieu de le faire depuis le continent américain, situé beaucoup plus près ? Et pourquoi ne pas développer localement la production des biens de consommation chaque fois que c'est possible ? Je pense par exemple aux cultures vivrières. J'insiste sur le fait que ce ne sont là que des questions. Je n'ai pas les réponses. Mais ces questions-là sont en elles-mêmes importantes.
Beaucoup de mes lecteurs vont se demander, à ce stade, pourquoi j'ai "pris la plume" sur un sujet qui ne m'inspire que des questions, quasiment aucune réponse, et même aucune prise de position. J'y arrive.
Ce qui me choque le plus dans cette affaire, ce ne sont pas les troubles, le mouvement de grève, les manifestations (même si des exactions autant impordonnables qu'inutiles ont été commises "des deux côtés"), la manière dont les négociations ont été (mal)menées par le gouvernement comme par le patronat, ni même le ton carrément subversif et guerrier des slogans utilisés par le LKP. Tout ceci est plus que regrettable, et à certains égard condamnable, mais malheureusement habituel, même en Métropole, quand (c'est devenu la règle) un mouvement de revendication syndical ou social se transforme en combat politique.
Non, ce qui me heurte et qui est d'une gravité dont personne ne semble être encore conscient, c'est la nature de la solution qui a été trouvée. Car, mine de rien, il s'agit tout simplement d'un changement de régime. Pour la première fois dans l'histoire de la République Française, l'état se substitue aux entreprises dans le paiement d'une partie du salaire.
Ce n'est pas anodin, et c'est même un cataclysme politique. Quand j'ai entendu la revendication, je me suis dit, naïvement confiant, que nos dirigeants n'allaient certainement pas être suffisamment fous pour aller dans cette direction, et qu'ils allaient refuser tout net. Au lieu de ça, Yves Jego accepte, puis rappelé et désavoué par François Fillion, fait marche arrière, avant que, quelques nuits d'émeutes plus tard, le même François Fillion ne "mange son chapeau" et n'accepte, partiellement certes, mais accepte quand même les "exigences" des insurgés.
La valse-hésitation, en elle-même, n'a plus rien de choquant. On a maintenant l'habitude de voir nos fanfarons de Matignon ou de l'Elysée dire tout et faire le contraire de tout. Mais ce qui l'est, choquant, c'est la nature de l'accord conclu.
Car, de quoi s'agit-il exactement ? Les Guadeloupéens demandaient, depuis l'origine des troubles, un rattrapage de 200 € des "bas salaires" (1,6 fois le Smic quand même !), au motif de la chèreté de la vie locale. Jusque là, rien de choquant avant analyse : il s'agissait d'une revendication comme on en a entendu des centaines, justifiées ou non, peu importe sur le fond.
Mais le Medef local se refusant catégoriquement à cette augmentation des salaires, les émeutiers se sont mis à "exiger" que l'Etat Français paie ce que les entreprises ne voulaient pas payer. C'est cette "exigence" que Jego a eu l'imprudence d'accepter à demi-mot, avec le désaveu de Fillion suivi de, finalement, l'acception de ce dernier. Les 200 € en question seront versés, à raison de 100 € par l'état, à raison de 50 € par les collectivités locales (ce qui fait donc 150 € par mois sur des fonds publics), et seulement à raison des 50 € restants par les entreprises. Encore que toutes n'ont pas accepté cet accord. On peut donc craindre que les choses n'empirent encore...
On ne peut pas imaginer un instant que Matignon ait donné son feu vert sans l'accord de l'Elysée, et c'est donc in fine Nicolas Sarkozy, ce Président qu'on nous présente comme un libéral forcené, qui a fait basculer la République dans un gouffre collectiviste que je prévois sans fond.
Car n'en doutons pas, la Martinique et la Réunion suivront la Guadeloupe et exigeront le même traitement. Et, demain, pourquoi pas la Bretagne ou le Pas de Calais, où le taux de chômage et supérieur à la moyenne nationale, et pourquoi pas l'Ile de France où les prix sont plus élevés qu'ailleurs ? Et pourquoi se limiter à 200 € ? Et pourquoi se limiter à 1,4 fois le Smic (c'est finalement sur cette base que l'accord est intervenu en Guadeloupe) ? Il est bien évident que cette somme apparaîtra rapidement comme insuffisante, voire ridicule, aux yeux de tous ceux qui ont des fins de mois difficiles, y compris quand c'est à cause de leur propre mode vie ? Où s'arrêter, quand la machine est en route et quand le sentiment est cultivé qu'il suffit de descendre dans la rue pour obtenir quelque chose ?...
Après le déficit incontrôlé de la Sécurité Sociale; après le déficit pas plus contrôlé du budget de l'état; après le droit opposable au logement; après les subventions pharaoniques accordées aux secteurs en difficulté; après autant de postures propres à conforter le sentiment que l'état peut tout financer, et que les finances publiques sont inépuisables; une fois installées les habitudes du recours systématique à ces finances publiques pour boucher les "trous" de mauvaise gestion, que ce soit dans les entreprises, dans les administrations, ou pire encore chez les particuliers (voir pour s'en convaincre les statistiques du RMI et de l'assurance chômage. Voir surtout leurs durées moyennes d'indemnisation); après toute cette gabegie institutionnalisée, gageons que nous baignerons rapidement dans un système où l'état ne cessera de subvenir aux besoins les plus divers et variés, en donnant d'une main ce que, bien entendu, il sera bien obligé de reprendre de l'autre. Et où l'état sera donc, de facto, celui qui décidera à qui donner, et combien donner.
Ce système porte un nom : cela s'appelle le collectivisme. De l'Union Soviétique à ses pays "satellites", de Cuba à la Corée du Nord, et à la Chine avant qu'elle ne prenne un virage salutaire qu'elle n'a pas encore terminé de négocier, on sait tous pourtant que ce système ne conduit qu'à la misère, et accessoirement à la dictature.
Bien sûr on n'en est pas encore là. Bien sûr je vais me faire traiter de tous les noms en évoquant ce spectre. Bien sûr ce n'est pas dans les intentions de nos dirigeants. Bien sûr on n'a fait que mettre une première phalange dans l'engrenage...
Mais cette phalange-là y est bel et bien, et le risque est énorme sur le plan politique. Il ne l'est pas moins sur le plan des mentalités. Car elles sont hautement maléables, surtout dans le sens du moindre effort. Et l'expérience a prouvé à maintes reprises qu'il était difficile, voire souvent impossible, de revenir en arrière. Le candidat Sarkozy avait dénoncé la "culture du RMI" et avait prôné la "valeur travail". Le président qu'il est devenu institutionalise aujourd'hui la culture de l'assistanat et dénie les valeurs telles que l'indépendance et la liberté inhérentes à la propriété privée, notamment celle des entreprises. Quelle sera la marge de manoeuvre d'une entreprise privée dans laquelle l'état prendra en charge une part non négligeable de la masse salariale ? Quelle sera sa liberté de gestion ? Quelle pourra être sa politique en matière d'emploi ?
Nous sommes tous, depuis longtemps, des employeurs indirects compte tenu de la masse salariale de la fonction publique, que nous finançons par nos impôts.
Demain, nous serons tous à moitié fonctionnaires. Et combien de temps encore pourra-t-on dire "à moitié" ?
CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

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lundi 2 mars 2009
Heureux anniversaire
Une fois n'est pas coutume : je vais aujourd'hui écrire un billet pour dire que je suis content ! Ca en étonnera peut-être certains, qui ont plus l'habitude de lire sous ma plume des "coups de gueule"...
Mais j'ai un anniversaire à fêter, et un anniversaire heureux : celui du réseau LHC !
Il y a un an, en effet, que Roman Bernard, de Criticus, a créé avec Lomig, de Expression Libre, un nouveau réseau de blogueurs. Je connaissais l'existence de plusieurs de ces réseaux, et je n'avais alors adhéré à aucun. Pourquoi ?
Essentiellement parce que je suis un individualiste convaincu, les habitués de "Ce que je crois" le savent bien. Même si je sais que "l'Union fait la Force", je sais également que la fusion crée le flou, et que se mélanger avec d'autres, de si bonne qualité soient-ils, est susceptible de créer un "écran de fumée" qui masque les détails de sa propre personnalité. Si j'avais adhéré, par exemple, aux Kiwis, j'étais vu immédiatement, de facto, comme un Kiwi, et beaucoup moins comme moi-même, avec mes spécificités propres.
Alors, quand Roman m'a contacté, dans les toutes premières heures de son nouveau réseau, pour me demander d'y adhérer, ma première réaction fut de dire "non". Et puis je suis allé lire la charte LHC, j'ai relu sous ce nouveau jour plusieurs articles de "Criticus" et plusieurs autres de "Expression libre", j'ai lu également la lettre d'intention de Lomig (Roman n'avait pas encore publié la sienne), et j'ai eu l'impression de découvrir quelque chose de nouveau.
Visiblement, LHC naissait, non pas comme un Nième cercle nombriliste et uniquement destiné à faire la promotion de ses membres, mais prenait le contrepied, justement, de ces deux défauts, défauts que je reprochais aux réseaux existants.
Les trois valeurs de base que défend la Charte LHC sont, de plus, trois valeurs pour moi fondamentales : liberté d'expression, humanisme et esprit critique devraient être, de mon point de vue, les trois pilliers qui devraient soutenir la ligne éditoriale de tout blog digne de ce nom. Malheureusement, trop de blogueurs se passent allègrement de l'une ou de l'autre, voire des trois à la fois. Afficher clairement le parti pris de les respecter me semblait une posture très séduisante.
Et puis l'offre qui m'était faite était flatteuse, et je reconnais bien volontiers que ça a joué dans ma décision. C'est donc finalement avec enthousiasme que j'ai donné mon accord.
Quelques jours seulement plus tard, j'ai reçu un nouveau courriel du même Roman, qui me proposait d'entrer au "comité directeur" du réseau. Et là, j'ai su que quelque chose d'important venait de se produire pour moi. C'est sans hésiter, cette fois, que j'ai accepté l'honneur qui m'était fait. Car je me sens plus naturellement "acteur" que "spectateur", et assumer des responsabilités au sein du réseau était pour moi une perspective heureuse.
Un an plus tard, quel est le bilan ?
Sur le plan personnel, je n'ai jamais eu la moindre raison de regretter ma décision. Je regarde très peu les statistiques de mon blog. Je ne sais pas trop si mon "audience" a augmenté, et encore moins si son éventuelle progression est due à mon appartenance à LHC.
Ce que je sais, par contre, quand j'écris un billet, c'est qu'il aura toutes les chances d'être lu par des gens qui ont toute ma sympathie d'une part, et d'autre part par des gens qui ne partagent pas forcément mes idées (c'est peut-être pour leur "parler", plus qu'à ceux qui pensent comme moi, que j'écris) mais qui viendront quand même me lire, encouragés en celà par la qualité des blogs LHC.
Et sur le plan du réseau lui-même, le mot qui me vient naturellement à l'idée est celui de succès. Pas seulement par le nombre de ses membres (nous sommes 30 aujourd'hui), pas seulement sur le plan de l'audience, grandissante, mais aussi et peut-être surtout sur le plan de la qualité des contenus et celle des relations entre les membres.
Trop éloigné géographiquement de la capitale pour participer aux rencontres LHC parisiennes, je n'en ressens pas moins la chaleur et l'enthousiasme des relations qui se nouent, et que j'ai le sentiment de partager à distance.
Politiquement, une majorité d'entre nous sont des libéraux, mais nous comptons aussi nombre de non-libéraux, et c'est ainsi que notre réseau se rit du traditionnel et imbécile clivage gauche-droite, et que le réseau est un espace de discussion et de débats tout à fait enrichissants.
Pour résumer, j'ai tout simplement envie de prononcer le mot de réussite. Sans oublier ceux du plaisir d'en être et du bonheur d'y participer.
Vous trouverez une évocation de cet heureux anniversaire sur le portail du réseau.
À lire aussi, les articles de Criticus, d'Aymeric Pontier, de Libertas, de Lolik, et de Lomig.
CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

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jeudi 19 février 2009
Comment mettre 2,6 milliards à la poubelle ?
Mercredi 18 février a eu lieu à l'Elysée un "sommet social" au cours duquel le Président de la République et le Premier Ministre ont reçu les "principaux" syndicats de salariés d'un côté et la patronne du Medef de l'autre. Quatre heures durant, ce beau monde s'est évertué à déterminer comment faire croire aux Français "les plus défavorisés", entendez ceux qui sont le plus susceptibles de mettre la pagaille, qu'ils allaient faire quelque chose pour les aider.
Car ne soyons pas dupes : personne n'a intérêt à ce que la situation sociale en métropole ressemble à court ou moyen terme à ce qu'elle est aux Antilles. Et c'est pourtant le risque que nous courons si tout le monde continue à dire n'importe quoi, et surtout des mensonges, comme ça se produit notamment depuis le début de la crise économique, laquelle, je le répète, n'a pas commencé avec la crise financière, mais était bel et bien une réalité plus ou moins dissimulée depuis de longs mois quand cette dernière a éclaté...
Les syndicats n'ont pas plus intérêt que le patronat ou le gouvernement à une situation de type insurrectionnel que, par défintion, ils ne contrôleraient pas, et qui pourrait même en venir à contester leur légitimité, légitimité toute relative et ils le savent parfaitement. Aussi ont-ils tout intérêt à "jouer le jeu", ce qu'ils font même sils font mine du contraire.
Depuis des années, on s'évertue à mentir à tout le monde, et à faire croire que tout est possible. Or, en temps de crise, non seulement tout n'est pas possible, mais ce qui l'était en temps de croissance est souvent devenu impensable. Et pourtant, les habitudes sont prises, et une part importante de la population ressent comme tout à fait naturels des comportements économiques totalement aberrants.
C'est ainsi qu'il est vain d'espérer faire comprendre à un RMiste que l'allocation qu'il perçoit chaque mois, en ce qu'elle ne correspond à aucune production de richesse, est un non-sens économique qui ne peut que conduire à une dégradation de l'activité, donc à un recul de l'emploi, et donc qu'elle est un des éléments qui le condamnent à rester allocataire de ce même RMI pendant de longs mois. Qu'en d'autres termes, le RMI (ou le RSA, sa version aggravée) crée une bonne part de l'exclusion dont il est victime.
C'est ainsi également qu'il est peu probable de trouver sur dix personnes interrogées, 2 d'entre elles qui admettront, même au prix d'une patiente pédagogie, que le résultat net d'exploitation (les bénéfices) de l'entreprise dans laquelle elles travaillent n'est pas autant de moins sur la part du résultat brut qui leur revient (les salaires), mais que par le biais de l'investissement, il représente le meilleur gage de la pérénité de leur emploi. Et bien sûr, ne parlons pas du dividende de l'actionnaire, perçu comme une "pompe à fric" qui "vit sur le dos des travailleurs". En occultant totalement le fait que l'actionnaire est celui qui prend tous les risques sans lesquels l'entreprise, et donc l'emploi, n'existerait tout simplement pas. Et que ce risque n'est concevable que rémunéré. Envisageraient-elles, quant à elles, de travailler sans salaire ? L'actionnaire n'envisage pas non plus d'investir sans dividende, voilà tout. Pour la petite histoire si j'ose dire, il n'avait pas envisagé non de plus de voir la valeur de son investissment divisé par deux en quelques mois . C'est pourtant ce qu'il vit avec l'effondrement de la bourse.
Tout ces (manques de) raisonnements-là, très largement alimentés et entretenus par des mensonges récurrents destinés à assoir les rentes de situation des meneurs qui les profèrent, sont devenus quasi naturels, et faussent irrémédiablement le jugement d'une part non négligeable de la population.
Alors, quand un gouvernement, de manière tout à fait novatrice par rapport à ses nombreux prédécesseurs, change de discours et privilégie l'investissement, créateur d'activité et donc d'emploi, au détriment de transferts sociaux stérils, le plus souvent non financés, et donc directement producteurs de déficits publics et/ou de faillites d'entreprises, et de chômage, ce gouvernement-là est bien sûr totalement incompris, surtout si, comme en temps de crise, ceux qui entendent le discours sont aussi ceux qui souffrent. Leur réflexe devenu naturel est de demander (d'exiger peut-être) que l'on ouvre un peu plus le robinet qu'ils ont tant l'habitude de voir couler, sans se poser la question de savoir si la source n'est pas déjà tarie. Et c'est bien ce qui se passe actuellement.
Mais, je l'ai dit, personne n'a intérêt à une "explosion sociale". Et comme la colère gronde de plus en plus, que les syndicats, pourtant au fait de toutes ces questions, et que les partis d'opposition, continuent de mentir à leurs ouailles de manière éhontée et de prétendre que l'état peut tout résoudre à coup de milliards qu'il n'a pas, l'état en question n'a qu'une très faible marge de manoeuvre s'il veut éviter le pire sans y perdre trop de plumes.
C'est ainsi qu'hier, le gouvernement s'est résolu à prendre les mauvaises décisions auxquelles il se refusait depuis de longs mois. C'est du moins sous cet angle que je préfère voir les choses, plutôt que de considérer qu'il l'a fait de bon gré et non sous la pression. Car je préfère le taxer de couardise que d'incompétence. Sans pour autant être sûr de la justesse de mon analyse sur ce point...
Déjà la semaine passée, le ton avait été donné quand Nicolas Sarkozy a "sorti de son chapeau" les 1,4 milliards d'euros issus des prêts aux institutions bancaires, en indiquant qu'il allait les distribuer au lieu de les utiliser à, comme il aurait été naturel, financer les intérêts des emprunts que l'état a bien dû lancer pour prêter aux banques. Et de prétendre qu'il s'agissait d'un jeu à somme nulle ! Non, Monsieur le Président, c'est totalement faux et vous le savez bien : les intérêts payés par les banques couvrent juste ceux dûs à vos prêteurs. Et il n'est pas besoin d'avoir fait l'ENA ou HEC pour le comprendre. Encore un mensonge. Comment voulez-vous que les Français s'y retrouvent ?..
Mais hier, cerise sur le gâteau, ces 1,4 milliards se transforment en 2,6 milliards. Que le personnel s'amuse !...
Et pour quoi faire ? Pour donner l'impression de faire quelque chose, et rien de plus. Pour des mesures totalement inopérantes à très moyen terme. Quelles mesures ?
- Une prime exceptionnelle de 500 euros aux salariés qui deviennent demandeurs d'emploi à compter du 1er avril prochain et n'ont travaillé que deux à quatre mois sur les 28 derniers mois : 500 euros une fois, et ensuite plus rien du tout. Un coup d'épée dans l'eau.
- Une prime supplémentaire de 150 euros "dès le mois de juin" pour les 3 millions de familles bénéficiant de l'allocation de rentrée scolaire : même raisonnement que ci-dessus. Deuxième coup d'épée dans l'eau.
- L'attribution de bons d'achat de services à la personne, pour une valeur de 200 euros par foyer, aux 660.000 ménages touchant l'allocation personnalisée d'autonomie à domicile, aux 470.000 familles bénéficiaires du complément mode de garde, aux 140.000 foyers ayant un enfant handicapé et aux demandeurs d'emplois qui retrouvent du travail et ont besoin de faire garder leur enfant : j'ai peur de devoir me répéter. Troisième mesure inopérante au long cours.
- La suppression des deux derniers tiers provisionnels de l'impôt sur le revenu 2009 pour les plus de 4 millions de foyers fiscaux de la première tranche d'imposition. Un crédit d'impôt destiné aux ménages dépassant légèrement la limite de la première tranche permettra d'étendre la mesure à 2 millions de foyers supplémentaires : Une très bonne initiative si elle était compensée par des économies à due concurrence de son coût. Mais ce n'est pas le cas. Et l'an prochain, on revient à la case départ. Sauf que le déficit s'est creusé entre temps. Les allégements d'impôts de cette année vont se transfroemr en impôts supplémentaires l'an prochain. C'est inéluctable...
Et puis des décisions que je qualifierai de pure forme :
- création d'un "fonds d'investissement social" doté de 2,5 à 3 milliards d'euros pour coordonner les efforts en matière d'emploi et de formation professionnelle. L'Etat "est prêt" à en financer la moitié : Sans doute pas complètement inutile, sauf que la formation ne fait pas les emplois. A quoi sert d'être formé s'il n'y a pas de postes à pourvoir ? On met la charrue avant les boeufs.
- information et consultation obligatoires du comité d'entreprise des sociétés de 50 salariés et plus lorsqu'une aide publique directe leur est versée. Brice Hortefeux (Travail) est chargé de préparer un décret "dans les meilleurs délais" : Une atteinte suplémentaire à la liberté d'entreprendre et de gérer son entreprise, c'est à dire une nouvelle entorse au respect du droit de propriété. Et je repose toujours la même question : pense-t-on favoriser l'embauche en mettant des freins aux licenciements ? Ce n'est pas le licenciement qu'il faut éviter, c'est l'embauche qu'il faut favoriser. Quand comprendra-t-on ça ?
En résumé, 2,6 milliards d'euros de déficits supplémentaires, jetés à tous vents, perdus à tout jamais, qui ne satisferont personne et qui ne résoudront rien... C'est le lot de toute relance par la consommation. On ne l'a toujours pas compris...
Enfin il y a les "incitations" et les "propositions", et notamment :
- encourager les branches professionnelles et entreprises à porter l'indemnisation du chômage partiel à 75% du salaire brut, par des conventions ad hoc avec l'Etat. Le gouvernement va engager des discussions avec l'Unedic pour répartir ce surcoût entre entreprises, Etat et assurance chômage : Encore une charge supplémentaire pour les entreprises et le Trésor. Vaut-il mieux, vraiment, payer du chômage partiel que d'investir et de fournir du travail ?
- engager des discussions entre partenaires sociaux sur la valeur ajoutée et le profit, sur la base des propositions d'une mission d'analyse et de concertation remises d'ici deux mois : Il s'agit, si j'ai bien compris, d'engager la discussion sur cette idée "des trois tiers" lancée la semaine dernière. L'idée est bonne, je l'ai déjà dit, mais ne peut se concevoir que dans le cadre d'une négociation dans l'entreprise, chacune d'elle étant un cas particulier, et la décision ne peut être prise qu'à la discrétion de l'employeur. Sinon, il s'agit encore une fois d'une atteinte au droit de propriété, et c'est tout à fait inacceptable.
J'ai l'intention de plancher sur ce dernier point, et de "pondre" un billet sur le sujet de la répartition des richesses produites.
D'ici là, dormez en paix, peuple de France. L'Etat veille sur vous. Mais ne rêvez pas trop quand même...
CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

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mardi 13 janvier 2009
Peu me chaut...
On reçoit tous, ces temps-ci, dans nos messageries électroniques, des manifestes, voire des pétitions, en rapport avec la guerre qui se déroule depuis une quinzaine de jours au Moyen Orient.
Je n’ai pas l’habitude de répondre à ce genre de mails. Cependant, dans le cas présent, je me sens obligé de réagir.
Je suis totalement d’accord avec le fait qu’Israël se comporte de manière criminelle dans la bande de Gaza, comme d’ailleurs il s’est historiquement comporté de manière, au minimum, illégitimement agressive dans bien d’autres cas. Ici, il dépasse les bornes de la simple inhumanité.
Mais je trouve absolument scandaleux que l’on n’entende dans les médias, comme dans l’opinion, et particulièrement dans la « blogosphère » et dans les « spams » dont nous sommes abreuvés à longueur de temps, que le même son de la même cloche. A croire que l’antisémitisme et l’antisionisme sautent sur « l’occasion » de cette Nème guerre du Moyen Orient pour s’en faire une Nème tribune destinée à leur permettre de crier haut et fort leurs idées calamiteuses. Mais on n’est pas obligés d’accepter, et pour ma part je n’accepte pas !
Peu me chaut qu’Israël ou le Hamas soient l’agressé ou l’agresseur. Peu me chaut la « motivation » de Tsahal (rappelons-nous au passage que ce mot hébreux signifie « écouter ». Drôle de manière d’écouter !...) ou celle du Hamas (en arabe, « Mouvement de résistance islamique ». Seulement « résistance », vraiment ???). Peu me chaut que l’un ou l’autre « ait commencé ». On se croirait dans une cour de récréation où l’un et l’autre, s’adressant à l’ONU : « C’est lui qui a commencé, m’Dame !... ». Une cour de récréation où il y aurait près d’un millier de morts en moins de 15 jours…
Peu me chaut que les USA, prisonniers de leur communauté juive plus nombreuse que les Juifs d’Israël, et plus influents aussi, n’osent pas lever le petit doigt au Conseil de Sécurité et n’aillent « courageusement » que jusqu’à s’abstenir lâchement lors du vote de la dernière résolution en date. Peu me chalent les arguments des deux antagonistes, que je voudrais bien pouvoir ne pas qualifier d’ennemis.
Peu me chaut en effet, car le fond du problème n’est pas là. Cette guerre, qu’un hebdomadaire américain vient de qualifier de « guerre de cent ans », n’a pas un siècle mais bien cinq millénaires. Ce n’est pas l’état d’Israël contre le Hamas, ni contre les Palestiniens. C’est tout simplement, qu’on le veuille ou non, qu’on ait le courage de l’admettre (et de le dire) ou pas, la guerre des Juifs contre les Arabes. Celle d’Israël (celui de la Bible, pas celui d’aujourd’hui) contre Ismaël et sa descendance. Et dans cette guerre fratricide s’il en est, cette guerre où s’applique sans restriction la loi du Talion (« œil pour œil, dent pour dent »), peu chaut à quiconque parmi les antagonistes que la « faute première » soit le fait de l’un ou de l’autre. Au contraire, toute « faute », toute « agression », tout missile lancé par l’un vers l’autre, tout mort du fait de l’un ou de l’autre, est réduit à sa qualité de prétexte à une autre « faute », à une autre agression, au fait de lancer un autre missile ou de faire un autre mort…
Aujourd’hui, à Gaza, des hommes, des femmes, et des enfants, meurent par centaines sous les bombes de Tsahal. Officiellement parce que les Gazaouis lancent des rockets sur le sud d’Israël. Plusieurs dizaines de rockets chaque jour. Avec des morts côté israélien. Moins nombreux que chez les Palestiniens, certes, mais des morts quand même. Que ferait le gouvernement français si nos amis belges, qui évidemment ne seraient plus nos amis, lançaient chaque jour quelques dizaines de rockets sur Valenciennes ? Tendrait-il l’autre joue ? Se contenterait-il d’une admonestation ? Et obéirait-il sans broncher à une résolution de l’ONU, votée avec la bienveillante et hypocrite abstention des USA ? Je ne le pense pas, et s’il le faisait, je serais le premier à lui reprocher…
Je ne fais pas ici l’apologie de la guerre, au contraire. La guerre est toujours la pire des solutions. Toujours la mauvaise solution à un conflit. Elle est toujours inutile. Car même si Israël détruit intégralement le Hamas, c'est-à-dire Gaza et les Gazaouis (rappelons que ces derniers ont élu le Hamas démocratiquement, et je ne pense pas qu’il s’en trouve une majorité écrasante aujourd’hui pour le condamner, au contraire), si même, donc, Israël « gagnait » cette guerre, on en reviendrait, dès la « fin des hostilités », à la « case départ », c'est-à-dire à l’antagonisme biblique qu’aucun conflit armé ne résoudra jamais.
Mais je me refuse à admettre qu’on ne représente toujours qu’un seul aspect de ce conflit, et toujours les mêmes « victimes civiles » (sont-elles vraiment toutes aussi « civiles » que ça ?) toujours du même côté. Des victimes, il y en a des deux côtés, et celles du côté israélien n’ont pas moins de valeur que celles du côté palestinien ! C’est insupportable de toujours entendre la même litanie de compassion pour les uns, toujours les mêmes, et d’injures pour les autres, toujours les mêmes également.
Les moyens mis en œuvre de chaque côté sont évidemment sans aucune commune mesure. Et j’ai pu lire ça et là des comparaisons allégoriques entre la nature de cette guerre menée par Israël et le principe de légitime défense contenu dans le droit civil. Et ces censeurs de proclamer, ce qui est vrai, « qu’il n’y a légitime défense que dans la mesure où il existe une similitude de moyens entre l’agression et sa réponse par l’agressé ». Certes ! Mais je me refuse à admettre qu’Israël n’est qu’en état de « légitime défense » dans cette affaire. Si ce pays porte au pinacle des principes celui de sa sécurité, et donc de la défense de cette sécurité, je ne vois pas que cette défense ne soit que « légitime ». Elle est naturelle, et inhérente à l’existence même de tout état souverain. La seule notion de « légitimité » ne peut pas s’appliquer aux rapports d’état à état, et encore moins à ceux d’un état-armée comme l’est Israël (on a pu dire que ce n’était pas un état qui avait une armée, mais « une armée qui avait un état » !...) à un mouvement insurrectionnel et révolutionnaire comme l’est le Hamas. Israël dit ne pas se battre contre la Palestine et les Palestiniens, mais contre le seul Hamas. Or, il se conduit comme s’il voulait détruire, non pas le seul Hamas justement, mais la Palestine elle-même, en tant qu’entité politique mais aussi en tant qu’entité tout court.
Et c’est en cela que je condamne avec la plus grande sévérité l’attitude d’Israël. Mais je condamne avec la même sévérité l’attitude du Hamas, qui fait de même, et de manière tout à fait officielle, à l’égard de l’Etat juif.
Les deux adversaires sont également criminels, même si les moyens mis en œuvre ne sont pas les mêmes des deux côtés de la frontière. Gageons que si le Hamas avait des moyens équivalents à ceux d’Israël, il agirait exactement de la même manière, et avec la même barbarie. Il n’y a pas d’un côté les méchants agresseurs et de l’autre les gentilles victimes. Et brûler des synagogues en France n’aurait de sens, si toutefois un sens pouvait légitimement être trouvé à de telles actions abjectes, que si on faisait de même avec quelque mosquée.
Espérons qu’il ne viendra à l’idée de personne de le faire, mais le fait pour les journalistes comme pour l’opinion de se focaliser contre Israël en oubliant que le Hamas est moralement tout autant coupable des mêmes atrocités, n’est pas moins tendancieux que de ne s’en prendre qu’aux seuls lieux de culte des Israélites.
Peu me chaut que j’en choque certains avec ces propos pourtant de bon sens. La simple vérité, c’est que nous n’avons pas évolué d’un pouce depuis les temps bibliques, en passant par le 16ème siècle européen, et par même le 20ème en Irlande notamment : cela s’appelle des « guerres de religions », et cela nous (re)plonge dans les affres de l’obscurantisme. Serait-ce une des composantes de la nature humaine ? J’ose ne pas le croire, et croire au contraire que c’est la conséquence d’une évolution de la civilisation qui n’a pas su éradiquer les penchants belliqueux de cette nature humaine là. L’homme appartient au règne animal, mais se refuse à considérer qu’il est lui-même un animal. Il prend notamment pour argument sa capacité à concevoir et élaborer sa spiritualité. Or, c’est cette même construction d’une spiritualité, malheureusement trop souvent assise sur des socles religieux, qui lui sert de prétexte à la barbarie toute animale qu’il met en œuvre, de tous temps et en tous lieux…
« Paris vaut bien une messe », a dit notre « bon roi » Henri IV. Et de se convertir au catholicisme pour accéder au trône de France, promulguer l’Edit de Nantes et instaurer la paix spirituelle dans le pays. Jérusalem ne vaudrait-elle pas un effort de même nature ? Ni Israël ni le Hamas ne semblent le penser. On peut le regretter, c’est le moins qu’on puisse en dire…
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samedi 20 décembre 2008
Quand il faut trouver un cochon de payant.
La cour de cassation, plus haute juridiction française en matière civile, vient de rendre un arrêt dont vont certainement se féliciter bruyamment les écologistes de tous poils. De quoi s'agit-il ?
Il s'agit de l'affaire de l'Erika, ce pétrolier affrêté par Total, qui avait sombré en février 2000 à quelques encablures du littoral breton, et avait provoqué une énorme marée noire.
La commune de Mesquer, en Loire Atlantique, a été la seule à se constituer partie civile pour obtenir le remboursement des frais de nettoyage de ses plages. Jusque là, rien d'anormal, et je considère même qu'il est tout à fait inadmissible de devoir attendre 8 années pour obtenir un jugement condamnant les responsables à indemniser les victimes. Après être passé par les tribunaux de commerce de Nantes et de St Nazaire, la cour d'appel de Rennes, une première fois la cour de cassation qui se "défosse" sur la cour européenne de justice, puis de nouveau la cour de cassation, qui vient de renvoyer l'affaire devant la cour d'appel de Bordeaux en cassant l'arrêt de celle de Rennes. Inimaginable et pourtant vrai...
Cependant, là où je me sens révolté, c'est moins sur la procédure que sur le fond. Je m'explique.
Dans son arrêt, la cour européenne rend implicitement Total unique responsable de la pollution, en lui imputant la charge de donner droit aux prétentions de la commune de Mesquer. Et notre cour de cassation lui emboîte servilement le pas.
Je ne suis pas juriste, mais en tant que citoyen cette situation me parait a priori totalement ubuesque. Total, dans cette affaire, était l'affrêteur de l'Erika, ni son propriétaire ni son armateur. Or, ce n'est pas la cargaison qui a causé le nauffrage, que je sache ? C'est exactement comme si le client d'un transporteur, dont le chauffeur ivre causerait un accident mortel, était rendu responsable de l'accident au motif que le chargement lui appartient et que la victime l'a reçu sur la tête !
En droit international comme en droit français, s'il me reste quelque chose de mes cours, le principe de responsabilité, au civil, repose sur trois "piliers" : un dommage, une faute, et une relation de cause à effet entre la faute et le dommage. Ici, la faute est prouvée. Je ne connais pas suffisamment le dossier pour savoir s'il s'agit d'une faute de navigation ou d'une faute d'entretien du navire. Le dommage lui-aussi est prouvé, c'est évident. Et la relation de cause à effet n'est pas contestable non plus. Il y a donc bien un responsable, qui doit prendre en charge la réparation (financière) du dommage. Tout ça est parfaitement évident. Ce qui l'est moins, c'est qu'on se trompe de fautif, et donc de responsable. Qui a commis la faute ? Soit le propriétaire du navire (s'il y a défaut d'entretien) soit l'armateur (en tant que commettant du capitaine du navire). En aucun cas l'affretteur !
Seulement voilà, qu'il s'agisse de l'armateur ou du propriétaire, nous avons affaire à des personnes, au sens juridique, qu'il va être bien difficile de faire payer ! L'Erika naviguait sous pavillon maltais, l'armateur était italien, la gestion technique était assurée par une société italienne également, tout comme la société de classification chargée des contrôles. Tout ce beau monde se rejette mutuellement les responsabilités, et c'est au final un imbroglio indémélable. Et quand bien même on arriverait à dévider l'écheveau, il y a gros à parier qu'on tomberait au final sur des insolvabilités notoires...
Alors, bien sûr, la solution est éclatante de simplicité : Total est une entreprise florissante, qui a pignon sur rue, et il est bien plus profitable de la déclarer responsable... Le droit dans tout ça ? Qu'importe ! L'application du désormais sacro-saint principe "polueur-payeur" oblige indiscutablement à trouver un "cochon de payant". Il est tout trouvé et il n'y a qu'à le décréter responsable de la pollution, contre toute logique. Lui, au moins, il est solvable, et on en aura enfin terminé avec les jérémiades des écolos. Eclatant de simplicité, vous dis-je !
Reste une inconnue : la décision qui sera rendue par la cour d'appel de Bordeaux. Mais je ne me fais pas beaucoup d'illusions...
N'étant pas juriste, je le répète, il est possible que je me trompe totalement sur le plan du droit. Si c'est le cas, nul doute qu'un spécialiste viendra me porter la contradiction. Il pourra toutefois difficilement me faire changer d'avis sur le plan de la morale.
Dormez en paix, peuple de France. Votre pays est un état de droit...
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vendredi 12 décembre 2008
Relançons la République des Blogs à Lille
Rendez-vous le 28 janvier à Lille
La République des Blogs rencontre un grand succès, notamment à Paris. A Lille, la tentative de 2007 a avorté, à mon avis essentiellement par manque de ténacité.
Avec trois amis du Nord Pas de Calais, nous avons décidé de tenter de relancer l'idée :
- Le LHC Aymeric Pontier
- Le Chafouin
- Manue Colombani
J'ai contacté par courriel une vingtaine de blogueurs de la région pour les en informer, et j'ai déjà reçu 9 réponses favorables. C'est un bon début. Rome ne s'est pas construite en un jour...
Amis Nordistes, éditeurs de blogs à connotation politique ou simplement lecteurs / commentateurs, si l'idée vous séduit de vous retrouver une fois par mois dans une ambiance conviviale, pour discuter entre nous de l'actualité ou tout simplement pour échanger, diffusez l'information autour de vous.
Les réunions auront lieu le dernier mercredi de chaque mois. La prochaine est donc fixée au 28 janvier 2009. Nous sommes encore en train d'en rechercher le lieu précis, que je communiquerai très bientôt ici, ainsi que par courriel à ceux d'entre vous qui nous auront contactés.
Nous espérons que vous viendrez nombreux, et que ces rendez-vous entraîneront discussions fructueuses et échanges intéressants.
Qu'est-ce que la République des Blogs ?
C'est le rendez-vous mensuel, à Lille pour ce qui nous concerne, des blogueurs qui parlent politique et de leurs lecteurs, pour se rencontrer dans une ambiance sympathique, discuter et échanger, en prenant un verre.
Quand et où cela se passe-t-il ?
Le dernier mercredi de chaque mois, dans un café lillois qui offre suffisamment de places "debout" et qui accepte de nous recevoir.
Qui peut participer ?
C'est très simple : tout le monde ! En tous cas, tous ceux qui sont intéressés par le sujet : les éditeurs de blogs, leurs commentateurs, et même leurs simples lecteurs. Il suffit de respecter les règles de la courtoisie, du respect d'autrui et de la bienséance.
Que faire pour promouvoir la RdB lilloise ?
En parler largement autour de vous, sur vos blogs, dans vos commentaires, sur les forums, etc... Mais attention au "spam" et au "troll" : nous sommes fermement opposés à ces pratiques de "pollution" de la "toile"...
Qui contacter ?
N'hésitez pas à me joindre par courriel ou en commentaire sur ce billet, que ce soit pour poser des questions ou pour faire part de votre participation.
Et rendez au 28 janvier 2009 !
CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

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samedi 6 décembre 2008
Plan de relance des déficits publiques ?
La crise financière et la crise économiques mondiales, crise économique dont je persiste à dire qu'elle n'est pas la conséquence de la première, laquelle n'a fait qu'en amplifier l'intensité, a des conséquences désastreuses sur nombre d'individus, sur toutes les entreprises, et sur le "moral des troupes", ce qui n'est pas le moins regrettable au contraire... Au plan macro économique, la première des conséquences négatives a été, et ce n'est pas en train de s'arranger, d'obliger les pouvoirs politiques à intervenir massivement dans l'économie, ce qui est totalement contre nature et habituellement toxique pour l'économie. Mais dans les circonstances actuelles, cette toxicité est, comme je l'ai déjà dit, un mal nécessaire, un peu comme quand on injecte de la morphine à un grand malade pour calmer sa douleur. Malheureusement, les états dans le monde occidental, et la France en particulier, ont des finances publiques tellement calamiteuses que ces interventions qui, pour être efficaces, doivent nécessairement être massives, ne peuvent être mises en oeuvre que par le creusement des déficits, lesquels sont déjà abyssaux. Mais les effets de cette crise mondiale ont néanmoins deux conséquences positives : le fait d'obliger les dirigeants à réfléchir et celui de les pousser à prendre des mesures possiblement impopulaires. Ils n'ont pas le choix : il en va de la survie même de leurs économies, c'est à dire indirectement de leurs administrés. Même si ces derniers ont pour certains l'impression que les mesures ne leur apportent rien, ce qui est totalement faux. Ainsi en va-t-il notamment du plan de relance de l'économie française présenté hier. Certains de mes commentateurs habituels me reprocheront encore une fois de soutenir l'action du Président Sarkozy. Si c'est bien le cas sur ce sujet particulier, les plus objectifs d'entre eux reconnaîtront que je ne le soutiens pas sans faille au long cours... Mais ici, je dois reconnaître que les décisions qui ont été prises vont dans le bon sens, et je m'en félicite pour la France comme pour les Français, même s'il faudra sans doute ajouter au plan des mesures complémentaires, y compris coûteuses, dans un avenir plus ou moins proche. Mais il faut espérer qu'elles seront inspirées par la même idée vertueuse : celle de soutenir l'investissement, c'est à dire l'offre, et non pas la consommation, c'est à dire la demande. Avant d'expliciter ce dernier propos, je voudrais quand même soulever un problème qui risque de se poser très rapidement. La France n'est pas la seule à user du déficit budgétaire, c'est à dire de l'emprunt, pour financer un plan de relance ou de soutien à son économie, loin de là. Ce sont au total des centaines et des centaines de milliards de dollars que les états vont devoir lever sur les marchés internationnaux. Or, outre le fait que les réserves monétaires disponibles ne sont pas illimitées, sauf à "faire tourner la planche à billets", ce à quoi ni le FMI ni la Banque Mondiale ne sont prêts et heureusement, ces réserves ne sont pratiquement constituées, aux niveaux actuels de cette demande nouvelle, que par des "fonds souverains" de pays particulièrement dangereux pour nous. En effet, que ce soient les pays dits "émergeants", à commencer par la Chine, que ce soit la Russie, ou que ce soient les pays du Golfe, ce sont autant d'états pour le moins très peu démocratiques d'une part, peu scrupuleux on l'a déjà éprouvé du respect des accords internationnaux, et qui plus est demandeurs des hautes technologies que possède de facto l'Occident. Il y a donc un risque majeur à mes yeux que ces bailleurs de fonds profitent de l'aubaine pour obtenir de nous des avantages importants, en termes financiers ou, pire, en termes de transferts de technologie, ce qui fragiliserait notre place future dans le concert de la compétition internationale. Mais on n'a malheureusement pas le choix : c'est en grande partie la conséquence de notre inconséquence passée en matière d'équilibres budgétaires... J'en viens à la nature même de la relance. Deux écoles s'affrontent sur le sujet : soit relance de la demande soit relance de l'offre. La première consiste à "booster" la consommation par le biais du soutien ponctuel du pouvoir d'achat : augmentation des salaires (mais la plupart des entreprises sont déjà dans des situations scabreuses à cause de la crise) et des retraites, et injection directe de capitaux dans le tissu social soit par des aides ciblées (la prime à la casse de 1000 € en est un exemple) soit par des subventions en espèces (l'allocation de 200 € aux futurs bénéficaires du RSA par exemple). Outre le fait qu'il ne peut s'agir que d'un saupoudrage (26 milliards d'euros divisés par 60 millions de Français égalent 433 € sur deux ans, soit 216 € par an, soit 18 € par mois !...), ce type d'aide a deux défauts qui la rendent inopérante. D'abord, ponctuelle elle ne résout aucunement le problème sur le long terme, et ensuite elle bénéficie autant (et surtout compte tenu de notre faible compétitivité industrielle - il suffit de voir les chiffres de notre commerce extérieur) aux industriels étrangers qu'à notre industrie nationale et donc à l'emploi. En ce sens, elle ne prépare aucunement l'avenir et la pérénité de notre activité. La deuxième école, qui est celle qu'a choisi le gouvernement, est celle du soutien de l'offre par l'investissement. Je peux concevoir qu'un grand nombre de personnes aient a priori l'impression qu'il s'agit essentiellement d'aider les entreprises ou, comme disent certains syndicalistes, de "distribuer de l'argent aux patrons". C'est tout à fait vrai dans un premier temps, mais totalement faux à plus ou moins court terme. Soutenir l'investissement, c'est faire en sorte que les entreprises de ce pays aient l'oxygène nécessaire pour non seulement poursuivre leurs activités, c'est à dire sauver autant que faire se peut l'emploi, au présent. C'est surtout, si l'aide est correctement ciblée, et les conditions de son application vérifiées, augmenter rapidement la compétitivité de notre industrie, notamment par l'innovation, afin de lui permettre de gagner des parts de marché, tant à l'intérieur (moins d'importations) qu'à l'extérieur (plus d'exportations), et ainsi non seulement préserver mais développer l'emploi. Il est à noter que dans le plan proposé, figure l'interdiction de délocalisations pour les entreprises qui bénéficieront des aides. Même s'il s'agit d'une contrainte importante pour les entreprises concernées, on peut admettre en effet que l'on n'accepte pas que l'argent public serve à financer des plans sociaux, comme ce fut le cas dans le passé. Au plan de l'investissement, le déclanchement rapide annoncé de grands travaux comme le canal Seine-Nord ou quelques lignes de TGV sont également une bonne nouvelle pour les entreprises concernées et par leurs salariés. Le troisième axe du plan Sarkozy, peu commenté par la presse, me semble également à la fois intéressant et important. Il s'agit de la réforme des marchés publics. Dans un pays où la commande publique représente 10 % du PIB, ce poste n'est certainement pas négligeable. La lourdeur actuelle des procédures fait que les délais de réalisation sont extrêmement longs, et découragent les petits fournisseurs. En outre, les délais de paiement des pouvoirs publiques sont également de nature à décourager les PME. Or ce sont elles, tout le monde le sait, qui soutiennent majoritairement le marché du travail. Autre point négatif de la gestion des finances publiques : les aides fiscales, la plupart du temps conçues sous forme de crédits d'impôt, n'ont de réel impact sur les budgets des bénéficiaires, particuliers ou entreprises, que l'année suivante, puisqu'elles sont déduites de la charge de l'impôt. Le fait de verser immédiatement ces sommes, comme d'ailleurs les dettes de l'administration, au lieu d'attendre la feuille d'impôt est sans aucun doute une très bonne idée. Je tiens cependant à rappeler ici que, sur le fond, je suis personnellement opposé à ce style d'interventions qui crée des "niches", et donc des inégalités flagrantes devant la pression fiscale. En résumé, voici un plan qui, pour la première fois depuis des décennies, agit sur les vrais leviers efficaces. En privilégiant la compétitivité actuelle et future des entreprises et en tournant le dos à un saupoudrage inefficace au bénéfice de la seule consommation immédiate, il est de nature à renforcer les capacités de l'entreprenariat à maintenir et à développer une activité soutenue, et donc à la fois l'emploi et le pouvoir d'achat. Il faudra cependant, je ne suis pas angélique, à la fois vérifier qu'il est correctement mis en oeuvre d'une part, et que les conditions d'utilisation par le tissu industriel, grandes comme petites entreprises, seront correctement vérifiées et les abus sanctionnés d'autre part. Ce n'est qu'à cette condition que cet accroissement du déficit et de la dette sera supportable, moralement comme économiquement. CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

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jeudi 2 octobre 2008
Et la fête continue...
Mon dernier billet, du 23 septembre, sur la crise financière américaine mondiale, a fait couler pas mal d'encre eu égard à la modestie de mon blog. Je n'en suis pas mécontent, au contraire, et je remercie mes commentateurs, même et peut-être surtout ceux qui m'ont contredit attaqué. C'est comme ça que naissent les débats constructifs intéressants.
En une dizaine de jours, la crise économique financière a suscité nombre de réactions, de rebondissements, de commentaires, et... de conneries monstrueuses.
Mais de tout ce brouhaha et de tout ce remue-ménage politico-médiatique, il ne ressort finalement qu'une "morale" (au seul sens des fabulistes, car il n'y a rien de très moral là-dedans finalement !) : comme à l'accoutumée, le monde politique n'a pas d'autre réponse, quel que soit le problème qui s'offre s'impose à lui, à savoir la fausse monnaie planche à billets et les déficits. Ce qui revient à faire payer le contribuable pour renflouer les éventuelles pertes présentes ou à venir de ce même contribuable. Cela revient à expliquer à celui qui aura perdu la moitié de ses économies comment il peut se refinancer lui-même avec ses impôts. Quelle action géniale, n'est-ce pas ?
Dans un premier temps, j'ai constaté avec étonnement que la Chambre des Représentants des Etats Unis avait pris une décision sensée, d'ailleurs soutenue par une large majorité d'Américains d'après les sondages, à savoir le refus de ce plan auquel Busch n'a même pas osé donner son propre nom, et qu'il a affublé de celui de son Secrétaire d'Etat au Trésor, ce qui ne lui a en rien donné plus de pertinence. Mais le Sénat américain hier et la même Chambre des Représentants cette nuit, ont finalement voté le plan. Et, cette fois, je n'en suis pas du tout étonné. C'est bien dans la logique de cette Amérique que beaucoup prétendent libérale, et qui en fait n'a qu'un credo : l'adoration du dieu Fortune. Ce n'est pas du libéralisme, ce n'est que de la boulimie de consommation. Et ça n'a rien à voir...
Je sais que je vais faire bondir beaucoup de mes lecteurs en parlant ainsi mais, comme je l'ai déjà dit, déverser 700 milliards de dollars (que l'on n'a pas) à destination des établissements financiers responsables de la crise actuelle par leur prise de risque incompétence exagérée, c'est à la fois un forfait à l'égard du contribuable américain, un coup d'épée dans l'eau, et une incitation au crime.
En effet, ajouter 700 nouveaux milliards au déficit budgétaire fédéral, c'est appauvrir d'autant les contribuables. C'est en outre inopérant, dans la mesure où ces capitaux publics ne suffiront en aucune manière à sauver l'économie, même s'ils donnent de l'oxygène à court terme aux institutions bancaires américaines. Ils les sauveront peut-être de la faillite, mais ils ne permettront certainement pas de faire renaître la confiance, condition sine qua non au redémarrage d'une économie mondiale tout bonnement stoppée par le coup de tonnerre financier qu'on vient de vivre.
Et surtout, c'est donner un signal désastreux aux responsables de la situation actuelle. C'est dire aux dirigeants des banques : "Allez-y, ne vous en faites pas, continuez à faire n'importe quoi. L'Etat sera toujours là pour couvrir vos erreurs." Non seulement l'Etat les Etats n'est ne sont pas capables d'exercer sa leur mission de protection de la propriété privée du citoyen en faisant la police qui est sa leur raison d'être, mais encore ils couvrent les fautifs et les refinancent quand ils se sont crashés ! Avec l'argent du citoyen, évidemment. Ou plutôt avec celui de ses enfants compte tenu de l'état désastreux des finances publiques...
Mais le scandale que je dénonce ici ne se limite pas aux Etats Unis, et c'est pourquoi je mets les Etats au pluriel. La contagion tant redoutée au niveau de la mauvaise santé des systèmes financiers dans le reste du monde, contagion assez souvent peu probable finalement à grande échelle, est par contre avérée pour ce qui est des réactions des dirigeants politiques, à commencer par le nôtre. Avec la circonstance aggravante qu'il préside actuellement le Conseil Européen, et que donc il risque d'entraîner dans son sillage l'Union Européenne toute entière par l'entremise de la BCE s'il parvient à ses fins.
Tout d'abord, les états du Benelux nationalisent Fortis. Puis la Belgique (décidément !) et la France s'associent pour nationaliser à son tour Dexia. Il est vrai qu'en Europe, les nationalisations ont été de presque tous temps une maladie très répandue, mais on commençait à croire à la guérison. De toute évidence il n'en est rien, et le soi-disant libéralisme tant reproché à la Commission Européenne, à la plupart des Etats membres, et à la France en particulier, s'accomode de toute évidence assez bien des comportements collectivistes ancrés dans leurs cultures !
Non content de cela, on prête à Nicolas Sarkozy l'idée d'un plan, "à l'américaine" mais à dimension européenne, de soutien au secteur bancaire, à hauteur de 300 milliards d'euros. Le seul fait que Christine Lagarde dans un premier temps, et Henri Gaino ce matin, démentent chacun avec une ardeur courroucée, est peut-être bien le signe que cette éventualité n'est pas si absurde que ça...
Pauvres citoyens que nous sommes décidément. Pauvres épargnants d'abord, qui faisons confiance à notre banquier pour faire fructifier (!...) nos maigres économies. Pauvres investisseurs aussi, qui mettons lesdites économies, quand elles sont un peu plus importantes, dans des valeurs boursières que les irresponsables à qui nous confions nos intérêts dilapident sur des marchés hasardeux mieux qu'on ne pourrait le faire nous-mêmes au casino, et sans plus de conscience et de responsabilité (dans les deux sens du terme puisqu'ils ne risquent rien !). Et pauvres contribuables enfin à qui on vient prendre le peu qui reste pour refinancer les coupables ! On s'étonnera ensuite que la politique intéresse de moins en moins, et que l'abstention soit reine lors des scrutins importants...
Mais au-delà de ces constatations aussi alarmantes que pitoyables, j'ai bien peur pour ma part que l'attitude de nos dirigeants soit mue par une arrière-pensée plus alarmante encore.
Avez-vous remarqué avec quelle vigueur les responsables politiques français nous rabachent à longueur de temps que "le système bancaire français est solide", que "les banques françaises sont généralistes, et ne sont donc pas exposées autant que leurs consoeurs américaines", et "qu'il est donc inutile de s'affoler". Ca fait penser au nuage de Tchernobyle, mais je pense très sincèrement que le raisonnement n'est pas totalement fallacieux, et que l'on risque beaucoup moins en France que dans beaucoup d'autres pays, même européens.
Mais alors, pourquoi dans le même temps se sentir obligé de dire avec tant d'instance "que l'Etat garantira quoi qu'il arrive les avoirs des comptes courants et des comptes épargne", et "qu'il ne permettra pas qu'aucun Français perde un seul euro du fait de la défaillance de sa banque" ? S'il n'y a pas de risque d'incendie, alors pourquoi tant insister sur la performance des pompiers ? D'autant que c'est totalement contre-productif. Les citoyens ne sont pas que des imbéciles, et ils se disent instinctivement que s'il y a tant de garde-fous mis en place, c'est bien qu'il y a de la démence dans l'air. Or, je le répète, la confiance est le seul moteur de l'économie et de la croissance.
Eh bien voilà le coeur du problème, justement. Je pense que la crise financière que nous vivons trouverait tout naturellement son issue, même sans toutes ces interventions et même sans tout ce tapage électoraliste politique. Par contre, une autre crise bien plus sévère encore, et sur laquelle les politiques ne peuvent déjà plus grand chose, est enclenchée et ne fera qu'empirer, mécaniquement, au minimum dans les trois à cinq ans à venir. Et cette crise-là n'est pas seulement financière. Elle est économique. Elle est due en grande partie à la raréfaction des ressources énergétiques et des matières premières, en regard de la demande démesurément accrue (pays émergeants, augmentation de la population mondiale...), raréfaction pourtant parfaitement prévisible, sans aucun doute appréhendée depuis longtemps, mais à laquelle on n'a rien fait pour répondre. Et il sera certes commode, quand "on aura le nez dedans", de prétendre qu'elle sera due à la crise financière d'aujourd'hui. D'où la "nécessité" d'affoler l'opinion, quitte à aggraver encore la situation économique.
A force de vouloir intervenir sur tout, sauf sur les fondamentaux; à force de faire du social inopérant, coûteux et contre-productif, au lieu de mettre en oeuvre ses missions régaliennes; à force de penser plus au bulletin de vote qu'à la sécurité des citoyens, dont devrait faire partie une vraie moralisation des marchés; à force de se dire libéral tout en agissant en constructiviste acharné, l'Etat est passé à côté de sa raison d'être. Il s'est laissé engluer dans des actions indignes de lui, liberticides et déstabilisantes pour la société et le citoyen qu'il est sensé préserver.
Alors, faute de pouvoir agir, il en est réduit à faire semblant. Il fait les deux seules choses qui demeurent possibles pour lui : tenter de masquer par tous les moyens, y compris fallacieux, son incapacité à résoudre les problèmes, et payer avec des fonds qui ne lui appartiennent pas un semblant de stabilité.
Il échouera sur les deux tableaux. Mais en attendant, il "arrose" avec nos impôts. Et que la fête continue...
CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

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jeudi 4 septembre 2008
Encore une nouvelle usine à gaz !
Tout d'abord, je dois des excuses à mes fidèles lecteurs que vous êtes : je ne suis quasiment pas intervenu sur mon blog (sauf par deux ou trois commentaires) depuis le 17 juillet, c'est à dire pendant un mois et demi ! Je ne vais pas entrer dans les détails de ma situation personnelle, mais des obligations inattendues m'ont obligé à une activité intense non moins inattendue, qui m'a éloigné de ces colonnes. Eu égard au thème de mon dernier article, je ne vais cependant pas m'en plaindre : l'activité, les efforts et le travail, c'est l'antithèse du pseudo confort que pourrait représenter la qualité de retraité et les modestes revenus automatiques qui lui sont liés, et c'est au contraire le sens normal de la vie humaine...
Je ne vais pas non plus essayer de faire le tour des évènements qui se sont déroulés pendant cette longue absence : je n'en aurais sans doute pas le temps, et mes critiques (positives comme négatives) auraient de toute façon un goût de "réchauffé". Bouchée avalée n'a plus de saveur, disait l'autre; et la dure loi de l'immédiateté régit l'intérêt que portent la majorité de nos contemporains au monde qui nous entoure. Revenir ainsi, pour ne prendre qu'un seul exemple, sur les déconvenues olympiques d'une Laure Manaudou (pour dire sans doute qu'elle n'a eu que l'insuccès qu'elle méritait en regard de son comportement laxiste et de son manque de sérieux et de travail consciencieux), même si cela me permettrait d'insister sur le fait que l'important, c'est de participer... à la victoire, cela n'intéresserait sans doute pas grand monde, plus préoccupés que nous sommes en ce vingt et unième siècle par ce qui inonde ce matin nos petits écrans, même ternes, que par ce qui soulevait des polémiques enflammées il y a encore une semaine. La polémique ces temps-ci a une durée de vie très (trop) courte, et le plus souvent l'intérêt du commun des mortels n'est plus commandé par le bien-fondé mais par l'actuel. Sans doute parce que "tout va trop vite" diront certains. Mais c'est sans doute justement à cause de ces comportements que "tout va trop vite". On ne prend plus le temps d'analyser; on se contente de réagir; sans réflexion et donc sans pertinence.
Mais laissons là des considérations philosophiques qui, elles non plus, ne vont sans doute pas intéresser grand monde (et pour les mêmes raisons). J'ai choisi, pour mon retour dans ces pages, de justement traiter un sujet d'actualité. Un sujet, d'ailleurs, qui, dans cette actualité, a occupé plusieurs occurrences qui, de mon point de vue, se rejoignent totalement.
Il y a d'abord ce prêt à taux 0 destiné aux travaux d'économie d'énergie. Il y a ensuite cet autre prêt à taux 0 destiné aux étudiants. Et puis il y a le RSA.
Pourquoi je mets tout ça "dans le même sac" ? Et bien parce que tout ça relève du même état d'esprit : dans les trois cas, il s'agit pour l'état de se comporter comme Dieu le Père et d'intervenir directement dans les affaires privées des pauvres ouailles que nous sommes, par nature incapables de subvenir à nos besoins et de gérer nos intérêts. Il est donc indispensable que Dieu le Père nous tende une main secourable pour nous aider (et nous apprendre) à mettre un pied devant l'autre et à progresser dans cette jungle qu'est la société. Sauf que la jungle, c'est justement Dieu le Père qui l'a créée ! Et qui continue à la rendre de plus en plus impénétrable ! Je m'explique.
L'exemple le plus représentatif de ce que je viens de dire, c'est le RSA. Car enfin, pourquoi en est-on arrivé à l'envisager, ce RSA ? Tout simplement pour réparer les inconvénients de son prédécesseur, le RMI. Il s'agit dans les deux cas de donner (j'emploie ce mot à dessein) un revenu à tous ceux qui n'en ont pas, c'est à dire essentiellement à ceux qui n'ont pas d'emploi (officiellement) rémunéré. L'idée est déjà discutable de distribuer de l'argent public sans aucune contrepartie au seul prétexte que ces personnes en expriment le besoin, mais la philosophie socialisante radicale dans laquelle nous baignons est telle qu'à cette mesure de base (le RMI) sont venus se greffer divers avantages non moins "sociaux" (traduisez financés par des fonds publics) tels que des exonérations totales ou partielles, des tarifs préférentiels, des réductions diverses et variées, etc.. etc.. Dès lors que le bénéficiaire du RMI retrouvait un emploi, et dès lors donc qu'il n'en était plus bénéficiaire, il perdait du même coup ces divers avantages, et dans bien des cas il se retrouvait au total avec un revenu inférieur à celui qui était le sien sans travailler. Et donc il préférait ne pas travailler, ce qui somme toute est humain... Ca fait partie des incohérences inhérentes à tout interventionnisme forcené, mais c'est là une lapalissade que nos édiles ne veulent pas entendre, ou ne peuvent pas reconnaître au risque d'une impopularité à laquelle ils sont par nature allergiques.
Mais en tout état de cause, le problème de fond n'est pas d'inciter les gens à travailler (bien que ce soit parfaitement louable, et pas inutile du tout par les temps qui courent), mais bien de leur permettre de travailler. En d'autres termes, le coeur de l'action ne devrait pas être le social mais bien l'économie, de générer des emplois et non de payer les chômeurs ! Ce n'est pas de financer l'oisiveté, mais de créer les conditions de la croissance, génératrice des emplois qui nous manquent. A quoi bon inciter les assistés à reprendre un emploi s'il n'y a pas d'emploi à reprendre !
L'idée du RSA, cependant, c'est de garantir qu'en travaillant, on gagnera, dans tous les cas, plus qu'en ne travaillant pas. En d'autres termes, c'est reconnaître implicitement que le RMI était une "connerie", mais implicitement seulement, car le dire serait bien trop risqué politiquement...
Alors, on ne le dit pas, et on l'aménage. On lui change son nom, on change ses modalités d'attribution, on le maintient partiellement en complément d'un salaire, on y mélange deux ou trois autres allocations, ce qui permet de "piquer" au passage les financements de ces dernières, on fait un bel emballage de tout ça, et on repart comme en 14 ... avec un déficit supplémentaire calculé à 1,5 milliard d'euros !...
Ca prend quand même quelques semaines avant qu'on se décide à dire haut et fort qu'on met le nouveau système en place ! Mais on l'avait tellement monté en épingles, ce nouveau système, qu'on ne peut pas "politiquement correctement" revenir en arrière ! D'autant qu'on a confié l'affaire à un gueulard qui ne la fermera pas facilement si on lui fait le coup de mettre son bébé sur la touche. Alors, on y va ! On sait qu'on remplace une connerie par une autre connerie, mais on n'est pas à une connerie près, n'est-ce pas ?
Et au passage, on en fait une autre, de connerie, et une belle ! On avait promis et re-promis tant et plus, non seulement avant l'élection présidentielle mais même après, et à plusieurs reprises, qu'on baisserait les prélèvements obligatoires. Et d'ailleurs on avait commencé de le faire. Vous savez, on a appelé ça le "paquet fiscal". On avait d'ailleurs fait la connerie (encore une) de le présenter si mal que tout le monde prétend, ce qui n'a aucun sens mais qui est habilement entretenu par l'opposition (c'est de bonne guerre même si c'est intellectuellement malhonnête), qu'il s'agit d'un "cadeau aux riches". Mais passons, la question n'est pas là. La nouvelle connerie, la vraie, c'est que pour financer ce RSA qui ne sert à rien mais qui coûte cher, on crée... un nouvel impôt ! Eh oui, c'est comme ça qu'en France on réduit les prélèvements obligatoires : en en créant de nouveaux ! Et pour faire bonne mesure, on fait peser cet impôt sur les "revenus du capital". Evidemment, ça ne peut que faire plaisir à l'opposition de gauche, ça : on va "faire payer les riches". Sauf que, non, ce ne sont pas les riches qui vont payer (ce qui d'ailleurs ne serait pas plus logique que l'inverse), mais ce sont ceux qui jouissent d'un revenu foncier ou de placements en bourse (y compris pour leur retraite). Et ceux-là, ce ne sont pas les vrais "riches". Ce sont ceux que l'on appelle communément les "classes moyennes", c'est à dire ceux qui gagnent un peu plus que la moyenne mais qui n'ont pas la chance d'être dans une de ces "niches fiscales" dans lesquelles on retrouve, justement, les fameux "plus riches", dont notamment ceux qui bénéficient du fameux "bouclier fiscal".
En résumé, non seulement on fait une usine à gaz qui ne sert à rien, non seulement on se déjuge en créant un impôt nouveau alors qu'on avait promis le contraire, non seulement on se targue à tort de justice fiscale en prétendant taxer les citoyens d'autant plus que leurs revenus sont plus élevés (c'est à dire ceux qui produisent et qui font tourner l'économie), mais encore on rate son coup et ce sont justement ceux-là qui ne supporteront pas le poids de cette mesure inutile...
S'agissant des prêts à taux 0, le raisonnement est le même à peu de chose près, outre le fait qu'il s'agit d'aider les citoyens à s'endetter un peu plus pour un bénéfice nul. L'exemple des "subprimes" américains ne nous a de toute évidence pas éclairés. Pour rentabiliser un investissement énergétique de type écologique, même avec les crédits d'impôt et les économies en volume sur la consommation, il faut en moyenne 8 à 10 ans (j'ai personnellement été récemment confronté au problème et je sais de quoi je parle). Et pour rembourser le prêt "étudiant" il faudra être sûr de trouver un emploi rémunérateur à la sortie, ce qui est loin d'être gagné d'avance. Malgré cela, on s'apprête à distribuer ces deux prêts "à guichet ouvert" et sans aucune exigence de solvabilité. Le coût de ces crédits, que bien entendu les banques ne peuvent pas rendre nul, et les défaillances inéluctables de certains emprunteurs, seront évidemment pris en charge par des fonds publics, c'est à dire, soit par de nouveaux impôts pas encore annoncés, soit par creusement du déficit déjà abyssal des comptes...
Les associations de consommateurs, pour leur part, sont insatisfaites de ces mesures et déclarent sans sourciller qu'elles préféreraient des aides sociales directes, et versées plus rapidement... Ben voyons ! "Toujours plus" avait écrit François De Closets en son temps dans un livre à succès. A l'époque c'était "toujours plus de croissance personnelle". On n'était pas forcément d'accord avec lui, mais ça n'excluait pas la production de richesses, au contraire. Aujourd'hui c'est "toujours plus de subventions publiques", et sans aucun investissement personnel en contrepartie. Comme un droit naturel et sans rien en retour. Si l'on est sensé, on n'est forcément pas d'accord du tout ! Mais peut-on encore souvent parler de bon sens ces jours-ci ?
Ces nouvelles dispositions sont non seulement une "usine à gaz" incompréhensible, une incitation au laxisme et au laisser-aller, mais encore une gabegie budgétaire qui sonne comme une insulte à l'égard du contribuable que nous sommes tous. Les fonds publics issus des différents impôts, taxes et autres cotisations sociales ne sont pas la propriété de cet Etat qui les dilapide cependant sans vergogne à longueur de temps. Ils sont placés sous sa responsabilité mais appartiennent aux citoyens qui les ont versés. Il n'en est que le gestionnaire et nous avons le devoir de ne pas tout accepter. Et pourtant, nous entendons trop souvent le contraire...
Dans un prochain article, je tenterai de détailler ma vision de ce que devrait être une gestion rigoureuse et juste de ces fonds publics. Je vais m'arrêter là pour aujourd'hui, en sachant que je vais sans aucun doute susciter des réactions pas toujours amènes. Mais si je voulais être en accord avec tout le monde, ou même avec une large majorité, je ne prendrais pas la peine d'écrire ici. C'est pour provoquer le débat que je le fais, et pour exprimer des idées que je ne suis heureusement pas seul à défendre, mais qu'il est bien difficile de faire passer dans une société gâtée par un constructivisme et un keynésianisme destructeurs.
D'aucuns auront remarqué que je n'ai pas employé le mot de libéralisme dans ce billet. C'est à dessein, et ce n'est évidemment pas un renoncement à mes idées, mais seulement le souci de ne pas déplacer le débat sur le seul terrain idéologique.
CE QUE JE CROIS EST MEMBRE DU RESEAU LHC

Recommandé par des influenceurs
mercredi 18 juin 2008
Déformation médiatique
Voilà encore une "affaire" qui n'en est pas une à la base, mais qui est montée en épingles par les journalistes. Avec l'aide des avocats de la défense. Et je m'insurge autant contre l'interprétation journalistique que contre l'opportunisme des avocats, qui font mine d'être d'accord avec les propos de la presse alors que, en juristes qu'ils sont supposés être, et s'ils étaient sincèrement sur la même longueur d'onde que les chroniqueurs, ils ne mériteraient tout simplement pas la robe qu'ils portent...
Je veux parler de cette affaire de Villeneuve d'Asq, jugée aujourd'hui, et qui met en cause un docteur en médecine de 37 ans impliqué a posteriori dans un braquage.
Le braquage a eu lieu le 15 septembre 2005 contre un fourgon de transport de fonds qui contenait 671 000 euros. Les malfaiteurs manquent leur coup, et les deux braqueurs s'enfuient, blessés. L'un d'eux a besoin d'une opération chirurgicale pour extraire une balle, qui a pénétré dans son épaule et qui s'est logée dans son thorax.
Sous la menace des deux braqueurs, un certain docteur Sadek F. pratique cette intervention avec des moyens de fortune, l'intéressé refusant d'être conduit à l'hôpital.
Jusque là, rien d'anormal ni déontologiquement ni légalement. Ne serait-ce que le très célèbre serment d'Hippocrate, pour ne parler que de lui et sans même aborder l'aspect moral et humain de la situation, obligeait le docteur à pratiquer l'opération.
Là où il s'est mis dans l'illégalité, c'est qu'il n'a pas prévenu les autorités, comme l'y oblige la législation. Et c'est pour cette seule raison qu'il est jugé aujourd'hui. A ce titre il est tout à fait normal qu'il soit poursuivi, et condamné : nul n'est fondé à se dérober à une obligation légale.
Mais quand on lit la presse, quand on écoute la radio, quand on regarde la télévision, c'est un tout autre raisonnement qui nous est asséné. Tout le landerneau médiatique s'insurge à l'envi, contre cette justice qui poursuivrait le bon samaritain au motif qu'il aurait secouru un hors-la-loi...
L'avocate du prévenu se fend même d'un commentaire aux termes duquel un jugement de condamnation signifierait à l'intention des autres praticiens (dixit) "Si vous vous trouvez dans la même situation, laissez crever votre patient". Quelle honte pour un professionnel du droit ! Le docteur n'est pas poursuivi pour avoir soigné le malfaiteur, mais pour avoir manqué à son devoir de déclaration d'une blessure par balle. Cette avocate pense-t-elle vraiment que son rôle est de travestir la réalité, même si elle croit à tort que c'est dans l'intérêt de son client ? Si c'est vraiment le cas, elle ferait mieux de quitter tout de suite sa charge d'avocate. Ce serait profitable à ces futurs infortunés clients...
Il y a déjà quelques temps, j'avais évoqué le pouvoir médiatique. Cette affaire est emblématique d'un aspect encore plus incidieux que ce que je dénonçais alors : celui du pouvoir de déformation de la réalité, à des fins purement commerciales comme peut être ici (plus on fait dans le sensationnel et plus on vend, évidemment...), ou à des fins politiques dans d'autres cas très fréquents.
Je suis proprement révolté, et pas seulement dans cette affaire en particulier, contre la déformation intentionnelle de la vérité par ceux qui sont justement en charge de la diffuser. C'est inexcusable, et c'est dangereux. Combien d'auditeurs, de lecteurs, de téléspectateurs, auront compris "l'erreur" ? Très peu évidemment. Et c'est tout simplement, de la part de ceux qui détiennent de fait le très puissant pouvoir médiatique, un forfait contre l'honneur de la charge qui est la leur.
On enseignait dès l'école, jadis, ce qu'était la conscience professionnelle. Et on sanctionnait sévèrement ses manquements. On ferait bien d'y revenir, me semble-t-il...
