Dans un récent billet, j'ai annoncé que j'allais écrire un billet sur le sujet du partage des richesses. Je vous livre aujourd'hui le résultat de ma réflexion.

Tout d'abord, une évidence : le revenu du capital n'est pas indu. Investir son argent dans une entreprise, c'est par définition prendre un risque (celui de le perdre, rien que çà), et il est tout à fait naturel que ce risque soit rémunéré. C'est la raison d'être de ces dividendes d'actionnaires, tant décriés ces temps-ci où l'anticapitalisme primaire est de mise, sans aucun raisonnement cohérent d'ailleurs. Besancenot a un boulevard devant lui. C'est un véritable désastre intellectuel.

Ensuite, il faut avoir une idée bien claire de ce qu'est la valeur ajoutée et de la manière dont elle peut être répartie.

La valeur ajoutée est, schématiquement, la différence entre le prix de revient (achats de matières premières et coûts de fonctionnement) et le prix de vente (le chiffre d'affaires).

Dans le fonctionnement d'une entreprise, il y a trois types d'intervenants :

- le propriétaire (les actionnaires dans les grandes entreprises) qui apporte son propre capital

- les prêteurs (banquiers ou autres) qui apportent les fonds nécessaires à l'activité

- les salariés qui apportent leur travail

Parmi ces trois catégories, deux sont rémunérées forfaitairement par contrat : les intérêts d'emprunt vont aux prêteurs, et les salaires vont aux salariés. Dans les deux cas, il n'y a aucun risque encouru, et la rémunération est certaine quelle que soit la santé de l'entreprise. Au risque près de la faillite, dans laquelle tout le monde est perdant...

Le propriétaire, par contre, se rémunère (sous forme de dividende quand il est actionnaire) sur les profits, c'est à dire sur ce qui reste de la valeur ajoutée après paiement des deux autres catégories et des impôts et taxes. Ce qui signifie mathématiquement qu'il n'a de rémunération que s'il reste quelque chose... En outre, n'oublions pas les aléas boursiers. Les valeurs boursières, c'est à dire la valeur des capitaux investis en bourse, ont "fondu" de moitié en quelques mois ! D'accord, ça ne marche pas toujours dans ce sens-là ! Mais un salarié accepterait-il quelque chose de similaire ? Dans le bon sens, sans doute, mais dans l'autre, certainement pas !

Pour en revenir au schéma que j'ai brossé plus haut, il y manque un élément important, vital pour la pérénité de l'entreprise, à savoir les investissements. Car si l'on veut que l'entreprise perdure, non seulement il faut des clients qui achètent les produits, non seulement il faut des salariés qui fabriquent ces produits, non seulement il faut des banquiers qui financent les achats, mais encore faut-il que l'outil de travail soit maintenu en bon état, et qu'il évolue en fonction des techniques, des attentes de la clientèle, et de ce qui est proposé par la concurrence, tant en termes de qualité qu'en termes de coûts, c'est à dire de prix de vente.

Le schéma ci-dessus indique clairement que le seul poste sur lequel l'investissement peut être financé, ce sont les profits. Ce qui revient à dire que son financement vient en déduction du dividende de l'actionnaire.

Certains diront qu'il manque également, dans ce schéma, les organismes sociaux, dont les cotisations dites "patronales" sont un poste important de dépenses pour l'entreprise. C'est à dessein que je n'en ai pas parlé. Dans mon esprit, ces charges sociales patronales font partie intégrante du salaire. Le vrai montant du salaire est constitué par le salaire brut augmenté de ces charges soi-disant "patronales". Et la présentation absurde de la feuille de paie n'a pour conséquence que d'occulter aux yeux du salarié le coût réel de son poste, et de lui faire perdre de vue le montant de sa véritable rémunération. Les charges, si elles n'existaient pas, seraient autant de salaire qu'il pourrait gagner en plus. Mais combien en sont conscients ?...

Comme on le voit, le profit de ne se partage pas : il est réparti par avance et contractuellement entre les acteurs de l'entreprise. Et quand notre Président de la République, l'autre jour, avance son idée de partage des profits selon sa règle des "trois tiers", il s'agit d'une hérésie économique qui ne résiste pas à la plus élémentaire analyse...

Pourtant, j'ai dit et je maintiens que l'idée n'est pas idiote. Où est l'erreur ?

C'est que l'interprétation qui en est faite, de cette idée, est largement fausse. Il a parlé des profits, pas de la valeur ajoutée ! Il s'agirait donc, selon lui, de répartir en trois parts ce qui reste de la valeur ajoutée après paiement des salaires (et donc des charges, je n'y reviens pas) et des coûts de fonctionnement (intérêts d'emprunts et autres).

Et j'ai dit que l'idée était bonne. Pas que le calcul était exact. Et encore moins que la mesure était juste. La répartition qui existe aujourd'hui de ce "gâteau résiduel" est très largement en faveur des salariés. Je vous invite pour vous en convaincre à relire cet article du Monde qui l'explique fort bien.

Selon cette étude, et en moyenne sur l'ensemble des entreprises françaises, les salariés reçoivent 61 %, les investissements 32 % et les actionnaires 7 %.

En outre, il paraîtrait totalement anormal, et pour tout dire parfaitement inacceptable, que cette répartaition soit fixée autoritairement par la loi. Une entreprise est la propriété privée de ses actionnaires. Le respect du droit de propriété suppose la liberté de gestion et une telle disposition serait à mon sens tout simplement anticonstitutionnelle en ce qu'elle irait à l'encontre de l'exercice de ce droit. Les juristes me reprendront peut-être...

Par contre, l'idée selon laquelle la rémunération des salariés pourrait tenir compte des résultats de l'entreprise me parait, elle, une très bonne idée.

Les résultats de l'entreprise, bons ou mauvais, sont la conséquence des efforts de tous : les actionnaires qui engagent leurs capitaux, les dirigeants qui prennent les décisions stratégiques, les cadres et agents de maîtrise qui gèrent au mieux leurs départements respectifs, les techniciens qui font les efforts nécessaires pour que le travail rendu soit de qualité, les "cols blancs" qui gèrent les contingences administratives, etc...

Non seulement il me paraîtrait normal que chacun, à son niveau, profite du résultat de ses efforts, mais encore une telle forme de rémunération ne pourrait être qu'une motivation efficace pour la bonne marche de l'entreprise, c'est à dire pour ses performances, et donc pour ses résultats commerciaux, et donc pour l'emploi. Tout est lié.

Cette idée n'est pas neuve. Elle s'appelle la participation, et elle existe déjà dans un certain nombre de secteurs.

Mais cette participation, une idée du Général De Gaulle en son temps, reste une part très marginale de la rémunération là où elle existe, et a besoin d'un "coup de jeune". Pourquoi ne pas imaginer d'incorporer purement et simplement dans le salaire lui-même une part des résultats ? Pourquoi ne pas moduler le salaire en fonction de ces mêmes résultats ? Il faudrait alors partager, non pas les seuls profits, mais la valeur ajoutée elle-même, selon un plan de répartition à définir entreprise par entreprises et par un accord interne, entre salariés, investissements et actionnaires.

Le salaire fixe, non lié aux résultats, serait inférieur à ce qu'il est aujourd'hui, mais ces accords de participation "nouvelle formule" viendraient s'y ajouter, soumis évidemment au même traitement que le salaire de base en terme de cotisations, pour au final former un revenu plus conforme à la logique. Il en résulterait sans aucun doute une meilleure implication des salariés dans la bonne marche de leur entreprise, et une diminution radicale de cette impression qu'ils ont souvent d'être "exploités", en regard de la rémunération du capital.

Il ne s'agit là que d'une idée brute, à étudier et à débattre. Mais je suis convaincu que c'est la voie vers une meilleure compréhension du capitalisme par ceux qui aujourd'hui on tendance à s'y opposer, le plus souvent par ignorance et par manque d'implication.

Le capitalisme entrepreunarial est le meilleur garant du progrès social comme du progès technique. Encore faut-il qu'il soit compris par tous ses acteurs, et que chacun y trouve sa place sans avoir le sentiment d'en être victime.

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