Mercredi 18 février a eu lieu à l'Elysée un "sommet social" au cours duquel le Président de la République et le Premier Ministre ont reçu les "principaux" syndicats de salariés d'un côté et la patronne du Medef de l'autre. Quatre heures durant, ce beau monde s'est évertué à déterminer comment faire croire aux Français "les plus défavorisés", entendez ceux qui sont le plus susceptibles de mettre la pagaille, qu'ils allaient faire quelque chose pour les aider.

Car ne soyons pas dupes : personne n'a intérêt à ce que la situation sociale en métropole ressemble à court ou moyen terme à ce qu'elle est aux Antilles. Et c'est pourtant le risque que nous courons si tout le monde continue à dire n'importe quoi, et surtout des mensonges, comme ça se produit notamment depuis le début de la crise économique, laquelle, je le répète, n'a pas commencé avec la crise financière, mais était bel et bien une réalité plus ou moins dissimulée depuis de longs mois quand cette dernière a éclaté...

Les syndicats n'ont pas plus intérêt que le patronat ou le gouvernement à une situation de type insurrectionnel que, par défintion, ils ne contrôleraient pas, et qui pourrait même en venir à contester leur légitimité, légitimité toute relative et ils le savent parfaitement. Aussi ont-ils tout intérêt à "jouer le jeu", ce qu'ils font même sils font mine du contraire.

Depuis des années, on s'évertue à mentir à tout le monde, et à faire croire que tout est possible. Or, en temps de crise, non seulement tout n'est pas possible, mais ce qui l'était en temps de croissance est souvent devenu impensable. Et pourtant, les habitudes sont prises, et une part importante de la population ressent comme tout à fait naturels des comportements économiques totalement aberrants.

C'est ainsi qu'il est vain d'espérer faire comprendre à un RMiste que l'allocation qu'il perçoit chaque mois, en ce qu'elle ne correspond à aucune production de richesse, est un non-sens économique qui ne peut que conduire à une dégradation de l'activité, donc à un recul de l'emploi, et donc qu'elle est un des éléments qui le condamnent à rester allocataire de ce même RMI pendant de longs mois. Qu'en d'autres termes, le RMI (ou le RSA, sa version aggravée) crée une bonne part de l'exclusion dont il est victime.

C'est ainsi également qu'il est peu probable de trouver sur dix personnes interrogées, 2 d'entre elles qui admettront, même au prix d'une patiente pédagogie, que le résultat net d'exploitation (les bénéfices) de l'entreprise dans laquelle elles travaillent n'est pas autant de moins sur la part du résultat brut qui leur revient (les salaires), mais que par le biais de l'investissement, il représente le meilleur gage de la pérénité de leur emploi. Et bien sûr, ne parlons pas du dividende de l'actionnaire, perçu comme une "pompe à fric" qui "vit sur le dos des travailleurs". En occultant totalement le fait que l'actionnaire est celui qui prend tous les risques sans lesquels l'entreprise, et donc l'emploi, n'existerait tout simplement pas. Et que ce risque n'est concevable que rémunéré. Envisageraient-elles, quant à elles, de travailler sans salaire ? L'actionnaire n'envisage pas non plus d'investir sans dividende, voilà tout. Pour la petite histoire si j'ose dire, il n'avait pas envisagé non de plus de voir la valeur de son investissment divisé par deux en quelques mois . C'est pourtant ce qu'il vit avec l'effondrement de la bourse.

Tout ces (manques de) raisonnements-là, très largement alimentés et entretenus par des mensonges récurrents destinés à assoir les rentes de situation des meneurs qui les profèrent, sont devenus quasi naturels, et faussent irrémédiablement le jugement d'une part non négligeable de la population.

Alors, quand un gouvernement, de manière tout à fait novatrice par rapport à ses nombreux prédécesseurs, change de discours et privilégie l'investissement, créateur d'activité et donc d'emploi, au détriment de transferts sociaux stérils, le plus souvent non financés, et donc directement producteurs de déficits publics et/ou de faillites d'entreprises, et de chômage, ce gouvernement-là est bien sûr totalement incompris, surtout si, comme en temps de crise, ceux qui entendent le discours sont aussi ceux qui souffrent. Leur réflexe devenu naturel est de demander (d'exiger peut-être) que l'on ouvre un peu plus le robinet qu'ils ont tant l'habitude de voir couler, sans se poser la question de savoir si la source n'est pas déjà tarie. Et c'est bien ce qui se passe actuellement.

Mais, je l'ai dit, personne n'a intérêt à une "explosion sociale". Et comme la colère gronde de plus en plus, que les syndicats, pourtant au fait de toutes ces questions, et que les partis d'opposition, continuent de mentir à leurs ouailles de manière éhontée et de prétendre que l'état peut tout résoudre à coup de milliards qu'il n'a pas, l'état en question n'a qu'une très faible marge de manoeuvre s'il veut éviter le pire sans y perdre trop de plumes.

C'est ainsi qu'hier, le gouvernement s'est résolu à prendre les mauvaises décisions auxquelles il se refusait depuis de longs mois. C'est du moins sous cet angle que je préfère voir les choses, plutôt que de considérer qu'il l'a fait de bon gré et non sous la pression. Car je préfère le taxer de couardise que d'incompétence. Sans pour autant être sûr de la justesse de mon analyse sur ce point...

Déjà la semaine passée, le ton avait été donné quand Nicolas Sarkozy a "sorti de son chapeau" les 1,4 milliards d'euros issus des prêts aux institutions bancaires, en indiquant qu'il allait les distribuer au lieu de les utiliser à, comme il aurait été naturel, financer les intérêts des emprunts que l'état a bien dû lancer pour prêter aux banques. Et de prétendre qu'il s'agissait d'un jeu à somme nulle ! Non, Monsieur le Président, c'est totalement faux et vous le savez bien : les intérêts payés par les banques couvrent juste ceux dûs à vos prêteurs. Et il n'est pas besoin d'avoir fait l'ENA ou HEC pour le comprendre. Encore un mensonge. Comment voulez-vous que les Français s'y retrouvent ?..

Mais hier, cerise sur le gâteau, ces 1,4 milliards se transforment en 2,6 milliards. Que le personnel s'amuse !...

Et pour quoi faire ? Pour donner l'impression de faire quelque chose, et rien de plus. Pour des mesures totalement inopérantes à très moyen terme. Quelles mesures ?

- Une prime exceptionnelle de 500 euros aux salariés qui deviennent demandeurs d'emploi à compter du 1er avril prochain et n'ont travaillé que deux à quatre mois sur les 28 derniers mois : 500 euros une fois, et ensuite plus rien du tout. Un coup d'épée dans l'eau.

- Une prime supplémentaire de 150 euros "dès le mois de juin" pour les 3 millions de familles bénéficiant de l'allocation de rentrée scolaire : même raisonnement que ci-dessus. Deuxième coup d'épée dans l'eau.

- L'attribution de bons d'achat de services à la personne, pour une valeur de 200 euros par foyer, aux 660.000 ménages touchant l'allocation personnalisée d'autonomie à domicile, aux 470.000 familles bénéficiaires du complément mode de garde, aux 140.000 foyers ayant un enfant handicapé et aux demandeurs d'emplois qui retrouvent du travail et ont besoin de faire garder leur enfant : j'ai peur de devoir me répéter. Troisième mesure inopérante au long cours.

- La suppression des deux derniers tiers provisionnels de l'impôt sur le revenu 2009 pour les plus de 4 millions de foyers fiscaux de la première tranche d'imposition. Un crédit d'impôt destiné aux ménages dépassant légèrement la limite de la première tranche permettra d'étendre la mesure à 2 millions de foyers supplémentaires : Une très bonne initiative si elle était compensée par des économies à due concurrence de son coût. Mais ce n'est pas le cas. Et l'an prochain, on revient à la case départ. Sauf que le déficit s'est creusé entre temps. Les allégements d'impôts de cette année vont se transfroemr en impôts supplémentaires l'an prochain. C'est inéluctable...

Et puis des décisions que je qualifierai de pure forme :

- création d'un "fonds d'investissement social" doté de 2,5 à 3 milliards d'euros pour coordonner les efforts en matière d'emploi et de formation professionnelle. L'Etat "est prêt" à en financer la moitié : Sans doute pas complètement inutile, sauf que la formation ne fait pas les emplois. A quoi sert d'être formé s'il n'y a pas de postes à pourvoir ? On met la charrue avant les boeufs.

- information et consultation obligatoires du comité d'entreprise des sociétés de 50 salariés et plus lorsqu'une aide publique directe leur est versée. Brice Hortefeux (Travail) est chargé de préparer un décret "dans les meilleurs délais" : Une atteinte suplémentaire à la liberté d'entreprendre et de gérer son entreprise, c'est à dire une nouvelle entorse au respect du droit de propriété. Et je repose toujours la même question : pense-t-on favoriser l'embauche en mettant des freins aux licenciements ? Ce n'est pas le licenciement qu'il faut éviter, c'est l'embauche qu'il faut favoriser. Quand comprendra-t-on ça ?

En résumé, 2,6 milliards d'euros de déficits supplémentaires, jetés à tous vents, perdus à tout jamais, qui ne satisferont personne et qui ne résoudront rien... C'est le lot de toute relance par la consommation. On ne l'a toujours pas compris...

Enfin il y a les "incitations" et les "propositions", et notamment :

- encourager les branches professionnelles et entreprises à porter l'indemnisation du chômage partiel à 75% du salaire brut, par des conventions ad hoc avec l'Etat. Le gouvernement va engager des discussions avec l'Unedic pour répartir ce surcoût entre entreprises, Etat et assurance chômage : Encore une charge supplémentaire pour les entreprises et le Trésor. Vaut-il mieux, vraiment, payer du chômage partiel que d'investir et de fournir du travail ?

- engager des discussions entre partenaires sociaux sur la valeur ajoutée et le profit, sur la base des propositions d'une mission d'analyse et de concertation remises d'ici deux mois : Il s'agit, si j'ai bien compris, d'engager la discussion sur cette idée "des trois tiers" lancée la semaine dernière. L'idée est bonne, je l'ai déjà dit, mais ne peut se concevoir que dans le cadre d'une négociation dans l'entreprise, chacune d'elle étant un cas particulier, et la décision ne peut être prise qu'à la discrétion de l'employeur. Sinon, il s'agit encore une fois d'une atteinte au droit de propriété, et c'est tout à fait inacceptable.

J'ai l'intention de plancher sur ce dernier point, et de "pondre" un billet sur le sujet de la répartition des richesses produites.

D'ici là, dormez en paix, peuple de France. L'Etat veille sur vous. Mais ne rêvez pas trop quand même...

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